Célébrer pour la galerie

La collection présentée jusqu’au 29 juin comporte des œuvres photographiques, de l’huile sur toile, de l’encre sur papier, des œuvres conceptuelles…
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La collection présentée jusqu’au 29 juin comporte des œuvres photographiques, de l’huile sur toile, de l’encre sur papier, des œuvres conceptuelles…

Trente ans d’art, ça se fête : pour célébrer cet anniversaire, la galerie Simon Blais lancera samedi une exposition rétrospective intitulée Depuis 30 ans – Maintenant et réunissant sur les mêmes murs des œuvres de ses artistes actuels, mais aussi des bijoux de l’art moderne d’ici et d’ailleurs. Parmi les noms proposés, on retrouve Marc Séguin, Joan Miró, Louise Robert et Françoise Sullivan.

 

« Ce sont les 30 artistes qu’on représente ou dont on a présenté des corpus importants au fil des années, dit le propriétaire Simon Blais. L’exposition est le reflet de l’histoire récente de l’art et des années de la galerie. »

  
Image: Guy L’Heureux «Herbier de ville», Carol Bernier, 2018

La collection offerte au public jusqu’au 29 juin prochain a justement été montée au cours des 30 dernières années, au fil des expositions accrochées aux murs de la galerie — une collection impressionnante, avec des œuvres photographiques, de l’huile sur toile, de l’encre sur papier, des œuvres conceptuelles…

Derrière ces œuvres se cache une histoire tout aussi riche. « On ne pensait pas y arriver ! admet Simon Blais. On n’a jamais pensé à un tel terme quand on a lancé la galerie. » Le 8 mai 1989, la galerie Simon Blais ouvrait ses portes pour la première fois, à l’époque dans la rue Clark. Justement, la visite du Devoir s’est déroulée le jour de cet anniversaire.

La galerie était un projet de longue date du propriétaire avec sa conjointe et codirectrice, Sylvie Cataford. Depuis, ils n’ont cessé de travailler ensemble matin, midi et soir, affirme-t-il.

On ne montre pas juste des tableaux, on fait des projets pour les valoriser, pour que le public ne les oublie pas

Les premières années de la galerie n’ont pas été faciles. Le début d’une récession économique en 1990 a beaucoup ralenti les choses : le marché artistique s’écroule, les prix s’effondrent. La galerie n’en est qu’à ses débuts.

   
Image: Guy L'Heureux «Excoffier», Éliane Excoffier, 2015

« En 1989, on ouvre ; en 1990, il n’y a plus rien, se rappelle Simon Blais. C’étaient des années très difficiles au début et on a dû chercher toutes sortes de voies pour se faire connaître. Ça prend des années de métier avant qu’un commerce soit reconnu et qu’on ait une crédibilité. » Par contre, il était impossible d’abandonner, insiste-t-il. « C’est tout ce qu’on savait faire. On a choisi ça, il n’était pas question de reculer. Si on avait reculé, je ne sais pas où on serait aujourd’hui. Il a fallu persévérer. »

Ainsi, au début des années 1990, la galerie se lance dans une spécialisation particulière : les œuvres sur papier, jusqu’alors délaissées par plusieurs musées et galeries à Montréal. Cet art commence alors à prendre de plus en plus de place, mettant un peu de côté la première passion de Simon Blais, la gravure.

Image: Guy L'Heureux «Deviance», Marie-Eve Beaulieu, 2016

Œuvres sur papier

Puis, en 1995, la galerie présente une exposition rétrospective de Jean McEwen, figure québécoise de l’art moderne. Mais au lieu de l’habituelle huile sur toile de l’artiste, on y voit des œuvres sur papier. Une première pour McEwen, et un succès retentissant pour la galerie.

« Ç’a été le tournant, en 1995. On s’est fait connaître dès ce moment-là par nos expositions au caractère rétrospectif, explique le directeur. Les plus grands artistes du Québec, mais toujours du papier, ce que jamais personne n’avait fait avant. On est allés occuper un créneau où on avait la possibilité de montrer les plus belles choses du monde. »

L’une des œuvres de McEwen alors exposée réapparaît justement aujourd’hui parmi celles présentées à l’expo Depuis 30 ans – Maintenant. Elle fut achetée, puis reléguée à la galerie après le décès de son propriétaire, et constitue maintenant un symbole fort de l’histoire de l’établissement, ainsi qu’un coup de cœur pour son directeur.

 
Image: Guy L'Heureux «Sans titre», Denis Juneau, 1958

Il y a aussi un travail de mémoire qui se fait, selon lui, en renouant avec des œuvres d’artistes aujourd’hui décédés, même pour une galerie reconnue pour son travail avec plusieurs artistes actuels de la relève. « C’est un privilège. C’est aussi une grande responsabilité, parce qu’on porte sur nos épaules la défense de la mémoire de ces gens-là, affirme Simon Blais. On ne montre pas juste des tableaux, on fait des projets pour les valoriser, pour que le public ne les oublie pas. »

Depuis 30 ans – Maintenant

Galerie Simon Blais, du 11 mai au 29 juin. Le vernissage aura lieu samedi à 14 h.