BAnQ ne sert plus de modèle pour les bibliothèques du Québec

«Lorsque
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Lorsque "À nous la glace – L’ADN du hockey amateur" prendra fin, BAnQ ne présentera plus d’expositions», peut-on lire dans un communiqué interne envoyé en mai dernier.

En mettant fin aux expositions, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) ne joue plus son rôle de « navire amiral », de modèle à suivre pour toutes les bibliothèques du Québec. Au contraire. BAnQ contrevient même ainsi à sa propre politique culturelle.

C’est pour développer une nouvelle Direction des services éducatifs que BAnQ a décidé de réorganiser son secteur de la programmation culturelle, et plus précisément de mettre fin à ses expositions. « Lorsque À nous la glace – L’ADN du hockey amateur prendra fin, BAnQ ne présentera plus d’expositions, soit à compter de novembre 2019 », peut-on lire dans un communiqué interne envoyé par la directrice des ressources humaines en mai dernier. « Un poste de chargée de projets aux expositions est réaffecté à la programmation et deviendra un poste de chargée de projets à la programmation. Un poste de technicienne principale en muséologie est aboli et son occupante sera réassignée », peut-on y lire.

C’est donc pour monter « une équipe entièrement dédiée à la création de ressources éducatives numériques pour le milieu scolaire québécois », comprend-on, que BAnQ met fin à la création d’expositions. Or, dans sa propre politique culturelle de 2011, BAnQ se donne comme règles internes de « con[cevoir] et réali[ser] un programme d’expositions qui est présenté dans son réseau. Ces expositions peuvent également circuler dans d’autres lieux et réseaux comme les bibliothèques, les maisons de la culture, les musées ou les centres d’expositions ». Ces expos lui permettaient, selon plusieurs analystes et observateurs de la bibliothéconomie au Québec, de mettre en valeur, de rendre accessibles et de démocratiser ses propres collections et archives, mais aussi d’augmenter sa fréquentation. Elles auraient aussi grandement aidé à dépoussiérer la perception qu’avait le grand public des bibliothèques.

Par ailleurs, le soutien au milieu scolaire québécois ne fait pas partie des politiques actuelles de BAnQ. « Le discours sur l’éducation prend une place considérable dans le monde des bibliothèques aujourd’hui », analyse la professeure adjointe à l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal, Marie D. Martel. « On le détourne pour justifier des coupes dans la vocation culturelle. Et pourquoi la fonction muséale ne serait-elle pas compatible avec la mission d’éducation ? »

Ailleurs les expos

Mme Martel poursuit : « Ce n’est pas seulement un enjeu d’archives, mais aussi de curation et de valorisation des contenus culturels, qui font partie des missions des bibliothèques d’aujourd’hui. Les bibliothèques centrales de plusieurs villes canadiennes ont des exhibition spaces ; en France, à la Bibliothèque nationale de France et à la Bibliothèque publique d’information, ou dans le réseau de Lyon, ce type d’espace et de programmation joue un rôle de premier plan dans l’action culturelle. » De nombreuses biblios de Montréal sont actuellement à ajouter des salles d’exposition, ou des salles polyvalentes permettant les expos : le centre Peter McGill, l’Espace Rivière, la bibliothèque interarrondissement, la future bibliothèque Saint-Charles, etc. La nouvelle Gabrielle-Roy, à Québec, en prévoit également plusieurs. « Les bibliothèques en construction dans bien des cas prévoient des espaces d’exposition, et pendant ce temps, BAnQ ferme son service d’exposition », allant ainsi à contresens de la tendance mondiale, mais aussi de ce que son rôle de modèle exigerait.

Au fil des ans, BAnQ a monté des expositions telles Le Plateau de Michel Tremblay, Matshinanu – Nomades, Pierre Ayot – Regards critiques, L’esclavage en Nouvelle-France ou la très louée La bibliothèque, la nuit. Des expos qui ont tourné ensuite hors les murs — peu, constate-t-on en consultant le site de BAnQ —, soit dans le réseau BAnQ, mais aussi au Musée Louis-Hémon, au Musée d’art de Rouyn-Noranda et dans quelques CHSLD, dont le Centre Cardinal, entre autres.

L’organisme Science pour tous dénonçait hier en nos pages la fin des expositions. Le Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec, déçu de l’absence de communication de la part de BAnQ sur divers dossiers depuis l’arrivée du nouveau président-directeur général, Jean-Louis Roy, se disait de son côté alarmé des répercussions, mais aussi du signal que cette décision envoie. « Nous inquiète beaucoup le fait qu’on tue la culture au Québec à petit feu, parce qu’elle ne cadre pas avec la logique marchande néolibéralisme des gouvernements en place depuis une décennie », a indiqué au Devoir le responsable des dossiers culturels Adi Jakupovic. « Ça perturbe [nos membres] profondément de voir que plus le temps passe, moins on se soucie de la préservation et du développement de la culture au Québec. »

Qu’en sera-t-il de cette nouvelle Direction des services éducatifs de BAnQ, de ces ressources numériques pour l’éducation ? BAnQ a refusé lundi de répondre aux questions du Devoir. Cette nouvelle direction, selon le communiqué interne, serait un des grands objectifs de la planification stratégique 2019-2022. Une planification déjà en retard, qui devrait être déposée d’ici quelques mois, selon le ministère de la Culture et des Communications, et qui n’a pas encore été soumise à l’approbation du gouvernement.