Hommage à Pierre Mignot, l’homme derrière la caméra

Pierre Mignot est le premier directeur photo à décrocher le prix Iris Hommage. Il avait également été le premier artisan du cinéma spécialisé dans cette fonction à décrocher le prix Albert-Tessier en 2007.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Pierre Mignot est le premier directeur photo à décrocher le prix Iris Hommage. Il avait également été le premier artisan du cinéma spécialisé dans cette fonction à décrocher le prix Albert-Tessier en 2007.

Pierre Mignot avait un trac fou, mercredi matin, juste avant de recevoir un prix hommage décerné par Québec Cinéma pour l’ensemble de sa carrière et d’ouvrir une exposition regroupant des photographies de plateau de tournage. Humble comme tout, il murmure, au sujet du prix, que bien d’autres auraient pu mériter cet hommage. C’est pourtant sous son oeil que sont nés de grands films, au Québec et ailleurs.

Il faut dire que Pierre Mignot est le premier homme de l’ombre, directeur photo, à décrocher ce prix Iris, comme il avait été le premier directeur photo à décrocher le prix du Québec Albert-Tessier en 2007. Ces deux prix sont généralement attribués à des réalisateurs, à des producteurs ou à des comédiens.

 

Or, c’est derrière la caméra que Mignot est vraiment à son aise. « J’essaie d’entrer dans la tête du réalisateur », dit-il, pour que l’image colle à l’idée qu’il s’est faite du film. Ce travail de collaboration prend différentes formes, selon la personnalité du cinéaste, explique-t-il. Jean Beaudin, avec qui il a tourné en 1975 J. A. Martin, photographe, l’un de ses premiers films et l’un de ceux qui l’ont le plus marqué, est « assez directif en ce qui concerne le cadrage. Il fait souvent la mise en scène avec l’oeil dans la caméra », raconte Mignot comme exemple.

Léa Pool, avec qui il a tourné notamment Anne Trister, À corps perdu et Le papillon bleu, aime quant à elle aborder le découpage de son film avant le début du tournage. « Pour une séquence donnée, elle arrive avec des photos qu’elle découpe dans des magazines. Cela donne des indications des cadrages ou des éclairages. » Le réalisateur américain Robert Altman, avec qui il a tourné durant quinze ans, le laissait pour sa part circuler à sa guise sur les plateaux, filmant un comédien puis un autre plus ou moins au gré de leurs activités. « Après, il choisissait au montage », raconte le directeur photo.

Les images de leurs films doivent coller à leur vision du scénario, quitte à faire certains sacrifices. « Il faut parfois que l’image soit sale, pas trop léchée », pour rendre justice au film.

Aiguiser son œil

C’est par la photographie que Pierre Mignot est arrivé au cinéma. Et la photographie n’a pas cessé de l’accompagner à travers toute sa carrière. À la Cinémathèque, une exposition présente ses photos prises sur les plateaux de tournage, à côté des sculptures de Claude Hazanavicius, qui a d’ailleurs travaillé avec Pierre Mignot comme preneur de son, notamment sur le film Jusqu’au coeur de Jean Pierre Lefebvre.

On y voit par exemple Robert Altman qui indique à Sally Kellerman comment réagir lorsque Marcello Mastroianni doit surgir d’un garde-robe.

Dans le petit livre Derrière l’autre caméra. Portraits de Pierre Mignot, paru en 1994, Robert Altman écrit avoir pensé, avant de voir les photos de Mignot, qu’il ne prenait que des snapshots. Des photos de famille. « Ça n’était pas le cas, écrit-il. Pierre pratique par la photo un art distinct et différent. » « Durant quinze ans, Pierre a caché son art de photographe alors qu’il était sous mes yeux », ajoute-t-il.

En entrevue, Mignot reconnaît que sa démarche photographique trouve son inspiration dans l’art d’Henri Cartier-Bresson. « C’est un regard très documentaire sur le monde », dit-il. Ces photos dévoilent la vraie nature des comédiens, au-delà du rôle qu’ils jouent au cinéma. « Je ne sais pas comment résumer mon métier, dit-il. Il y a de la technique et il y a de l’art. Il y a de l’éclairage », dit-il.



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