Des lieux où prendre le temps de créer

Jean-François Venne Collaboration spéciale
Le CALQ offre à des artistes de partir en résidence, notamment à la bibliothèque Conarte, à Monterrey au Mexique.
Photo: Anagrama Le CALQ offre à des artistes de partir en résidence, notamment à la bibliothèque Conarte, à Monterrey au Mexique.

Ce texte fait partie du cahier spécial CALQ – Caisse de la culture

En 2015, le danseur et chorégraphe Manuel Roque s’envole vers Potsdam, en Allemagne, pour un séjour de deux mois riche en recherche et en création. Un luxe dans un domaine où la pression de produire rapidement est omniprésente. Il emmène sa complice de longue date, Lucie Vigneault, et fera aussi venir Sophie Corriveau le temps de deux semaines. « Pendant deux mois, nous avons disposé d’un studio pour explorer et créer et nous avons travaillé comme des fous ! » se remémore avec délice Manuel Roque.

Ce séjour à l’étranger s’est fait dans le cadre de l’une des nombreuses résidences de création offertes chaque année par le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ). Décernée au terme d’un concours, cette résidence permet aux artistes de séjourner à la fabrik Potsdam, un haut lieu de la danse contemporaine. En échange, Circuit-Est accueille au Québec des chorégraphes allemands.

C’est pendant cette résidence qu’est née la chorégraphie Bang Bang, lauréate du Prix du CALQ pour la meilleure oeuvre chorégraphique de la saison 2016-2017. « Tout ce que nous avons exploré en Allemagne n’a pas nécessairement fini dans cette chorégraphie, mais nos interrogations et nos recherches documentaires ont étoffé ce projet et les suivants », note le chorégraphe.

Quadriller la Flandre

 

De son côté, c’est vers Bruxelles que la poète Violaine Forest s’est envolée en 2008, pour un séjour à Passa Porta, la maison internationale des littératures belges, fondée en 2004 par Het beschrijf et Entrez Lire.

Violaine Forest s’intéresse alors à la Flandre-Orientale, d’où viendrait son ancêtre, un drapier flamand huguenot, si l’on se fie à une tenace légende familiale. Elle s’installe au-dessus d’une librairie, dans un appartement du quartier de la Bourse. Un bel écrin, duquel elle n’hésitera toutefois pas à s’éloigner. « J’avais énormément de recherches à faire dans les archives de bibliothèques et de musées et plusieurs villes à explorer, confie l’auteure. J’ai besoin de “marcher” les lieux sur lesquels j’écris, d’entendre ce qu’ils ont à me raconter. »

Au rythme de ses déplacements à Namur, Liège, Gand ou Anvers, où elle s’attarde à la Maison de Rubens, elle accumule une partie de la matière qui formera Magnificat, un récit poétique publié en 2012. « Ces résidences, tout comme les bourses littéraires, sont nécessaires pour soutenir l’activité des écrivains, incapables de payer les coûts de tels séjours d’écriture à l’étranger », affirme Violaine Forest.

La résidence a aussi mené à des collaborations avec les revues L’Arbre à paroles et L’Étrangère, ainsi qu’à une participation à la Foire du livre de Bruxelles et à quelques entrevues médiatiques, notamment dans La Libre Belgique.

Des lieux inspirants

 

Certains artistes prennent goût à ces résidences. Olivier Kemeid, dramaturge et auteur du colossal Five Kings. L’histoire de notre chute, a effectué trois résidences, seul ou avec sa compagnie théâtrale, à la Chartreuse de Villeneuve lez Avignon. En 2007, il y a rédigé la pièce L’Énéide. Sa troupe en a fait une lecture au Festival d’Avignon lors d’une seconde résidence en 2008. Il y est retourné quatre ans plus tard pour y amorcer la rédaction de Five Kings.

C’est peu dire qu’il est convaincu de la nécessité de ces résidences. « Elles permettent d’être reconnu et soutenu comme auteur avant que l’oeuvre existe, un peu comme un scientifique financé pour faire de la recherche », illustre-t-il. Ces séjours permettent de tisser des liens avec des artistes étrangers et favorisent la diffusion de l’oeuvre.

« Écrire sur des rois shakespeariens entourés de bâtiments datant de leur époque, c’est incroyablement inspirant, raconte l’auteur. C’est aussi en lisant publiquement la première partie de Five Kings à Avignon que nous avons su que notre parti pris de mise en scène intemporelle fonctionnait. Ces résidences sont cruciales pour les créateurs. »

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