Un coin de vert dans un quartier en renaissance

Philippe Pelletier, cofondateur et directeur de la programmation de Green Haüs (à droite), et DJ Lexis, qui ajoutera à l’offre musicale du projet, se tiennent à l’endroit où l’espace public sera inauguré, le 13 juin prochain.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Philippe Pelletier, cofondateur et directeur de la programmation de Green Haüs (à droite), et DJ Lexis, qui ajoutera à l’offre musicale du projet, se tiennent à l’endroit où l’espace public sera inauguré, le 13 juin prochain.

Avant d’être rebaptisée le District central, on a appelé cette zone la Cité de la mode dans les années 2000, ou encore, dans les années 1960, le « quartier de la guenille ». Le secteur industriel traversé par la rue Chabanel, à l’ouest de la Main, n’est certes plus tout à fait le coeur de l’industrie textile qu’il fut, même si plusieurs industries de la mode y tiennent encore boutique, côtoyant désormais les industries « créatives » et autres start-ups. Qu’est-ce que ce District central, alors ? Dans les rêves de plusieurs, le prochain pôle créatif et technologique de la métropole — là où sera inauguré jeudi la place Green haüs, nouvel espace imaginé par l’équipe d’Aire commune.

Ça allait de soi qu’Alexis Charpentier, fondateur de la plateforme musicale sur le Web Music Is my Sanctuary, des événements 24 heures de vinyles, « podcasteur » et DJ reconnu pour sa vaste ouverture d’esprit musicale, ait été interpellé par les concepteurs du Green haüs pour donner vie et groove à l’espace : son entreprise a élu domicile dans l’un de ces vastes immeubles du District central. « Ce qui est drôle, c’est que là où Green haüs s’installe, c’est littéralement dans le terrain vague juste en face du bureau. Ça fait deux ans qu’on écoute du techno et de l’ambient en fixant ce décor monochrome… »

L’industrie manufacturière textile est aujourd’hui moins importante qu’elle ne l’était auparavant, si bien qu’il y a des millions de pieds carrés à louer à bon prix dans les immeubles du coin

 

L’immense terrain vague à l’angle de la rue Louvain Ouest et de l’avenue de l’Esplanade, juste au nord de Chabanel, était autrefois occupé par des entrepôts de munitions, rappelle Philippe Pelletier, cofondateur et directeur programmation et relations publiques d’Îlot84, l’équipe derrière les projets d’aménagement urbain Aire commune (dans le Mile-End), Nouvelle Vague (récemment inaugurée dans le Vieux-Port) et, dès jeudi, Green haüs, qu’on pourrait considérer comme le plus urgent des trois projets. Ces vestiges du Montréal industriel des années 1940 et 1950 n’ont pourtant été que récemment démolis, laissant le terrain en jachère pendant que les entrepreneurs retapaient les anciennes manufactures textiles adjacentes.

« C’est vraiment un quartier en pleine explosion ; nous, on pressent que ce sera le futur Mile-End », assure Philippe Pelletier, qui présente le projet Green Haüs comme une collaboration avec la Société de développement commercial (SDC) District central.

Le parallèle n’est même pas si audacieux : dans les années 1960, le Mile-End avait ravi à la rue Chabanel le titre de quartier du textile, avant de le lui rendre dans les années 1980. « L’industrie manufacturière textile est aujourd’hui moins importante qu’elle ne l’était auparavant, si bien qu’il y a des millions de pieds carrés à louer à bon prix dans les immeubles du coin, poursuit Pelletier. Lentement, les nouvelles start-ups et la communauté artistique sont en train de se déplacer [dans le District central] puisque les loyers dans le Mile-End sont devenus inabordables. » C’est le cas de Music Is my Sanctuary, et de plusieurs autres : selon les chiffres offerts par Philippe Pelletier, le district regroupe près de 1800 petites, moyennes et grandes entreprises qui emploient environ 4000 travailleurs.

Réinvestir les lieux pour se réunir

En installant Green haüs au coeur du district, l’équipe d’Îlot84 estime venir appuyer les efforts de la SDC et de l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville « pour attirer l’attention sur ce quartier, mais aussi répondre à un besoin criant dans l’espace pour que les gens puissent travailler dehors, se réunir, développer une offre alimentaire et créer des liens entre les gens et les entreprises du secteur », exactement le but recherché lorsque l’équipe a inauguré Aire commune dans le Mile-End il y a trois ans.

Il y aura des espaces de bureau partagés, des aires libres, un café, beaucoup de verdure nécessaire dans ces lieux où le béton est roi, ainsi qu’une offre alimentaire — le « traiteur d’économie sociale » Les Filles Fattoush, qui propose des emplois aux nouvelles arrivantes syriennes et qui vient incidemment d’ouvrir un comptoir au marché Jean-Talon, tiendra boutique au Green haüs, une manière de souligner la présence de la communauté syrienne dans le quartier Ahuntsic.

  
Photo: Îlot84 Projection de l’aménagement de Green haüs

« Côté programmation culturelle, on tient à refléter la présence d’une industrie de la mode dans le district », assure Pelletier. Il y aura aussi une riche programmation musicale, gracieuseté de DJ Lexis et de Music Is my Sanctuary, qui, après l’ouverture officielle de l’espace jeudi le 13 juin en soirée (dès 17 h, avec PONY, DJ Nav et Dr. Mad) inaugurera ses soirées mensuelles le lendemain en invitant ses complices Guilty et la DJ Silktits, promettant une soirée éclectique touchant au house, au disco, au funk, au soul, etc.

« Ces dernières années, j’étais davantage un agent libre qui se prêtait plus aux concepts des autres », explique Lexis, qui a organisé des soirées MIMS pour les Nocturnes du Musée d’art contemporain et à MUTEK, entre autres. « Ce qui nous excite dans l’idée de recommencer une soirée musicale mensuelle, c’est de pouvoir faire quelque chose vraiment à nous, et non pas nous mouler au concept d’un autre événement, ce qui est un beau défi en soi. Ces nouvelles soirées, elles sont pensées par nous, pour nous — et évidemment pour le public.