De l’œuvre utile à la rencontre

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Émilie Perreault
Photo: Andréanne Gauthier Émilie Perreault

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La 32e édition du colloque annuel du réseau Les Arts et la ville se tiendra du 5 au 7 juin prochain à Vaudreuil-Dorion. L’une de ses coprésidentes, la journaliste Émilie Perreault, donnera le coup d’envoi de l’événement en proposant une conférence sur le thème du congrès : « La culture, une rencontre qui transforme ».

Journaliste culturelle depuis une douzaine d’années et auteure du livre à succès Faire oeuvre utile, lequel dépeint en vingt histoires comment une oeuvre peut avoir un impact significatif sur la vie d’une personne, Émilie Perreault croit fermement aux vertus relationnelles et transformatrices de la culture. « Pour moi, c’est tellement une évidence », lance-t-elle avec conviction.

Elle fait valoir d’emblée que la culture favorise de nombreux types de rencontres. « Par exemple, quand je vais voir un spectacle et que je suis dans la même salle que l’artiste, c’est une rencontre. […] Quand on trouve un artiste qui exprime exactement ce qu’on ressent, c’est aussi une rencontre. Ça nous permet de nous sentir moins seuls. »

En évoquant des expériences vécues au cours de sa carrière, elle ajoute : « Quand tout le monde est dans une salle et chante la même chanson en même temps, il y a une sorte de communion qui se crée. Ça aussi, c’est une forme de rencontre. Et quand on va voir une pièce ou une exposition et qu’on est accompagné, la discussion qui s’ensuit est tellement riche. Ça permet d’échanger avec l’autre, de voir ce qu’il a compris. »

Des preuves à l’appui

Lors de sa conférence d’ouverture, Mme Perreault s’efforcera non seulement de mettre en lumière les vertus relationnelles et transformatrices de la culture, mais également de les appuyer par des exemples tirés de la recherche. « Je m’intéresse aux arguments scientifiques, parce que le ressenti, ce n’est pas la meilleure des preuves », plaide-t-elle.

Elle signale que de nombreux travaux ont été réalisés sur les bienfaits de la culture. Elle donne notamment l’exemple d’une étude menée par des chercheurs de l’Université Yale et basée sur le suivi de 3635 individus qui a révélé que les personnes qui lisent des livres plus d’une demi-heure par jour ont en moyenne une espérance de vie accrue de deux ans.

Comment l’expliquer ? D’après les chercheurs, le fait de lire entraînerait des modifications de comportement, comme le développement de l’empathie et de l’esprit critique, lesquels sont des facteurs de survie.

« Ce n’est qu’un exemple, mais il y a plein de chercheurs qui se penchent sur ces sujets, note Mme Perreault. Ça ne se rend pas toujours jusqu’à nous, alors je vais profiter de cette conférence pour mettre ces études en avant. »

Mme Perreault entend également saisir l’occasion pour faire la promotion de saines habitudes culturelles. Elle estime que l’impact de ces dernières devrait être davantage valorisé. « L’art, c’est quelque chose qui nous fait profondément du bien sur le plan de la santé mentale au même titre que l’activité nous fait du bien sur le plan de la santé physique », précise-t-elle.

Pour illustrer son propos, elle raconte à quel point son contact régulier avec l’art a eu un impact sur son bien-être lorsqu’elle était chroniqueuse culturelle à la radio. Pendant six ans, alors qu’elle collaborait à l’émission de Paul Arcand, Mme Perreault a régulièrement dû assister à des spectacles en soirée. Elle se couchait donc très tard tout en se levant au petit matin pour livrer ses chroniques.

Promouvoir de saines habitudes culturelles

« Chaque oeuvre que j’ai vue, que ce soit des spectacles d’humour, des films ou des concerts, m’a beaucoup aidée à vivre et à survivre à un horaire vraiment pas facile. J’étais très heureuse pendant cette période », affirme-t-elle.

Oeuvrant toujours à titre de journaliste culturelle, mais ne travaillant pas actuellement pour une émission de radio quotidienne, Mme Perreault ne fréquente plus aussi assidûment les salles de spectacle. « Je constate que ça me manque, confie-t-elle. Je vois vraiment une différence sur le plan psychologique. »

Bien consciente qu’en matière d’habitudes culturelles, les réflexes d’une journaliste qui couvre les arts depuis plusieurs années sont plus aiguisés que ceux d’un citoyen moyen, Mme Perreault prévoit aussi de proposer différents trucs concrets lors de sa conférence. « Ne serait-ce qu’au niveau du budget, dit-elle. Je sais que ce n’est pas donné à tout le monde de faire des sorties toutes les semaines, mais il y a tellement de façons de le faire ! »

Elle conseille, par exemple, d’amalgamer la portion du budget qu’on consacre au divertissement à celle qu’on prévoit pour les cadeaux. Plutôt que d’offrir un objet à ses proches, on les invite à assister à un spectacle, à visiter une exposition, etc. De cette manière, on peut à la fois leur faire plaisir et profiter d’un moment avec eux tout en s’imprégnant de culture… sans défoncer son budget !

Ultimement, Émilie Perreault aimerait que les gens qui assistent à sa conférence en repartent avec des arguments concrets pour qu’à leur tour, ils puissent promouvoir de saines habitudes culturelles dans leur milieu.

À la manière dont Pierre Lavoie l’a fait pour le sport, Mme Perrault rêve de provoquer une prise de cons-cience collective à l’égard de la culture. « Je suis très admirative, voire jalouse du travail de Pierre Lavoie, dit la conférencière avec un sourire dans la voix. Il a fait beaucoup de choses pour sensibiliser les gens au sport. Je me demande souvent ce que je pourrais faire pour réussir comme lui, pour rendre la culture aussi concrète dans la vie des gens que lui l’a fait avec le sport. Bref, j’aimerais vraiment devenir la Pierre Lavoie de la culture ! »