Promenade au «Jardin des délices» de Hieronymus Bosch

L’un des personnages incarne Salvador Dalí, qui s’est inspiré de Hieronymus Bosch dans son art.
Photo: Mortem Abrahamsen Les 7 Doigts L’un des personnages incarne Salvador Dalí, qui s’est inspiré de Hieronymus Bosch dans son art.

Par quelle porte entrer dans l’univers halluciné du peintre médiéval néerlandais Hieronymus Bosch ? Comment aborder cette œuvre inclassable, foisonnante, mystérieuse qui a eu des influences jusque dans le XXe siècle de Salvador Dalí ou de Jim Morrison ? Que choisir dans cet héritage qui dit tout et son contraire, et dont l’auteur a disparu au XVIe siècle sans en laisser les clés ?

C’est la tâche, titanesque, à laquelle s’est attelée la compagnie de cirque Les 7 Doigts avec Bosch Dreams, le spectacle phare du festival Montréal complètement cirque, qui a pris l’affiche cette semaine à la salle Pierre-Mercure.

Superposant numéros de cirque et projections vidéo conçues par Ange Potier, Bosch Dreams s’introduit dans l’art de Bosch en voyageant de tableau en tableau, de fragment en fragment, de la sensualité exaltée des détails du Jardin des délices aux scènes atroces de destruction qui les côtoient.

Et qui de mieux qu’un artiste de cirque, avec ce que cela comporte d’autodérision, pour aborder cette œuvre sans mesure ? C’est ainsi que Émile Mathieu joue l’historien de l’art qui cherche vainement à expliquer l’œuvre de Bosch, mais qui arrivera surtout à nous guider au fil du spectacle. Ainsi, il attire notre attention sur un détail du Jardin des délices, où un homme ivre est suspendu dans une clé. Plus tard, on comprendra que c’est ce détail qui est exploité dans le duo circassien où un homme, incarnant Jim Morrison, et une femme sont suspendus à une clé au-dessus d’une baignoire. Un autre personnage incarnera Dalí, qui a découvert Bosch dans la galerie du musée du Prado, à Madrid, et qui s’en inspirera dans son art. Sa promenade au cœur de l’œuvre de Bosch nous mènera à un très beau numéro d’équilibre sur main, qui se déploie dans une bulle comme ce que l’on trouve dans Le jardin des délices.

Mais il ne faut pas chercher ici de prouesses circassiennes en série, car ces numéros ne forment pas l’essentiel du spectacle, qui est au moins autant nourri par la somptueuse animation des tableaux du maître. Car c’est bien d’un hommage au maître qu’il s’agit dans ce spectacle, qui avait d’ailleurs été commandé par la Fondation Bosch pour le 500e anniversaire de la mort de l’artiste en 2016. Les costumes, également conçus par Ange Potier, imitent à la perfection les animaux fantastiques et les personnages de l’œuvre de Bosch. Mais ces allers et retours constants entre cirque et projection, entre tableaux en apparence sans parenté entre eux, pourront en déconcerter certains, qui chercheront le rythme de ce spectacle à la fois simple et ambitieux. Mais ne doit-on pas s’attendre à être précisément déconcerté par un tel projet ?

Cinq siècles après la mort de Hieronymus Bosch, son œuvre demeure mystérieuse. Pour illustrer les limites d’une tentative d’interprétation, le spectacle propose, au début et à la fin, une scène présentant l’artiste à ses dernières heures, alité. On y voit une référence à un autre tableau du maître, La cure de la folie, où un homme, portant un entonnoir sur la tête, extrait la pierre de la folie du crâne d’un malade. S’il se moquait à l’époque des charlatans qui opéraient ainsi les malades, Bosch se moquerait sûrement encore aujourd’hui des tentatives de simplification de ses tableaux. Aussi se contente-t-on, avec Les 7 Doigts, de les admirer sans paroles.

Bosch Dreams

Les 7 Doigts, à la salle Pierre-Mercure du 4 au 14 juillet