Deux succès d’ici

Charles-Édouard Carrier Collaboration spéciale
MASSIVart et le Festival Chromatic, qui vient de clore sa 10e édition, ont pu compter sur la Caisse de la Culture.
Photo: Bruno Destombes MASSIVart et le Festival Chromatic, qui vient de clore sa 10e édition, ont pu compter sur la Caisse de la Culture.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L’économie culturelle génère des revenus, mais pour y arriver, les artistes et entrepreneurs ont souvent besoin de financement et de soutien. Pourtant, marier les arts et la finance peut s’avérer complexe pour certaines institutions financières dont l’approche est dite plus traditionnelle. La Caisse Desjardins de la Culture voit par ailleurs les choses différemment. Deux entrepreneurs racontent l’impact que la coopérative a pu avoir sur leurs projets respectifs.

Curieuse, intéressée et impliquée dans la culture, Marie-Christine Cojocaru est directrice générale de la Caisse Desjardins de la Culture. Pour elle, il ne fait aucun doute que l’organisation était avant-gardiste dès ses débuts en 1994. « Il fallait poser un regard qui permettait de voir les choses autrement, d’obtenir des garanties à l’extérieur et de considérer les contrats à venir, dit-elle. Il fallait analyser et comprendre la réalité du milieu. Et c’est encore notre raison d’être aujourd’hui. »

Bien que la finance se base sur des règles mathématiques, pour chaque dossier, un travail d’exploration doit être fait pour répondre aux besoins du milieu culturel, comme l’explique la directrice : « C’est un peu comme faire de l’art. Ça prend de la souplesse et de l’imagination. On trouve des solutions là où d’autres n’iraient peut-être pas. Lorsque l’on est concentré à 100 % dans quelque chose, on voit les risques différemment. On arrive à mieux comprendre. » Un discours qui tranche radicalement avec celui d’autres financiers, qui s’arrêtent surtout aux chiffres, ratios, rendements et revenus garantis.

Nombreux sont les exemples où la Caisse a joué un rôle clé dans la mise en place et le développement de projets artistiques d’ici. « Je pense entre autres au Cirque Éloize, avec qui nous travaillons depuis le tout début. ll fallait faire preuve d’audace pour trouver des solutions financières à un cirque qui était en démarrage, se souvient Mme Cojocaru. Et puis, il y a 25 ans, qui voulait prêter à la Société des arts technologiques (SAT) ? Ou plus récemment, au Festival Chromatic ? Ou encore à Pop Montréal ? Depuis le début, la Caisse maintient sa proximité avec le milieu et encourage la relève. »

Un partenaire pour la SAT

Monique Lavoie, présidente fondatrice et directrice générale de la SAT, n’hésite pas : « Un outil comme ça était attendu du milieu. Les travailleurs culturels sont comme des chercheurs. Chaque projet part d’une bonne idée, d’une intuition, d’une vision. Mais après, comment la met-on en place et l’assoit-on sur des bases solides ? C’est difficile pour les modèles plus traditionnels de répondre à nos besoins, alors que la Caisse est vite entrée non seulement dans une compréhension du milieu dans lequel on évoluait, mais elle y est arrivée avec une confiance envers les entrepreneurs culturels. »

La mission même de la Caisse est de soutenir les artistes et professionnels de l’industrie et de prendre des risques avec eux, voire de travailler en équipe avec eux. « La Caisse nous a non seulement soutenus pour l’acquisition du 1201, boulevard Saint-Laurent [l’actuelle bâtisse qui abrite les locaux de la SAT à Montréal], elle le fait encore aujourd’hui avec des projets d’aménagement, d’agrandissement et d’achat d’équipement », poursuit Mme Lavoie.

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir

Cette dernière revient aussi sur le rôle pédagogique qu’a joué la Caisse de la Culture tout au long du développement de la SAT : « La Caisse nous a appris à accéder au monde des affaires plus que n’importe qui. C’est pourquoi elle a joué un rôle de partenaire à part entière. Il y a 23 ans, pour ma part, j’étais néophyte… Acquérir un bâtiment, gérer une masse salariale et des emprunts, c’était beaucoup à porter. La Caisse nous a accompagnés dans tout ça. »

L’institution financière a aussi contribué à l’essor du concept d’économie sociale, une véritable économie qui était pourtant très peu reconnue dans les modèles traditionnels d’entreprises à but lucratif. « Lorsque nous sommes arrivés avec nos organismes sans but lucratif, le « sans but » était déjà un problème, ça ne nous donnait pas la crédibilité suffisante pour se placer dans des rôles où l’on agissait comme entrepreneurs, avec des responsabilités d’entrepreneurs », se souvient Mme Lavoie.

Un plan d’abord

Comme ailleurs, avoir accès à de l’argent et du crédit à la Caisse de la Culture exige de sérieuses démarches. « Il faut avoir un bon plan de match », prévient Philippe Demers, CEO et directeur créatif de MASSIVart, aussi fondateur du Festival Chromatic, qui vient de clore sa 10e édition. Celui qui a goûté à la rigidité des institutions financières traditionnelles a été à même de constater la différence avec laquelle la Caisse reçoit les demandes : « Pendant les deux ou trois premières années, auprès des banques, c’était très difficile pour nous. Dire que nous avions un projet d’art et d’événements et que nous n’avions pas d’actif, ce n’était pas très crédible aux yeux des banquiers. Surtout pas à 22 ans ! »

Mais les choses ont changé lorsque l’entrepreneur et artiste a rencontré les gens de la Caisse de la Culture. « Ce fut le jour et la nuit, affirme-t-il. On comprenait le projet et je commençais à voir la possibilité d’en faire une organisation en soi. La Caisse est arrivée à un moment crucial où j’avais besoin de plus de liquidité. » Festival à Paris, employés étrangers, subventions, ouverture d’un bureau à Toronto : la Caisse a pu suivre Philippe Demers dans la croissance de MASSIVart.

« La Caisse est en mesure de baser ses décisions sur des critères qualitatifs, ce que les institutions financières n’arrivent pas à faire », comprend Philippe Demers. Et tout ça semble être rentable, comme le confirment les résultats de la Caisse de la Culture, qui se positionne au 3e rang des cent caisses les plus performantes du Mouvement Desjardins. Vingt-cinq ans après la création de la Caisse de la Culture, qu’il est possible de construire un milieu artistique avec des infrastructures physiques et des projets d’envergure qui survivent dans le temps ne fait aucun doute.