Au son des tambours guadeloupéens

Ils font de la mizikbitasyon, de la musique de la campagne. Ils chantent en créole, cette langue qu'on dit dialectale, pourtant parlée par des millions d'habitants. Et ils tentent de faire entrer leur langue, qui en réunit plusieurs, dans le concert des voix universelles. Les textes de leurs chansons sont engagés, parlent de la Guadeloupe, d'éducation. Leur chanson Bayo est un appel à consommer des produits guadeloupéens plutôt que des produits importés. Une autre, Dekatman, est un hommage à la langue créole; elle propose des jeux de mots, des jeux de diction.

Ka-o-ka, c'est le nom d'un groupe de 15 musiciens (six femmes et neuf hommes) et une danseuse, qui visite pour la première fois cette année le Festival Nuits d'Afrique de Montréal. Mais c'est aussi celui d'une association qui a fondé une école de musique en Guadeloupe et qui s'est engagée à lutter «contre l'oisiveté», dans un département outre-mer où, sous le soleil de plomb, chôme encore 25 % de la population.

Cette association, qui veut s'ouvrir sur le monde, existe depuis 1985. Et depuis 1996, elle a enfanté un groupe de musique, celui-là même que l'on pourra entendre non seulement à la place Émilie-Gamelin, le soir du dimanche 21 juillet, mais aussi pendant les ateliers de percussions et de danse qui se donneront les 20 et 21 juillet pour le public. Un groupe dont plusieurs musiciens sont presque amateurs mais dont on entend avec plaisir les percussions, les choeurs et les solos presque incantatoires sur le disque Ou pé di-y (O.K. en créole).

En entrevue, Jean-Pierre Nicolas, musicien et également l'un des dirigeants de l'association, explique comment le groupe est parti des sept rythmes traditionnels du gwoka guadeloupéen pour inventer d'autres rythmes. «Nous avons ce que nous avons reçu de nos ancêtres et nous regardons ce que nous voulons léguer aux générations qui suivront», dit-il, pendant que ses 15 comparses s'installaient dans les locaux du Collège français, après un voyage nocturne entre Pointe-à-Pitre et Montréal.

Même si elle s'inspire de la musique traditionnelle, leur musique est aussi très moderne. Toutes les filles du groupe peuvent chanter un solo et chacune a un timbre de voix très particulier. «Nous avons voulu donner une place plus importante aux filles parce que, dans la musique guadeloupéenne, on entend surtout les hommes», dit-il.

Ces solos ont d'ailleurs une texture très particulière. «Si on les entendait à part, on pourrait dire qu'ils ne sont pas justes, parce qu'ils ne sont pas chantés par des gens qui ont une formation musicale. Ça donne un genre un peu bluesy», dit Jean-Pierre. Sur scène, le groupe se sert de tambours qu'il a lui-même fabriqués, mais aussi de djembes, de kas, de chachas (sorte de maracas sans manches) et de petites percussions. Les membres du groupe viennent de plusieurs des 32 communes qui forment la Guadeloupe, pour ainsi mieux mélanger leurs couleurs, leurs cultures, leurs influences.

Ka-o-ka, c'est le nom d'une plante médicinale des Antilles. Mais c'est aussi, si on le dissèque, le nom de l'âme en Égypte, le symbole du soleil et de la jeunesse, puis le nom du ka, ce tambour qui évoque les racines guadeloupéennes. Un peu d'âme, de jeunesse, des tambours et une culture particulière à partager.