Les clochers ravagés de l’église de Farnham menacent de s’effondrer

Construite selon des plans produits en 1902 par l’architecte Ovide Turgeon, l’église Saint-Romuald de Farnham a été citée comme bien patrimonial par la municipalité en 2007.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Construite selon des plans produits en 1902 par l’architecte Ovide Turgeon, l’église Saint-Romuald de Farnham a été citée comme bien patrimonial par la municipalité en 2007.

À Farnham, le clocher de l’église Saint-Romuald, laquelle est citée par la municipalité pour son importance et sa beauté, menace de s’effondrer. Une de ses deux tours-clochers, la plus haute des deux, s’incline désormais dangereusement vers le bâtiment. Le projet de donner naissance à une seconde tour de Pise étant d’emblée écarté dans la municipalité, le temps presse pour démonter le clocher et éviter le pire. Mais à quel prix et avec quelles conséquences pour l’unité du paysage de cette ville ?

Car, faute de suffisamment d’argent pour restaurer l’église patrimoniale, il est désormais question de sacrifier ses deux clochers pour les remplacer par des toits plats. Une rencontre avait d’ailleurs lieu mardi à Farnham à ce sujet entre les différentes instances concernées.

Au départ, la première étape prévue pour les travaux consistait à descendre, grâce au travail de firmes spécialisées, la flèche abîmée pour la sécuriser et la restaurer sur un socle de béton. L’abbé Benoît Côté espérait que les travaux seraient lancés au mois de mai. Mais ce projet de restauration a désormais du plomb dans l’aile.

Les coûts de cette première opération, estimés à 610 000 $, sont assumés à 70 % par le Conseil du patrimoine religieux.

La facture, bien que largement assumée par ce fiduciaire de l’État, n’en demeure pas moins importante pour la fabrique, seule propriétaire du bâtiment. Puisque les travaux s’avèrent plus compliqués que ce qui était prévu, en raison d’un état de dégradation avancé, on envisage désormais de décapiter l’église de ses deux flèches en dentelles de bois coloré.

L’entretien

Pourquoi ces clochers n’ont-ils pas été restaurés quand il en était encore temps ? En 2003, un rapport d’inventaire indiquait déjà que l’eau s’infiltrait dans la maçonnerie des clochers. Des travaux de consolidation, il y a quelques années, sont arrivés trop tard.

Au Conseil du patrimoine, on affirme que cela pourrait se justifier puisqu’on n’est pas certain que les flèches de bois se trouvaient là dès les origines du bâtiment. Le doute viendrait en partie du fait que, selon une monographie consacrée à l’histoire de Farnham, les clochers et l’extérieur du bâtiment auraient fait l’objet d’« une réfection » en 1940. Les églises n’étaient pas toujours construites d’un seul coup, faute de moyens.

« Pour ce qui est des photographies ne montrant pas la flèche des clochers, celles-ci dateraient du début des années 1900 puisque la construction des clochers n’était pas terminée à ce moment », indique l’inventaire des lieux de culte du Québec du ministère de la Culture. La bénédiction des deux clochers a eu lieu en tout cas en décembre 1907, indique une plaque commémorative.

« Ce ne sont pas des flèches qui étaient en harmonie avec le bâtiment », affirme en tout cas au Devoir Johanne Picard, du Conseil du patrimoine religieux. Des photos, souligne-t-elle, montrent d’ailleurs l’église sans ses flèches de bois, au début du XXe siècle. Mais à quel état du passé est-il légitime de se référer ? La question fait débat.

Au Conseil du patrimoine religieux, on considère que « ce ne serait pas nécessairement une mauvaise chose de retourner à l’état [que l’église] avait sans les flèches ».

Construite selon des plans produits en 1902 par l’architecte Ovide Turgeon, inaugurée en décembre 1905, décorée par l’artiste Ozias Leduc en 1910, l’église Saint-Romuald de Farnham a dû attendre 2007 pour être citée comme bien patrimonial par la municipalité. Elle donne aujourd’hui un point de gravité visuel à un vaste parc au milieu duquel une passerelle enjambe la rivière Yamaska, à la hauteur d’un barrage.

En pleine ville, cet espace très fréquenté permet à des pêcheurs de taquiner avec succès le maskinongé, l’achigan et le doré devant l’église.

Selon une étude réalisée par la firme Patri-Arch, habituée des évaluations patrimoniales, cette église fait partie d’un groupe restreint de cinq bâtiments religieux de la MRC dont la valeur est jugée exceptionnelle. Selon Martin Dubois, de Patri-Arch, l’église est très intéressante en plus « sur le plan paysager », en raison justement de la place unique qu’elle occupe dans l’aménagement de cette ville. L’église Saint-Romuald figure au Répertoire du patrimoine culturel du Québec.