Au secours des nuits de Montréal

Jeudi soir, l’organisme MTL 24 / 24 présentera son mémoire déplorant l’absence de volonté politique visant à favoriser «l’économie de nuit».
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Jeudi soir, l’organisme MTL 24 / 24 présentera son mémoire déplorant l’absence de volonté politique visant à favoriser «l’économie de nuit».

Les nuits de Montréal auraient-elles perdu de leur attrait ? C’est ce que craint un nouveau regroupement d’acteurs de la vie culturelle qui presse aujourd’hui l’administration Plante de tenir sa promesse électorale d’adopter une Charte montréalaise de la vie nocturne pour en favoriser l’encadrement et la mise en valeur. La démarche s’accompagne d’une « pétition pour le soutien de la vie nocturne à Montréal » appuyée par les directeurs d’événements culturels phares de la métropole tels que MUTEK, POP Montréal, le Black & Blue et le Piknic électronik / Igloofest.

Jeudi soir, dans le cadre d’une consultation publique, l’organisme MTL 24 / 24 présentera devant la Commission permanente sur la culture, le patrimoine et les sports de la Ville de Montréal son mémoire déplorant l’absence de volonté politique visant à favoriser ce qu’ils appellent « l’économie de nuit », soulignant que « ce manque d’intérêt des décideurs, ajouté à un cadre réglementaire de plus en plus restrictif, a eu pour effet d’entraver son développement et de nuire gravement à son rayonnement ».

« Montréal aime beaucoup se targuer d’être une ville festive, d’être la ville la plus accueillante en Amérique du Nord, mais nous, lorsqu’on regarde ça froidement, on se rend compte que notre ville n’est plus à l’avant-garde de la libéralisation des moeurs à cet égard », regrette Mathieu Grondin, cofondateur et membre du conseil d’administration de MTL 24 / 24, qui cite en exemples Miami ou La Nouvelle-Orléans, « où il est permis de servir de l’alcool 24 heures sur 24 », pour ne nommer que ces métropoles nord-américaines. « Même Toronto depuis quatre ans accorde des dérogations événementielles pour des événements majeurs. En Europe, toutes les grandes villes ont des catégories de permis qui accordent le service en continu d’alcool. »

La vente d’alcool après 3 h du matin n’est ni une finalité ni l’objectif premier des démarches de MTL 24 / 24, qui insiste sur le rayonnement culturel et artistique des événements nocturnes montréalais, mis à mal ces dernières années par la fermeture de lieux de diffusion et petites salles de spectacles, touchés par les effets de l’embourgeoisement et les plaintes de nuisances sonores. « Pour l’instant, on a l’impression qu’on cherche à étouffer le nightlife, dit Mathieu Grondin. Comme si tout ce qui se passe après 3 h du matin est suspect [aux yeux des autorités]. Une des manières de changer cette culture, c’est de libéraliser la vente d’alcool, de sorte que ce ne soit plus suspect d’être debout après 3 h du matin. »

Ce constat avait pourtant déjà été fait en 2011, dans le document Montréal au bout de la nuit rédigé par la consultante en urbanisme et géographie Claire Néron-Dejan pour le compte de l’arrondissement de Ville-Marie : « L’horaire actuel de 8 h-3 h est perçu comme obsolète et inadapté aux changements contemporains », peut-on lire dans le document, qui cite ensuite Monique Savoie, présidente et directrice artistique de la SAT : « Ces permis relèvent d’une loi vieille de plus de trente ans, adaptée aux travailleurs en usine et toujours en force : tout détenteur de permis de bar a le droit d’ouvrir ses portes dès 8 h le matin. […] Les moeurs ont changé et évolué depuis, mais la loi pas », même si, depuis la publication de ce document, Montréal a le pouvoir de décider, en fonction des heures, du zonage ou des périodes de l’année, de la vente de produits alcoolisés sur son territoire en vertu de la loi 121 sur le statut de métropole, souligne M. Grondin.

Aucune étude n’a été faite à Montréal sur cette industrie, contrairement à ce qui s’est fait dans plusieurs villes dans le monde. On est en retard.

MTL 24 / 24 revendique en premier lieu la création d’un comité voué à la vie nocturne « ou d’un bureau de la vie nocturne » — le programme électoral de Projet Montréal promettait la nomination d’un Responsable de la vie nocturne —, « un peu à l’image de ce qui se fait pour la mode et le cinéma, estime M. Grondin. Ce comité serait responsable de délivrer les permis nécessaires, d’accompagner les producteurs [d’événements culturels nocturnes] et d’orienter le développement de cette industrie » qui représente pourtant « plusieurs milliers de dollars, mais on ne sait pas exactement combien puisqu’aucune étude n’a été faite à Montréal sur cette industrie, contrairement à ce qui s’est fait dans plusieurs villes dans le monde. On est en retard. »

Le dossier de la vie nocturne est aujourd’hui entre les mains de la conseillère municipale du district Côte-des-Neiges Magda Popeanu, vice-présidente du comité exécutif et responsable de la culture et de la diversité. Geneviève Jutras, attachée de presse du comité exécutif, s’est limitée à dire que « le dossier [de la nomination d’un responsable de la vie nocturne] suivait son cours ». Du côté de Tourisme Montréal, dont le service de recherche a produit en 2013 le plus récent document analysant le nightlife montréalais et le comparant avec celui des autres grandes métropoles, on ne comptait pas prendre part aux consultations de jeudi soir, « mais on garde l’oeil ouvert » sur les conclusions de cette consultation qui seraient dévoilées « dans les prochaines semaines », indique encore l’attachée de presse du comité exécutif.