Des expositions toutes montréalaises pour la saison estivale

Anne-Sophie Poiré Collaboration spéciale
L’image d’une «forêt» sous le pont de l’Egongyan, présentée dans le cadre de l’exposition «Nos jours heureux»
Photo: Yan Wang Preston L’image d’une «forêt» sous le pont de l’Egongyan, présentée dans le cadre de l’exposition «Nos jours heureux»

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Entre une canicule et un jour de pluie, la saison estivale est aussi le moment de découvrir l’offre muséale montréalaise. Tour d’horizon de ce que certains établissements de la métropole ont à nous proposer.

CCA : Nos jours heureux

Au cours des dix dernières années, les listes d’indices et de classements sur le bonheur commandées et produites par des organismes publics ou privés ont transformé la façon de percevoir et de concevoir les espaces habitables, estime le Centre canadien d’architecture (CCA). Du 8 mai au 13 octobre, le centre propose Nos jours heureux, une étude en trois actes sur les nouveaux modèles spatiaux fondés sur la mesure du bonheur. Une dissection du projet politique derrière les méthodes de collecte et de mise en œuvre de données sur la ville, une étude de la composante émotionnelle du marché immobilier, et une démystification de l’idée d’espace social composent l’exposition.

Nos jours heureux, c’est un « antimanuel narratif » explorant et interprétant les paradigmes qui façonnent la perception actuelle du lieu. Développement durable, mesures de sécurité ou conciliation travail-loisir : les principes du design se réforment et la relation entre l’être humain et l’espace construit se resserre. Les documents sur les indices du bonheur deviennent alors des outils politiques et médiatiques qui influencent déjà les processus décisionnels en matière de conception.

 
Photo: Tertianum AG Oeuvre de l’exposition «Nos jours heureux»

De l’espace privé des maisons aux environnements de travail, en passant par l’aménagement des villes, la « nouvelle préoccupation pour le bonheur » semble redéfinir l’identité même des matériaux.

Espace pour la vie : Femmes d’impact

Le 20 juillet 1969, les premiers êtres humains se posaient sur la Lune. Pour commémorer l’exploit scientifique et technique, le Planétarium Rio Tinto Alcan présente Femmes d’impact, du 16 avril au 31 décembre. « 12 hommes ont marché sur la Lune, mais aucune femme ne l’a encore fait. » L’œuvre de l’artiste montréalaise Bettina Forget, donc, dénonce la sous-représentation des femmes en science et technologie.

Pointe-à-Callière : À table ! Le repas français se raconte

L’UNESCO reconnaissait en 2010 le repas gastronomique français comme faisant partie du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Pour démystifier l’art de la table et de la cuisine, le musée Pointe-à-Callière propose, du 6 juin au 13 octobre 2019, une exposition qui raconte la gastronomie à la française, du Moyen Âge à aujourd’hui.

Mais depuis quand la France est-elle synonyme de gastronomie ? Qui ont été ses principaux acteurs ? Monarques, gastronomes, philosophes et artistes ont interprété, chacun à leur façon, la pratique « la plus importante dans la vie française », résume le musée Pointe-à-Callière. L’arrivée de plusieurs aliments aura enrichi l’assiette des Français au fil du temps, sans oublier les vins, le champagne et les autres produits de l’alcool qui caractérisent toujours cette gastronomie.

Entre le trésor de Pouilly-sur-Meuse, plus ancien témoignage de la vaisselle d’usage chez une famille de la noblesse, les porcelaines, ustensiles du XVIIIe siècle et l’art de la table selon la mythique maison Christofle, 19 prêteurs ont offert plus de 1200 objets illustrant l’évolution du repas français.

Écomusée du fier monde :

Zïlon et le Montréal underground

Au cours des années 1970 et 1980, plusieurs artistes alternatifs inspirés par des mouvements similaires dans le monde s’inscrivaient en faux contre l’art jugé « trop sage ». On voit les graffitis de Zïlon un peu partout : sur les murs de la ville, dans les toilettes publiques, dans les bars. La signature de l’artiste multidisciplinaire montréalais marque la métropole.

L’exposition de l’Écomusée du fier monde, présentée du 26 juin au 1er septembre, pose un regard sur cette époque à travers l’œuvre de Zïlon, ses collaborations avec d’autres artistes et les divers lieux emblématiques qui en ont été témoins, du Village au Quartier des spectacles.

Château Ramezay : Fleurs d’armes

Le lieutenant-colonel montréalais George Stephen Cantlie quittait sa femme et leurs cinq enfants en 1914 pour les champs de bataille d’une Europe déchirée par la Première Guerre mondiale. Chaque jour, il envoyait à la maison une fleur accompagnée d’une lettre à un de ses enfants, notamment à sa plus jeune fille, Celia, âgée d’un peu plus d’un an. « Ces lettres et leurs fleurs ont été retrouvées 100 ans plus tard », fait valoir Louise Brazeau, chef éducation et chargée de promotion au Château Ramezay.

La cinéaste canadienne et commissaire de l’exposition itinérante, Viveka Melki, propose une réflexion sur la nature humaine en contexte de guerre, « comme dans une bulle de recueillement ». Produite par les Jardins de Métis, Fleurs d’armes vise à créer une vision multisensorielle. Melki réinterprète les dix fleurs de Cantlie par la floriographie, une méthode victorienne de communication du sens et de l’émotion par les fleurs.

Dix lettres, dix fleurs, dix parfums développés par Alexandra Bachand, dix convictions fondamentales sur la nature de la guerre accompagnées des portraits de dix personnages historiques liés de près ou de loin à la Grande Guerre. L’exposition se poursuit au Château Ramezay jusqu’au 5 janvier 2020.