Un réseau fort, la clé d’une industrie culturelle et créative en santé

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Au cours des dernières années, la reconnaissance du poids et de l’importance économique des activités liées à la production de biens et de services à caractère créatif s’est beaucoup accélérée au Québec.
Photo: iStock Au cours des dernières années, la reconnaissance du poids et de l’importance économique des activités liées à la production de biens et de services à caractère créatif s’est beaucoup accélérée au Québec.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

À l’échelle du Canada comme ailleurs dans le monde, le Québec est réputé pour ses artistes et sa culture. Dans un contexte de vive concurrence internationale dans les secteurs des industries créatives, comment la province peut-elle tirer profit de son effervescence et créer de la prospérité ? En poursuivant le développement de son réseau structurant et en valorisant l’entrepreneuriat culturel, répondent des acteurs concernés.

Se déclinant en une quinzaine de sous-secteurs qui regroupent notamment l’architecture, le design, la mode, les multimédias, les jeux vidéo, les arts numériques ainsi que les arts traditionnels, vivants et visuels, les industries culturelles et créatives québécoises sont une source de richesses pour la province.

En 2017, elles ont engendré des retombées économiques estimées à 9,4 milliards de dollars pour le Québec. La même année, elles généraient environ 101 000 emplois à Montréal, soit 4,7 % de l’emploi total de la métropole.

Penser autrement

Malgré leur dynamisme, ces industries sont aujourd’hui confrontées à d’importants défis induits par la mondialisation et les récents progrès technologiques. Devant les transformations en cours, pour conserver leurs acquis et assurer leur pérennité, les acteurs culturels sont nombreux à devoir repenser leurs façons d’être et de faire.

« C’est un changement de paradigme », indique David Moss, codirecteur général de La Piscine, un organisme à but non lucratif dont la mission est de catalyser et de développer le premier écosystème consacré au développement de l’entrepreneuriat dans les secteurs culturels et créatifs à Montréal et au Québec.

« Les artistes ne peuvent plus s’appuyer uniquement sur le financement public, signale-t-il. Le défi auquel ils font face, c’est de penser autrement à la valorisation de leur offre. »

Philippe Demers, cofondateur et directeur général de MASSIVart, une agence basée à Montréal qui produit des expériences propulsées par l’art et la culture et qui travaille en étroite collaboration avec des créateurs de même qu’avec des développeurs immobiliers, des architectes, des espaces commerciaux, des marques et des institutions culturelles, abonde dans le sens de M. Moss.

« La diversification des sources de revenus, c’est quelque chose de très important aujourd’hui pour les artistes. C’est pourquoi je milite pour trouver de nouveaux créneaux où, sur le plan commercial, les entreprises bénéficient d’une collaboration avec des artistes », indique celui qui, depuis la fondation de son organisation, s’efforce de connecter les artistes aux publics et de rendre l’art plus accessible.

Travailler en partenariat

Au Québec, l’écosystème des industries culturelles et créatives est largement porté par de petites et moyennes organisations. À Montréal, par exemple, 64 % des entreprises qui composent ces industries sont de très petites tailles, c’est-à-dire qu’elles comptent moins de cinq employés. Les travailleurs autonomes sont aussi nombreux à oeuvrer dans ce secteur. Dans la métropole, ils comptent pour 27,7 % de l’emploi.

« Pour ces individus et ces petites organisations, la clé, c’est de se former, de s’informer et de s’entourer de gens qui ont la capacité de les accompagner », indique M. Moss.

C’est ce que croit aussi M. Demers, même s’il concède que la compréhension des rouages entrepreneuriaux n’est pas donnée à tous. « C’est un peu comme si on demandait aux acteurs ou aux réalisateurs de comprendre toute la logique de production d’un film ou la mise en marché à l’échelle internationale, soutient-il. En cinéma, on travaille en équipe, et je pense qu’il faut voir l’entrepreneuriat culturel de la même façon. Ce qui est important, c’est de savoir s’entourer en tant qu’artiste pour aller chercher les compétences qu’on ne possède pas nécessairement. »

Heureusement, au cours des dernières années, plusieurs initiatives facilitant l’acquisition de connaissances ainsi que le maillage entre les artistes et les différents acteurs du milieu des affaires ont vu le jour. Notamment, des incubateurs et des accélérateurs se consacrant au développement de l’entrepreneuriat culturel ont été créés et divers programmes et parcours visant à développer les compétences de gestionnaire des entrepreneurs des industries créatives ont été mis sur pied.

« Du soutien adapté et intéressant, il y en a de plus en plus », confirme Marie-Christine Cojocaru, directrice générale de la Caisse Desjardins de la Culture, une coopérative financière établie à Montréal qui est entièrement réservée aux artistes, artisans, créateurs, organismes et entreprises culturelles. « Il y a une meilleure compréhension des besoins du milieu culturel et la collaboration entre les différents partenaires est de plus en plus fluide, note-t-elle. Mais on peut encore s’améliorer ; il faut continuer à solidifier ces partenariats et il faut aussi s’efforcer d’outiller tôt la relève pour qu’elle puisse dès ses débuts se concentrer sur son talent principal. »

Valoriser l’entrepreneuriat culturel

Au cours des dernières années, la reconnaissance du poids et de l’importance économique des activités liées à la production de biens et de services à caractère créatif s’est beaucoup accélérée au Québec. D’après M. Demers, la structuration du réseau entourant les entrepreneurs culturels n’y est certainement pas étrangère.

« Depuis quelques années, on sent vraiment une acceptation plus générale de la contribution des entrepreneurs culturels, assure le cofondateur de MASSIVart. Ça se traduit de différentes façons, comme par l’adoption de la nouvelle politique de développement culturel de la Ville de Montréal. La nouvelle politique culturelle du Québec, qui fait mention d’entrepreneuriat culturel, est aussi un bon exemple. »

Mais tout n’est pas gagné pour les entrepreneurs des industries culturelles et créatives. Bien qu’aujourd’hui ils aient en général plus de facilité à s’entourer de partenaires que par le passé et que leur contribution au développement économique de la province soit désormais reconnue, obtenir du crédit auprès des banques demeure un enjeu.

« Lorsqu’ils s’adressent aux institutions financières traditionnelles, ces travailleurs sont souvent victimes d’a priori, reconnaît Mme Cojocaru. Sur le papier, ils représentent un certain risque, mais dans la réalité, ce n’est pas nécessairement le cas. C’est sûr qu’il y a encore du travail à faire de ce côté-là ! »