Festival Présence autochtone: terres de rencontres

L’artiste Sam Ojeda dans le cadre de Présence autochtone en 2018
Photo: Mario Faubert L’artiste Sam Ojeda dans le cadre de Présence autochtone en 2018

Dès la semaine prochaine, Montréal fait la part belle à la création artistique des premiers peuples du Québec et d’ailleurs, dans le cadre du festival Présence autochtone. Outre son calendrier cinématographique, l’événement, qui prendra l’affiche du 6 au 14 août, s’empare entre autres de la Place des festivals pour y déployer sa programmation extérieure et musicale.

Au coeur de l’endroit se tiendra un impressionnant aménagement scénographique conçu par Studio 703, doté de plusieurs tipis ainsi que d’une grande maison longue, érigés sur l’esplanade entre la rue Sainte-Catherine et le boulevard De Maisonneuve. Le tout sera couvert d’une création multimédia en lumières de Caroline Monnet et Sébastien Aubin, artistes du collectif AM. Il s’agit d’une des installations fétiches d’André Dudemaine, cinéaste innu et l’un des fondateurs du festival.

« Ce sont des installations qui rappellent l’esprit du Nord, avec les sapins vivants qu’on y ajoute, avec les évocations d’animaux nordiques, comme les oies ou le caribou, décrit André Dudemaine. C’est vraiment l’esprit du Nord qui souffle sur Montréal l’été et qui rappelle d’ailleurs la vocation traditionnelle de l’île, qui était un lieu de rencontre, justement, entre les populations agricoles du Sud — dont celles qui habitaient traditionnellement Montréal — et les populations nomades du Nord. »

C’est vraiment l’esprit du Nord qui souffle sur Montréal l’été et qui rappelle d’ailleurs la vocation traditionnelle de l’île, qui était un lieu de rencontre, justement, entre les populations agricoles du Sud — dont celles qui habitaient traditionnellement Montréal — et les populations nomades du Nord

Montréal non seulement se transforme en lieu de rencontre entre traditions autochtones du Québec, mais l’île accueillera aussi plusieurs artistes autochtones des quatre coins du monde, autant du côté de la programmation cinématographique que de l’animation prévue à la Place des festivals.

Concerts participatifs

Le public aura droit notamment à un atelier de haka féminin mercredi soir. Le haka est une danse de cérémonie traditionnelle maorie, rendue très célèbre entre autres par l’équipe nationale de rugby néo-zélandaise, qui l’exécute avant chacun de ses matchs.

Une tradition féminine de cette coutume existe aussi, pratiquée entre autres par l’équipe féminine de rugby de Nouvelle-Zélande — ce sera ce haka qui sera donné en atelier aux femmes du public mercredi prochain.

« [L’atelier] sera dirigé par Māmā Mihirangi, une artiste maorie qui vient d’Aotearoa [Nouvelle-Zélande], explique le fondateur du festival. Dans la tradition maorie, les femmes enseignent aux femmes. Ça va être un moment assez formidable. »

Le public aura droit à un autre événement-concert participatif mercredi, cette fois-ci créé par la compositrice Katia Makdissi-Warren et accessible à tous. Intitulée Les grands espaces, cette pièce entraînera la création d’un choeur avec les gens du public, dirigé par la chef de choeur Tiphaine Legrand, qui accompagnera un duo de chanteuses de gorge inuites, explique André Dudemaine.

Photo: Terres en vue Mama Mihirangi présentera un concert solo cette année.

« C’est la première fois qu’elle va être présentée à Montréal, dit-il. Elle a été commandée par la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ), qui rend hommage d’ailleurs à Katia Makdissi-Warren cette année. »

Māmā Mihirangi et Katia Makdissi-Warren auront aussi toutes deux leur propre concert solo, mercredi et jeudi soirs respectivement, s’inscrivant dans la programmation musicale du festival.

Le festival Présence autochtone en est à sa 29e édition. La première, en 1990, était présentée uniquement comme festival de films. « Au début, c’était un tout petit événement. Quand on a commencé à créer le festival, la crise d’Oka a éclaté. Ça a créé une ambiance un peu négative, c’est le moins qu’on puisse dire, pour les débuts. »

Faute d’appuis institutionnels, le festival s’est alors tourné vers le partenariat avec des organismes culturels pour l’organisation. « Au départ, on voyait surtout un festival de cinéma plus tourné vers la présentation, la discussion ; quelque chose pour sensibiliser les gens à la réalité autochtone. Mais très rapidement, les artistes autochtones nous sont tombés dessus. »

Lorsqu’il parle d’artistes, le cinéaste parle ici non seulement de figures en cinéma, mais aussi en arts visuels, en arts de la scène, en musique — entraînant très rapidement, dit-il, le virage vers la multidisciplinarité du festival Présence autochtone que l’on connaît aujourd’hui.

« Le festival a défriché un très large terrain. C’est un peu une vague artistique qui nous a portés et sur laquelle on a navigué, mais aussi dont on a été l’instigateur, non seulement à Montréal, mais sur la planète. »

Un autre événement-symbole de la portée du festival s’articule sous la forme du Défilé de l’amitié Nuestroamericana, qui se tiendra le 10 août. À partir de la place Jacques-Cartier, un cortège de près de 1500 danseurs costumés provenant d’une cinquantaine de troupes marcheront jusqu’à la Place des festivals, où il y aura un spectacle du même nom.

« [Ces danseurs] représentent des traditions d’une trentaine de pays, tous témoins de la diversité actuelle à Montréal, cette immense richesse de traditions du monde maintenues vivantes dans nos communautés culturelles, s’enthousiasme le fondateur. Toute cette diversité se réunit pour rendre hommage, et à l’île de Montréal, et aux Premières Nations du territoire. Moi, j’appelle ça le mini-festival de Rio sur la Place des festivals ! »

Rassembleur historique

Cette effervescence musicale, en plus des installations extérieures, du programme cinématographique et des expositions d’arts visuels aussi organisées dans le cadre du festival, réitère le caractère rassembleur historique de l’île de Montréal, selon André Dudemaine. « Montréal est une grande métropole culturelle, assise sur un territoire des Premières Nations. C’est naturel que la ville cherche à reprendre de ses couleurs premières pour retrouver son âme. »