Le savoir autochtone en architecture

Rose Carine Henriquez Collaboration spéciale
Vue de l’exposition interactive «NON CÉDÉES – Terres en récit»
Photo: Douglas Cardinal Architect Inc. Vue de l’exposition interactive «NON CÉDÉES – Terres en récit»

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Après avoir été présentée l’année dernière à la Biennale de Venise en architecture, l’exposition «NON CÉDÉES – Terres en récit» se retrouve pour la première fois en sol canadien, au Musée canadien de l’histoire. L’installation audiovisuelle et immersive a été conçue par une équipe entièrement autochtone.

Le concepteur de l’exposition, Douglas J. Cardinal, revient un peu chez lui, au Musée canadien de l’histoire, dont il est lui-même l’architecte. Dans la Salle de l’histoire canadienne, les visiteurs pourront découvrir une conception de l’architecture à travers « les voix et les histoires » de 18 architectes et designers métis ou autochtones de l’île de la Tortue, comme les Premières Nations désignent l’Amérique du Nord.

L’installation audiovisuelle est très différente et novatrice par rapport à d’autres expositions traitant de l’histoire autochtone selon le président-directeur général du musée, Mark O’Neill. Celles-ci sont davantage basées sur l’archéologie, l’anthropologie, l’ethnologie et utilisent généralement des objets. Ici, on a des images de paysages canadiens, des projections et des récits. « On a un aperçu de la contribution de ces communautés au développement d’une nouvelle société avec leurs projets, leurs créations, leur compréhension de la connexion entre l’architecture et le design et l’environnement », souligne M. O’Neill. Il s’agit d’une approche très contemporaine, selon lui.

Une vision symbolique

« L’exposition révèle la vision, la créativité et les compétences techniques d’architectes autochtones, mais surtout leur relation symbiotique à la terre et leur savoir traditionnel qui contribue à façonner notre monde », indique M. O’Neill. Le travail de l’architecte est ainsi guidé par plusieurs principes ancestraux.

Par exemple, on préconise que les intentions de l’architecte soient guidées par l’enseignement des aînés et que les conceptions architecturales respectent les traditions et les protocoles de la communauté. La nature a une place centrale dans la vision autochtone de l’architecture, et celle-ci doit s’intégrer respectueusement dans l’environnement. Pour souligner ce fait, des extraits vidéo des manifestations contre le pipeline dans le Dakota du Nord se retrouvent dans l’installation.

On nous présente très peu d’édifices dans l’exposition, mais plutôt le lien existant entre la culture, la spiritualité et la nature au sein de la création d’œuvres architecturales. L’architecture est vue comme « une façon d’être et de penser ».

« Notre exposition se fonde sur la narration de récits, déclare le co-conservateur de NON CÉDÉES – Terres en récit David Fortin. On ne peut pas regarder un bâtiment sans entendre les danses, sans voir le paysage qui l’entoure, sans entendre la voix de l’architecte faisant référence à ses ancêtres. »

En quatre temps

Cette démarche visant à faire cohabiter l’espace et la nature est constituée d’un parcours dans quatre « territoires » thématiques : la souveraineté, la résilience, la colonisation et l’« autochtonéité ». Ces notions servent d’ancrage pour placer l’architecture au sein d’enjeux environnementaux, politiques, culturels et historiques. D’abord vue comme un outil de colonisation, l’architecture joue également un rôle dans la réconciliation.

La visite débute par la narration d’une aînée, qui guide le visiteur dans ce qui est une invitation au voyage. « Les architectes sont influencés par leurs expériences, leur environnement, leur situation personnelle et communautaire », dit M. O’Neill. Pour cette raison, les témoignages prennent une grande place dans la construction du parcours, qui est aussi agrémenté de chants, de bruits de tambours et d’images abstraites de l’univers. Chacun raconte comment leur histoire influence leur processus créatif.

En accord avec la mission du musée, l’exposition présente un patrimoine collectif qu’il faut mettre en avant, et le souhait de Mark O’Neill est que l’exposition continue à vivre dans d’autres institutions, par exemple dans le cadre d’une tournée nord-américaine.

« Nous voulions montrer à la communauté internationale à quel point la vision autochtone du monde est importante pour le reste de la planète et pour l’avenir de la famille humaine, déclare Douglas J. Cardinal. Cependant, l’éducation doit commencer chez nous, dans notre propre pays. »