Un projet citoyen qui dynamise l'Abitibi-Témiscamingue

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Journée nationale autochtone à Kinawit
Photo: Hugo Lacroix Journée nationale autochtone à Kinawit

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le projet Culturat est né d’un constat clair : le développement de la région de l’Abitibi-Témiscamingue devait passer par la culture. En effet, ce projet à la démarche participative vise à faire de cette région un territoire créatif et accueillant, animé par une diversité de cultures et de talents. Depuis 2012, ce sont plus de 500 projets citoyens qui ont vu le jour et, même si le parcours a parfois été sinueux et semé d’embûches, le succès de l’entreprise est visible partout dans la région. Geneviève Aubry, consultante en communication pour l’organisme, raconte l’aventure Culturat.

« Depuis longtemps, le milieu des arts et celui du tourisme souhaitaient travailler main dans la main. Au tournant des années 2000, une nouvelle dynamique culturelle naissait en région alors même que les jeunes y faisaient leur retour après plusieurs années à avoir succombé à l’attrait des villes. Il a fallu structurer ce bel enthousiasme », rappelle Geneviève Aubry, qui ajoute que, comme « le terreau était fertile, les astres se sont alignés autour de la culture ». Depuis toujours, le moteur de mobilisation des communautés, c’est la culture ; c’est ce qui permet de se mettre en action et de se rapprocher, et c’est dans ce cadre-là qu’est né Culturat.

Le projet fédère municipalités, écoles, conseils de bande, gens d’affaires, citoyens, artistes, organismes culturels, touristiques et de développement. « Culturat, c’est une démarche d’innovation sociale où l’on fait deux pas en avant, un pas en arrière et un autre sur le côté, mais, dès le début, on voulait que le projet soit mobilisateur à la grandeur de l’immense région de l’Abitibi-Témiscamingue », affirme la consultante.

Au départ, le phénomène Culturat est apparu sous l’aspect de l’embellissement, car « la population a eu envie de beaux espaces verts et fleuris. Puis est arrivé l’art public, relate Geneviève Aubry. On encourageait les entreprises à embaucher des artistes pour réaliser des murales. Elle ajoute que le troisième aspect — peut-être le plus impliquant — a été le rapprochement entre les peuples : aujourd’hui on est rendus loin, mais on est partis de rien », rappelle-t-elle.

Inclusion et diversité

Depuis 2014, Tourisme Abitibi- Témiscamingue a embauché une ressource à temps complet, qui collabore avec sept communautés autochtones. Dans les prochaines années, de nouvelles avenues pourraient être explorées, dont l’aménagement culturel et celui du territoire ainsi que l’inclusion et la diversité sous toutes ses formes.

En 2016, Culturat a voulu sonder la population, afin de savoir si l’ambitieux projet avait toujours l’aval des citoyens. Résultat, 69 % des répondants affirmaient avoir fait au moins un geste pour prendre part à la démarche, et 91 % de la population voyait en Culturat un véritable projet de société. « On fait appel au citoyen qui se cache en chacun de nous. C’est ça, l’essentiel de notre message : tu peux être un prof, un élu, un entrepreneur, tout le monde est d’abord un citoyen », lance Mme Aubry.

Parmi ces 500 projets, on trouve de tout pour dynamiser une communauté. Un jardin communautaire à l’école alternative Harricana pour favoriser les saines habitudes de vie. Il y a, à Rouyn-Noranda, un « parcours citatif » reliant l’âme de la ville à la littérature. Sans oublier l’oeuvre de Frank Polson, Un pont entre deux cultures, une murale peinte sur les parapets d’un pont qui relie les communautés de Winneway et Latulipe-et-Gaboury.

Dans le cadre du colloque Les Arts et la ville, Geneviève Aubry animera l’atelier « Culturat : un territoire se mobilise autour des arts et de la culture ». Cet atelier se veut formatif, interactif et participatif. La consultante voudrait y raconter l’histoire du projet avec ses bons et ses moins bons coups : « on a toujours pensé qu’on avait quelque chose d’exportable dans notre modèle et aujourd’hui, on est capables de déceler les ingrédients qui ont fait son succès », explique-t-elle. Un de ces ingrédients, ce sont les relations avec les médias, sur lesquelles Culturat a toujours misé. « Dès la première année du projet, on a signé une entente avec une télévision locale pour la diffusion d’une capsule de 60 secondes à une heure de grande écoute. On est entrés dans tous les foyers abitibiens. Les capsules mettaient en valeur les gens qui réalisaient les projets. »

Ce que l’équipe de Culturat a aussi appris, c’est à rester discrète. « Avant, le nom du projet apparaissait partout. On s’est vite rendu compte que ça nuisait plus qu’autre chose. Aujourd’hui, ce sont les réalisations qu’on met en avant. »