Patrimoine: à Farnham, la paroisse a déposé une demande de démolition

Des travaux de restauration de la maçonnerie, visibles sur cette photo datée de 2013, auraient été mal faits selon Benoît Côté, le curé responsable de la paroisse.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Des travaux de restauration de la maçonnerie, visibles sur cette photo datée de 2013, auraient été mal faits selon Benoît Côté, le curé responsable de la paroisse.

Les flèches d’une église classée « exceptionnelle », selon les registres du Conseil du patrimoine religieux, mandataire du ministère de la Culture, font l’objet d’une demande de permis de démolition de la part du propriétaire.

« La demande du permis de démolition n’a pas été étudiée encore », selon Benoît Côté, le curé responsable de la paroisse Saint-Romuald de Farnham. Il affirme avoir tenu, en collaboration avec le diocèse, à « prendre l’avis de la population » en comptant sur « un comité d’hommes et de femmes d’affaires de la ville, où on trouve le maire ». Selon lui, ils sont unanimes : « Il ne vaut pas la peine de mettre de l’argent là-dedans. »

Travaux mal faits

Selon le curé, il y en aurait pour 3,6 millions pour remettre l’église à niveau, ce qui comprendrait, en plus de la restauration des flèches dangereuses, des travaux de restauration de la maçonnerie. Or, de tels travaux, selon des documents publics, viennent d’être réalisés en 2012-2013. L’État québécois a même accordé pour l’occasion une subvention de 282 000 $ à titre de contribution à la restauration de la maçonnerie. « Les travaux auraient été mal faits », soutient le curé Côté, en se fondant sur l’avis d’un ingénieur consulté ces derniers mois. « Il faut croire qu’il n’y a pas eu assez de surveillance des travaux. Je ne sais pas s’il y a des recours possibles. »

Aucun comité voué au financement d’une restauration n’a été mis sur pied, confirme-t-on au Devoir.

Le directeur de la Ville de Farnham, Yves Deslongchamps, confirme de son côté qu’une demande de démolition des flèches de l’église de la municipalité a été déposée à la Ville le 14 mai et que la décision, dont les modalités sont confidentielles, devrait être rendue en juin. Des spécialistes seront-ils consultés lors de cette étude ? « Je ne veux pas faire de commentaires », a dit M. Deslongchamps.

Que fait Québec ?

Au Devoir, dans une lettre, le ministère de la Culture affirme que c’est « la municipalité de Farnham qui est responsable d’appliquer les dispositions de la Loi sur le patrimoine culturel ».

L’église jouit d’une citation au niveau municipal, mais elle a passé bien près de se voir attribuer le plus haut statut national tant son intérêt collectif est important. C’est ce que rappelle l’historienne de l’art Marie-Hélène Naud, auteure d’une vaste étude universitaire consacrée à la décoration de l’église Saint-Romuald. Elle affirme que ce bâtiment « fait partie des huit lieux sacrés auxquels le statut de « bien culturel » aurait bien pu être attribué » par l’État à la suite d’une enquête conduite par Louise Corrivault-Lévesque pour le compte du ministère des Affaires culturelles. « Et même si [l’église de Farnham] ne fut pas sélectionnée [à l’époque], son insertion dans cette liste témoigne de son envergure. »

Le ministère de la Culture explique au Devoir qu’il « recommandera à la municipalité de documenter davantage l’expertise demandée par la Fabrique sur la conservation des flèches de l’église de Saint-Romuald », sans préciser toutefois son intention de soutenir davantage sa préservation.

Présent depuis 112 ans

Un rapport de sept pages, signé par Paul Racine, un bachelier en histoire, affirme que les flèches ne seraient pas nécessaires à l’ensemble, résume le curé Benoît Côté. « Les flèches donnent un côté altier à l’édifice, mais elles ne lui sont pas nécessaires, nous dit ce rapport », en plaidant qu’elles font « mélange des genres » en architecture.

Cette semaine, le Conseil du patrimoine religieux remettait même en doute l’existence de ces flèches de bois sur le bâtiment d’origine, en se basant sur des photographies qui le représente au temps où sa construction n’était pas achevée.

Plusieurs documents consultés par Le Devoir aux archives nationales prouvent cependant que ces flèches colorées sont bien en place sur l’édifice depuis 1907. En 1911, lors d’un des grands incendies qui ravagent Farnham, l’église Saint-Romuald est un des rares bâtiments à résister. Elle apparaît très clairement, au milieu des ruines, avec ses flèches polychromes.