Kijiji cesse la revente de billets d'évènements

Selon Renaud Legoux, professeur de marketing à HEC Montréal, Kijiji jonglait avec «un risque légal et un risque réputationnel» à servir d’intermédiaire pour la revente.
Photo: Dave Sandford Getty Images Agence France-Presse Selon Renaud Legoux, professeur de marketing à HEC Montréal, Kijiji jonglait avec «un risque légal et un risque réputationnel» à servir d’intermédiaire pour la revente.

Alors que l’univers de la revente de billets connaît toutes sortes de remous et de mises au point à travers le monde, le site de petites annonces en ligne Kijiji, propriété d’eBay, a annoncé lundi qu’il fermait au Canada sa catégorie « Billets », notamment en raison des enjeux de sécurité et de fraude difficiles à contrôler avec les titres électroniques qui remplacent les classiques bons en papier. Une décision toute logique, selon des observateurs et acteurs du milieu.

« Il est à peu près temps que Kijiji enlève ça, c’était une plateforme non sécurisée, tu avais plus peur de te faire arnaquer qu’autre chose », lance d’emblée Steve Marcoux, programmateur chez Co-motion, notamment de la salle André-Mathieu à Laval et du nouveau festival LVL UP.

Selon Renaud Legoux, professeur de marketing à HEC Montréal qui se spécialise dans le marketing des arts et des industries culturelles, la revente de billets ne « collait pas avec le corps de métier de Kijiji, qui est un annonceur généraliste pour des produits tangibles ».

Chez Kijiji, la décision est le fruit d’une réflexion « sur plusieurs années » et « d’un éveil graduel », a expliqué Kent Sikstrom, directeur des relations avec la communauté de Kijiji.

Excès

M. Sikstrom reconnaît toutefois que les récentes séries éliminatoires de la NBA, où les Raptors de Toronto étaient au coeur d’un engouement monstre autour des billets pour les matchs de basket-ball, ont amené une situation anormale sur la plateforme de petites annonces,

« Il y avait là un niveau excessif de revente [scalping] et pas juste sur Kijiji, souligne M. Sikstrom. Il y avait de revendeurs qui utilisaient des bots et des logiciels pour accumuler les billets et les revendre à des prix exorbitants. Alors oui, ça nous a, disons, inspirés dans le timing. »

La société, détenue par eBay, a annoncé que l’option de vente de billets était éliminée à compter de lundi, mais que les annonces déjà publiées resteront en place jusqu’à leur expiration. Toutes les publications auront expiré dans 60 jours.

C’était une plateforme non sécurisée, tu avais plus peur de te faire arnaquer qu’autre chose

Dans son communiqué, Kijiji propose aux acheteurs de billets d’utiliser les services de son partenaire StubHub, une autre propriété du géant eBay.

« Ce qu’ils vont faire c’est essayer de concentrer leurs efforts et leur expertise sur un seul site spécialisé là-dedans [StubHub] plutôt que d’éparpiller leurs ressources », analyse Renaud Legoux.

De plus en plus, les billets pour les spectacles et les événements sportifs ne sont plus en format papier, mais plutôt en format électronique. « C’est moins coûteux à acheminer, il y a moins de risque de perte et quand c’est bien géré, l’authentification peut être mieux faite », résume M. Legoux.

Mais à ses yeux, Kijiji, qui n’offre pas de système permettant de vérifier l’authenticité des billets, jonglait avec « un risque légal et un risque réputationnel » à servir d’intermédiaire pour la revente.

« Un billet, c’est un produit très hédonique, avec une grosse force symbolique, explique le professeur. Si l’acheteur se rend compte que le billet n’est pas authentique, il va blâmer évidemment le revendeur qui l’a berné, mais aussi les intermédiaires de distribution, là Kijiji. »

Fraude

Sans vouloir dire combien de fraudes ont eu lieu dans la section « Billets » de sa plateforme, Kent Sikstrom estime que le ratio est toutefois « presque négligeable ».

Steve Marcoux, de Co-motion, voit dans le geste de Kijiji une facette d’un mouvement mondial où les grandes plateformes de reventes sont soit scrutées — comme Viagogo, « punie » par Google dans son algorithme — soit tendent à l’autodiscipline. Il n’est lui-même pas touché par la fraude, soulignant que c’est surtout lors des « très gros spectacles et des événements spéciaux » que les fraudeurs se montrent le bout du nez.

En juin, le Groupe CH s’associait d’ailleurs au géant mondial de la billetterie Ticketmaster, ce qui permet au grand joueur du spectacle québécois de vendre et revendre ses divers billets par l’intermédiaire d’un guichet unique. Le Groupe CH, qui chapeaute à la fois le Tricolore et le producteur de spectacles Evenko, n’a pas répondu aux demandes de réactions du Devoir.

« Il y a deux faces à ça, explique Renaud Legoux. Comme entreprise, je suis en train de préserver l’expérience, j’ai un contrôle sur le prix par exemple. Mais quand je fais affaire avec des revendeurs, eux m’achètent les billets et je ne prends plus de risque. »

Avec La Presse canadienne

1 commentaire
  • Jean-Guy Aubé - Abonné 30 juillet 2019 13 h 20

    Pas seulement les billets de spectacles

    Les arnaqueurs sur Kijiji sévissent aussi dans le domaine de photos de petits chiens qui sont offerts en vente. Une fois que les gens ont payé, ils reçoivent de nouvelles réclamations de la part des soi disant propriétaires pour des frais vétérinaires car l'animal serait tombé malade. Ca n'en finit plus de réclamations diverses, jusqu'à ce que les acheteurs s'aperçoivent qu'ils ne recevront jamais leur chien. Celui-ci est alors remis en vente quelques jours plus tard pour trouver de nouveaux acheteurs.