La Falla de Saint-Michel, événement emblématique du quartier, célèbre sa 15e édition

La Falla de Saint-Michel s’inscrit parmi les activités estivales de La Tohu, témoignant de la multidisciplinarité de l’organisme au sein du quartier.
Photo: Adil Boukind Le Devoir La Falla de Saint-Michel s’inscrit parmi les activités estivales de La Tohu, témoignant de la multidisciplinarité de l’organisme au sein du quartier.

Construire pour tout détruire ? Tel est le but, en quelque sorte, de la Falla de Saint-Michel, qui se déroule cette fin de semaine pour sa 15e édition.

Cet événement de quartier particulier se veut une fête familiale avec animations, expositions, prestations d’art de rue et concerts s’étalant du vendredi au dimanche — la programmation musicale, cette année, comprend entre autres Queen K et Random Recipe —, mais la fête devient vite un spectacle pyrotechnique d’envergure le samedi soir.

Car il s’agit là du moment fort du week-end : l’embrasement de la falla, qui dominera la scène samedi devant La Tohu. « La falla, c’est une grande sculpture qu’on est en train de construire. Et par la suite, on va tout brûler », explique en quelques mots Fabrice Philoctète, qui compte parmi la quarantaine de falleros derrière l’oeuvre.

La tradition de la falla vient d’Espagne, plus précisément de la ville de Valence, dit Luc Savard, directeur adjoint à la programmation de La Tohu. À l’origine, il s’agissait d’une célébration de l’équinoxe du printemps au Moyen Âge espagnol.

« C’est une tradition qui existe [là-bas] depuis très longtemps, où, dans chaque quartier, les gens vont se réunir et construire des créations avec du papier mâché, du bois, toutes sortes de choses. Au mois de mars, dans tous les quartiers de Valence, les gens vont embraser les fallas qu’ils ont construites. On trouvait ça intéressant. »

L’idée fut donc reprise ici chaque année depuis 2004, dans le quartier Saint-Michel à Montréal, tant la construction d’une sculpture de bois à brûler que l’aspect communautaire et rassembleur de la chose, poursuit le directeur. En effet, les falleros — ceux derrière la construction de la falla — sont tous des jeunes du quartier en démarche d’intégration socioprofessionnelle.

Intégration

« Le projet nous a permis de développer un volet pour intégrer des jeunes qui ont eu un parcours peut-être un peu plus difficile, raconte Luc Savard. On leur donne des formations de démarche de recherche d’emploi ; ça leur permet d’avoir un horaire, de reprendre une certaine discipline. Ils sont entourés de plusieurs professionnels qui vont les initier à l’ébénisterie, à la menuiserie, à des pratiques de moulage, à la peinture… »

La Falla de Saint-Michel s’inscrit parmi les activités estivales de La Tohu, témoignant en quelque sorte de la multidisciplinarité de l’organisme au sein du quartier. « La Tohu, ce n’est pas juste un diffuseur des arts du cirque ; elle a plusieurs chapeaux, avance Luc Savard. C’est aussi le pavillon d’accueil du parc d’interprétation Frédéric-Back, et c’est un peu la Maison de la culture du quartier Saint-Michel. »

D’ailleurs, la Falla de Saint-Michel est apparue en même temps que La Tohu, il y a maintenant 15 ans, mais, depuis, les mesures qu’a entreprises l’organisme au sein du quartier se sont aussi diversifiées avec le temps.

« On a la Falla, mais on a beaucoup plus. On a une politique d’achat local, d’employabilité locale aussi ; on favorise l’embauche des gens de Saint-Michel. On a une quarantaine de jeunes qui travaillent dans notre service à la clientèle », ajoute aussi le directeur adjoint de La Tohu.

Bien que l’expertise guidant ces jeunes vienne d’ici, l’expérience derrière la construction de la falla, elle, fut acquise à Valence même. Charles Hugo Duhamel, concepteur de la falla depuis 2011, se souvient encore de son premier voyage en Espagne pour aller y visiter ateliers et artisans de cette tradition. « C’était incroyable. J’ai tellement aimé ça que j’y suis retourné deux autres fois ! »

Depuis, il a décidé de faire venir au Québec non seulement la technique de construction de la falla, mais aussi la mobilisation communautaire entourant son avènement. « [Là-bas], chaque falla est construite par un organisme d’un certain quartier. Ce sont des gens de tous les âges qui se rencontrent pour faire en sorte que le projet puisse avoir lieu. »

Charles Hugo fait ainsi remarquer que la décision du thème cette année est justement inspirée de cette idée de rapprochement à la communauté. « On a fait appel à différents organismes du quartier, qui sont reliés de près ou de loin à la Falla, à La Tohu. On a fait un genre de soirée brainstorming. »

Les thèmes les plus populaires s’arrimaient alors autour de la famille, de l’imagination, du dépassement de soi, du mélange de cultures…

L’idée du jeu s’est ensuite avérée comme étant celle qui pouvait englober la majorité de ces thèmes. « Le jeu est ressorti comme quelque chose d’universel, qui touche tous les âges et le coeur de tout le monde, qui rallie beaucoup. Donc, on est partis sur la base du jeu. On exploite le jeu sous toutes ses formes. »

Jouer le jeu

La falla de cette année se dote ainsi de blocs de jeu, de figurines Lego géantes, de cartes à jouer et même de l’iconique fusée de Tintin prenant la place au centre de la structure. Celle-ci sera aussi dotée d’une multitude d’équipements pyrotechniques, question d’agrémenter le spectacle de samedi.

Le tout aura pris plus de deux mois à construire et partira en fumée le temps d’un soir à l’exception d’une pièce, sauvée à la dernière minute — une autre tradition de la falla du quartier. « Sauver une chose chaque année, c’est quand même plaisant, confie Mélissa Levasseur-Boucher, l’une des falleros. On va sauver un de nos Lego géants. Au moins, on garde quelque chose qui était important dans la structure. »

Photo: Adil Boukind Le Devoir «La falla» de cette année se dote de blocs de jeu, de figurines Lego géantes, de cartes à jouer et même de l’iconique fusée de Tintin.

Son coup de coeur lors de cette expérience ? « Le travail d’équipe ; il y a tellement une belle énergie qu’on ne s’ennuie jamais. Même si on n’a plus grand-chose à faire » admet-elle, à quelques jours de l’embrasement de samedi.

Face à cette mise à feu imminente, Fabrice ne cache pas sa hâte. « Moi, je suis excité. J’ai vraiment hâte que tout ça brûle ! » « Même ton bonhomme Lego ? » lui demande Mélissa. Il fait oui de la tête, avec un air déterminé. « Faut que ça parte en fumée. »

La Falla de Saint-Michel

Du 9 au 11 août, à La Tohu, 2345, rue Jarry Est, Montréal