Le nécessaire cycle de création et de diffusion en région

Catherine Martellini Collaboration spéciale
Chaque année, la ville de Saguenay accueille le Festival international du court métrage Regard, dont le démarrage a été en partie soutenu par le CALQ.
Photo: iStock Chaque année, la ville de Saguenay accueille le Festival international du court métrage Regard, dont le démarrage a été en partie soutenu par le CALQ.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les artistes et organismes culturels agissent comme pivot du développement de leur région grâce au soutien d’un écosystème durable et à des mesures efficaces.

Né à Chicoutimi, le réalisateur Sébastien Pilote, notamment derrière les films primés Le démantèlement et La disparition des lucioles, avait déposé sa candidature il y a plus de dix ans pour obtenir une bourse du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) pour son premier court métrage, Dust Bowl Ha ! Ha !.

« Au départ, les 10 000 à 12 000 $ de bourse devaient servir à l’écriture du scénario, mais finalement, j’ai décidé de tout faire le film avec le montant comme il n’exigeait pas une grande équipe ni beaucoup de jours de tournage », raconte-t-il.

Le film s’est fait remarquer au Festival de Locarno en compétition. Cette visite a aussi permis au réalisateur de rencontrer les producteurs Bernadette Payeur et Marc Daigle, qui ont produit les longs métrages qui allaient suivre.

Le CALQ s’est doté d’un cadre d’intervention régional cinq ans après sa fondation, en 1994. Une mesure jugée essentielle dans les premières années, après qu’il fut arrivé au constat que les artistes des grands centres se voyaient plus financés que ceux en région, mentionne Anne-Marie Jean, présidente-directrice générale du CALQ.-

Si Sébastien Pilote n’a pas vécu cette situation, il estime toutefois que ce type de soutien sert souvent de bougie d’allumage et stimule la vie artistique de sa région.

Parce qu’au-delà des artistes, ceux-ci doivent pouvoir compter sur des organismes qui facilitent leur travail. Thomas Casault, un des membres du duo Fjord, de Québec, a pu évoluer dans le carrefour musical qu’est devenue la ville de Québec au fil du temps.

Des endroits comme le Pantoume, dans le quartier Saint-Roch, permettent aux artistes de la ville d’avoir accès à des studios et des salles de pratique. « On a loué, par exemple, l’endroit avant notre dernière tournée européenne pour tester le contenu qu’on allait produire, en profitant de la scène et des services de son qui y sont offerts, illustre-t-il. L’équipe est très accommodante, et les services sont abordables. »

Même si le succès du groupe s’est bâti de lui-même, c’est-à-dire sans maison de disque, mais par la qualité de leur musique qui s’est fait connaître sur Spotify, il estime que des aides financières permettent de pousser la création plus loin. « À un moment donné, si on veut amener la musique DIY (do it yourself) à un autre niveau, ça passe notamment par des techniques d’enregistrement et d’autres équipements, donc par des investissements », mentionne celui qui a reçu un appui financier d’une source autre que le CALQ pour le deuxième album du groupe, Shallow Waters.

Après leurs études universitaires, Éric Bachand et Sébastien Pilote avaient aussi lancé le Festival international du court métrage Regard, au Saguenay, dont le démarrage avait été en partie soutenu par le CALQ.

Photo: Sébastien Raymond Le réalisateur Sébastien Pilote

C’est le cas également des ateliers Tout tout, dans cette même région, qui ont aidé des artistes comme Carl Bouchard, Patrice Duchesne, Guy Blackburn et Martin Dufrasne dans leurs démarches et ont contribué conséquemment au rayonnement de la région.

En effet, le programme de partenariat territorial du CALQ soutient autant les artistes que les organismes. Il se décline en 20 ententes actives, couvrant toute la province.

Mais au-delà de l’appui aux artistes et aux organismes, c’est tout l’écosystème artistique qui est visé par les efforts du CALQ. Ainsi, ce dernier, en collaboration avec les conseils régionaux de la culture, mobilise plus d’une centaine de villes et de MRC pour investir dans des projets d’artistes et d’organismes, des sommes qu’il apparie ensuite.

« Les maires et les préfets de MRC savent depuis un bon moment la différence que peut faire une vie culturelle dynamique dans leur communauté, notamment quant à leur capacité de rétention des citoyens et des artistes chez eux, souligne Anne-Marie Jean. Ils ont un grand rôle à jouer dans le développement d’une offre culturelle intéressante et ont appris à s’adjoindre des partenaires et des diffuseurs. »

 

Le soutien du CALQ en région, en chiffres  

25 %

C’est le pourcentage des fonds gérés par le CALQ qui devait être attribué aux régions. « On l’atteint depuis un bon moment déjà, et bien au-delà, souligne Anne-Marie Jean. Et nous n’avons maintenant plus besoin de faire d’efforts en particulier : les projets nous arrivent des régions et se classent bien. » Une situation qui s’explique, à son avis, par le fait que plus une région est soutenue, plus celle-ci génère de projets et mieux elle sait les présenter.

373

C’est le nombre de bourses accordées aux artistes en région en 2019. Un chiffre qui a presque triplé depuis la fondation du CALQ en 1994.

 

680

C’est le nombre de subventions accordées aux organismes en 2019. Le bond vers l’avant est encore plus grand pour les organismes, qui en ont reçu 177 en 1994. Le chiffre comprend le soutien aux missions des organismes, qui s’échelonne sur quatre ans.

12

C’est le nombre de disciplines artistiques financées par les différents programmes du CALQ.