Dans l’atelier de Miró

Catherine Martellini Collaboration spéciale
Juan Miró, «Sans titre», vers 1973
Photo: MNBAQ Juan Miró, «Sans titre», vers 1973

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

C’est une véritable incursion dans l’atelier de l’artiste catalan Juan Miró que propose le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) dès le 30 mai. L’exposition portera en effet sur les 25 dernières années de sa vie, passées sur l’île de Majorque en Espagne.

Créée de toutes pièces pour le MNBAQ, l’exposition Miró à Majorque rassemble 249 objets tirés de son fonds d’atelier. Ce dernier a été entièrement remis à la Fundació Miró Mallorca au décès de l’artiste, en 1981.

« Le musée présentera donc les œuvres qu’il a réalisées de 1956 à sa mort, qui comptent parmi les plus audacieuses, explique André Gilbert, conservateur aux expositions au MNBAQ. À cela s’ajoute aussi tout son processus créatif, ses sources d’inspiration et ses techniques de travail. »

Si l’exposition propose principalement ses peintures, dont ses formats les plus imposants explorés à cette époque, elle comprend également un nombre important de sculptures, auxquelles sont souvent intégrés ses dessins préparatoires.

« Cette période marque aussi le renouvellement de son vocabulaire esthétique, qui devient beaucoup plus axé sur le gestuel, inspiré du mouvement de l’action painting américain », soutient-il.

Artiste, collectionneur et amateur de littérature

Fait peut-être méconnu, Miró collectionnait bon nombre d’objets qui l’entouraient dans son immense atelier : bouts de bois, objets naturels, cartes postales, images, figurines populaires et issues de l’art précolombien. Une cinquantaine d’objets ont été soigneusement sélectionnés pour rendre compte des œuvres qu’ils ont inspirées.

La littérature a occupé également une place non négligeable dans la vie de Miró, lui qui lisait pratiquement tous les jours. « Il a illustré plus de 200 ouvrages au cours de sa carrière, particulièrement de poésie, souligne André Gilbert. Il affectionnait entre autres les poètes français et les écrivains catalans. Il a d’ailleurs passé beaucoup de temps en France, où il s’est fait ami avec les surréalistes de ce temps. »

Trois de ces livres pour lesquels il a réalisé une vingtaine d’images figurent à cette exposition.

« L’atelier » de Miró est déployé sur les 1300 mètres carrés du pavillon Lassonde du MNBAQ et est divisé en quatre grandes sections. La première porte sur ses racines identitaires : la culture populaire de l’île méditerranéenne de Majorque, son intérêt pour les arts primitifs catalans et pour l’architecte moderniste Gaudí, dont l’admiration qu’il voue à son style architectural se reflète dans ses œuvres.

Les visiteurs pourront ensuite explorer son univers artistique gestuel, inspiré de la peinture américaine et japonaise. Cette dernière influence en partie ses formats, parfois allongés, renvoyant aux rouleaux peints japonais, mais aussi son style calligraphique.

La troisième section aborde tout son vocabulaire de signes, de motifs et de symboles, dont le couple de femme-oiseau au cœur de sa symbolique, mais également les cycles de la vie, la fertilité et l’iconographie.

Enfin, le dernier volet propose ses œuvres les plus audacieuses et expérimentales, y compris une douzaine prêtée par ses descendants. On y retrouve notamment ses plus imposantes peintures en noir et blanc, qui contrastent avec son passé de coloriste extraordinaire. « Il disait qu’il voulait atteindre le maximum d’intensité, mais qu’il avait besoin pour ce faire d’un minimum de moyens pour créer le contraste le plus fort possible », raconte André Gilbert.

Un été bien rempli

Dès le 20 juin prochain, les visiteurs pourront aussi découvrir l’exposition Raccord, de l’artiste montréalais Numa Amun, qui a remporté la 3e édition du Prix en art actuel du MNBAQ. Ses œuvres, des peintures abstraites figuratives, sont d’une telle minutie qu’elles donnent l’illusion d’avoir été produites par le monde numérique.

Le 22 juin s’ouvrira Murmures au jardin, la 2e phase de l’exposition de la Galerie famille, Murmures, conçue par Francis Fontaine, Luca Fortin et Bertrand Rougier. Ces derniers créeront une sculpture gonflable, inspirée par les dessins des enfants réalisés depuis l’ouverture de l’exposition en décembre 2018.