Un retour de la diplomatie culturelle canadienne?

Parmi les noms cités lors des audiences et dans les mémoires ayant contribué à la rédaction du rapport «La diplomatie culturelle», on retrouve celui de l'artiste anishinabé Norval Morrisseau.  
Photo: Kinsman Robinson Galleries Toronto Parmi les noms cités lors des audiences et dans les mémoires ayant contribué à la rédaction du rapport «La diplomatie culturelle», on retrouve celui de l'artiste anishinabé Norval Morrisseau.  

Le Canada a perdu du terrain ces dernières années en matière de diplomatie culturelle et il devra faire mieux s’il ne veut pas être déclassé. C’est le constat que présente un nouveau rapport sénatorial, qui prône le retour en force de cette idée dans la politique étrangère canadienne.

La diplomatie culturelle ? Ce peut être une gamme d’activités orchestrées par des diplomates, où les produits culturels servent alors à faire progresser les intérêts du pays par les arts, la littérature, la musique. Regroupant les idées de soft power, d’attraction, de persuasion et d’influence, la diplomatie culturelle peut être un élément clé de l’image de marque et de la réputation du pays.

C’est pourquoi le Comité sénatorial des affaires étrangères et du commerce international défendait fermement son retour, mardi, dévoilant La diplomatie culturelle. À l’avant-scène de la politique étrangère du Canada. Le rapport s’appuie sur les interventions de plus de 60 joueurs du milieu.

Entre les lignes, se documentent là les conséquences néfastes des coupes des conservateurs en ce domaine, particulièrement lors des sabrages des programmes PromArt et Routes commerciales. « Les réalisations de la diplomatie culturelle d’autres pays, comme le Royaume-Uni, la France et le Mexique, ne font que renforcer le message », est-il mentionné : il y a un rattrapage, et rapide, à effectuer. Car actuellement, si plusieurs artistes d’ici obtiennent une reconnaissance internationale, l’absence d’un soutien constant et concerté de la part du fédéral fait que des occasions sont manquées, estime le comité.

Pour effectuer une remontée, huit recommandations y sont consignées. Quelques-unes visent à contrer la dispersion actuelle des responsabilités, des stratégies et des structures en diplomatie culturelle. La solution ? Désigner Affaires mondiales Canada (AMC) comme ministère garant de la coordination et de l’exécution de ce qui serait alors la stratégie de diplomatie culturelle du Canada. Une stratégie qui exige, pour s’incarner, des fonds nouveaux, à mobiliser tant au fédéral qu’au provincial et au municipal.

Pour les organismes acteurs du milieu, « le manque de fonds [actuel] a pour conséquence ultime de restreindre l’engagement international des groupes culturels et artistiques du Canada. […] La situation actuelle découlerait de la même attitude qui a mené à la suppression, en 2008, de programmes de renom comme PromArt et Routes commerciales ».

Ce problème est amplifié, toujours selon le rapport, par le manque de transparence et la confusion qui caractérisent les investissements fédéraux en diplomatie culturelle.

Créer sous le drapeau

Dans la stratégie globale de diplomatie culturelle, « la promotion des arts et de la culture du Canada [servirait] trois objectifs principaux : l’interaction, la défense des intérêts et la prospérité », comme le mentionne l’AMC ainsi citée. Les artistes et créateurs « peuvent transmettre un message puissant qui correspond aux valeurs et aux priorités du Canada en matière de politique, comme la démocratie, la diversité et l’inclusion, les droits de la personne, l’égalité entre les sexes et la prospérité inclusive ».

De son côté, Patrimoine canadien (PCH) cherche à appuyer une « vision du Canada comme […] pays très diversifié, inclusif et novateur à bien des égards ». Les artistes canadiens n’ont peut-être pas pour consigne « d’arborer le drapeau », mais ils « présentent toute la diversité du Canada ». Demeurerait essentiel toutefois que le soutien financier ne soit pas réservé aux organismes culturels qui acceptent d’aligner leur mandat sur les priorités du gouvernement, note encore le document.

Les possibilités commerciales font partie des essentiels du rapport. « Les États-Unis sont de loin le partenaire commercial le plus important du Canada pour ce qui est des produits culturels. En 2016, ce pays a été la destination et la provenance respectivement de 63 % des exportations [10 milliards de dollars] et de plus de 65 % des importations [13,6 milliards de dollars] de produits culturels par le Canada. »

Le deuxième partenaire ? L’Union européenne, avec 12 % de toutes les exportations (1,9 milliard de dollars) et 11 % de toutes les importations (2,2 milliards de dollars). « Les autres grands marchés d’exportation de produits culturels canadiens étaient la Chine (4 % des exportations), puis le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France.

Enfin, les autres sources importantes d’importations culturelles au Canada étaient la Chine (5 % des importations, ce qui fait de ce pays le troisième exportateur de produits culturels au Canada), puis le Mexique et le Royaume-Uni. »

Aussi, la politique devrait prioriser des régions où l’engagement culturel aura le plus grand impact pour la politique étrangère. Sont listés les grands marchés d’exportation de l’industrie culturelle du Canada, comme les États-Unis, la Chine, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, et les « partenaires commerciaux et diplomatiques prioritaires en Asie et en Amérique latine ».

Parmi les autres réflexions se trouvent la formation en diplomatie culturelle aux employés d’AMC — et peut-être un retour, par la bande et sous une autre forme, du rôle des « attachés culturels » —, la création d’un programme d’études canadiennes modernisé, la collaboration internationale, aussi entre artistes, et la mesure du rendement, aussi difficile soit-elle à évaluer, de ces nouvelles démarches.

Ambassadeurs culturels

Parmi les noms cités lors des audiences et dans les mémoires ayant contribué à la rédaction du rapport La diplomatie culturelle « figurent, dans aucun ordre particulier, le Cirque du Soleil, Robert Lepage, Glenn Gould, Denys Arcand, Jean-Marc Vallée, Denis Villeneuve, Céline Dion, Arcade Fire, Drake, Coeur de pirate, Oscar Peterson, Daphne Odjib, Norval Morrisseau, les Grands Ballets canadiens de Montréal, Crystal Pite, Leonard Cohen, Michael Bublé, Margaret Atwood et Alice Munro ».