Acquittement pour deux journalistes et une activiste en Turquie

Le journaliste Erol Önderoglu est poursuivi sous la même accusation de «propagande terroriste» dans le cadre d’un autre procès, qui doit s’ouvrir le 7 novembre.
Photo: Ozan Kose Agence France-Presse Le journaliste Erol Önderoglu est poursuivi sous la même accusation de «propagande terroriste» dans le cadre d’un autre procès, qui doit s’ouvrir le 7 novembre.

Le représentant de Reporters sans frontières (RSF) en Turquie, accusé de « propagande terroriste » pour avoir collaboré à un journal prokurde, a été acquitté mercredi à l’issue d’un long procès qui avait avivé les inquiétudes par rapport à l’érosion de la liberté d’expression dans le pays.

La décision du juge d’acquitter Erol Önderoglu, qui n’était pas présent au tribunal, a été saluée par des applaudissements dans la salle d’audience au palais de justice d’Istanbul, selon un correspondant de l’AFP sur place.

M. Önderoglu risquait plus de 14 ans de prison pour avoir participé à une campagne de solidarité avec Özgür Gündem, un quotidien fermé, car accusé de liens avec la rébellion kurde.

L’écrivain journaliste Ahmet Nesin et la présidente de la Fondation des droits de l’homme, Sebnem Korur Fincanci, qui étaient jugés lors du même procès, ont également été acquittés.

Ils avaient tous les trois été détenus en juin 2016 pendant une dizaine de jours avant d’être laissés en liberté conditionnelle pendant leur long procès sous les accusations de « propagande terroriste », « apologie du crime » et « incitation au crime ».

Je suis très surprise, je ne sais pas comment réagir. C’était la seule issue possible, mais ce procès n’aurait pas dû avoir lieu à la base.

Le tribunal a en outre jugé qu’ils pouvaient réclamer « une compensation financière » pour les jours passés en détention.

« Nous sommes profondément soulagés par l’acquittement d’Erol Önderoglu et de ses collègues. Mais trois ans de procédures absurdes constituent déjà une forme de punition », a réagi RSF dans un tweet.

Un autre procès

M. Önderoglu, qui se trouve actuellement à l’étranger, est poursuivi sous la même accusation de « propagande terroriste » dans le cadre d’un autre procès, qui doit s’ouvrir le 7 novembre, pour avoir soutenu des universitaires ayant signé une pétition appelant à la fin des opérations sécuritaires dans le sud-est à majorité kurde de la Turquie.

« Ces accusations doivent être abandonnées », a ajouté RSF dans son tweet.

« L’acquittement d’Erol Önderoglu, représentant de @RSF_inter en Turquie poursuivi pour propagande terroriste depuis trois ans, est une victoire exceptionnelle de la justice et de la liberté de la presse dans un pays où l’une et l’autre sont violées chaque jour », s’est pour sa part félicité le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire, également sur Twitter.

Ces acquittements tranchent avec la sévérité avec laquelle la justice turque a sévi ces dernières années contre les voix critiques et les médias d’opposition, le cas le plus emblématique étant celui du journal Cumhuriyet dont plusieurs collaborateurs ont été condamnés à des peines de prison.

« Je remercie chaleureusement tous ceux qui nous ont soutenus pendant ce procès. Le combat continue pour tous nos collègues injustement poursuivis ou emprisonnés », a déclaré M. Önderoglu dans une déclaration transmise à l’AFP depuis l’étranger où il se trouve.

« Surprise »

Mme Fincanci, seule accusée qui était présente à l’audience, a fait part de sa « surprise » après l’annonce de son acquittement.

« Je suis très surprise, je ne sais pas comment réagir », a-t-elle dit à l’AFP. « C’était la seule issue possible, mais ce procès n’aurait pas dû avoir lieu à la base ».

Après l’audience, Mme Fincanci a été accueillie par les applaudissements d’une poignée de partisans rassemblés devant le tribunal, auxquels elle a répondu par un large sourire et un « V » de la victoire.

L’arrestation de M. Önderoglu en juin 2016 et les poursuites engagées contre lui avaient entraîné une vague de protestations en Turquie et à l’étranger.