Le Musée McCord triplera ses surfaces d’exposition

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Le futur bâtiment réunira ainsi en un seul lieu trois musées fusionnés au cours des dernières années, à savoir le Musée McCord, le Musée Stewart et le Musée de la mode.
Photo: DMA Le futur bâtiment réunira ainsi en un seul lieu trois musées fusionnés au cours des dernières années, à savoir le Musée McCord, le Musée Stewart et le Musée de la mode.

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Après des années de valses-hésitations, le cas du Musée McCord vient d’être tranché. Il demeurera à son emplacement actuel, au cœur de la métropole, dans la rue Sherbrooke, mais il doublera sa superficie et triplera ses surfaces d’exposition. Tout cela grâce à la collaboration étroite de la Ville de Montréal, qui lui cède ses droits d’utilisation dans la rue Victoria, et à un don exceptionnel de 15 millions de dollars de la part de la Fondation Emmanuelle Gattuso.

« Le Musée McCord raconte l’histoire de Montréal et des Montréalais, rappelle la présidente et chef de la direction de l’établissement muséal, Suzanne Sauvage. Il était donc primordial de rester au centre-ville, là où l’action se déroule. Sauf que des terrains non occupés, il n’y en a plus beaucoup. Nous nous sommes assis avec la Ville pour trouver des solutions, et c’est là qu’on nous a demandé si ça nous aiderait de pouvoir occuper la rue Victoria, qui jouxte le musée. »

Le futur bâtiment réunira ainsi en un seul lieu trois musées fusionnés au cours des dernières années, à savoir le Musée McCord, le Musée Stewart et le Musée de la mode. Il sera érigé sur l’emplacement actuel du Musée McCord, en plus d’y intégrer la rue Victoria et le terrain de l’ancien restaurant Le Caveau, qui se trouvait sur l’avenue du Président-Kennedy et qui appartient déjà au musée. Il s’élèvera sur dix étages pour un total de plus de 300 000 pieds carrés.

« Nous pourrons donc réunir toutes nos collections, souligne Mme Sauvage. Et cela même en considérant les acquisitions que nous ferons dans les vingt années à venir. Surtout, nous triplerons les surfaces d’exposition, ce qui signifie que 3 à 5 % de nos collections pourront être montrées au public. C’est le standard dans les musées de notre taille. Aujourd’hui, le nombre limité de salles d’exposition et leurs dimensions restreintes permettent d’exposer à peine 1 % de la collection du musée. Ça n’a pas de bon sens ! »

1,5 million d’artefacts

Le Musée McCord fait face, depuis plusieurs années, à des enjeux d’espace qui influent de manière considérable sur son potentiel de développement et de rayonnement, enjeux encore plus marquants depuis l’intégration des collections du Musée Stewart en 2013 et du Musée de la mode en 2017. Le projet du nouveau musée permettra de doubler son nombre de visiteurs, et de tripler le nombre d’élèves accueillis chaque année dans ses espaces éducatifs.

« Nous avons actuellement une capacité d’accueil des groupes scolaires limitée, alors même que nous recevons une forte demande de la part des écoles, indique la présidente du musée. Nous aurons également un auditorium, des terrasses suspendues, un café, un restaurant et un jardin public dans la rue Victoria, puisque celle-ci ne sera construite qu’à moitié. Les visiteurs auront ainsi plusieurs espaces de rencontre et de détente. »

 
Photo: DMA Vue d’une galerie du Musée McCord avec la Place Ville-Marie en arrière-plan

Fondé sur une collection historique parmi les plus importantes en Amérique du Nord avec plus de 1,5 million d’artefacts qui documentent l’histoire sociale de Montréal de la période précoloniale à aujourd’hui, le nouveau musée se veut un musée participatif témoin de la diversité culturelle, de la créativité et du dynamisme de la métropole, un musée ouvert, accueillant et inclusif, à l’image de Montréal. Il présentera l’apport de Montréal dans le développement du Québec et du Canada, et mettra en lumière les réalisations passées et présentes de la ville, de ses citoyens et de ses communautés.

Il sera également un lieu d’échanges où l’on débattra de grands enjeux sociaux et urbains, de la diversité au sein des communautés, et de différentes réalisations qui ont façonné l’histoire.

180 millions de dollars

Le projet préservera l’édifice patrimonial Percy-Nobbs et la façade ouest de l’actuel Musée McCord. Un concours d’architecture sera lancé pour le réaliser, et ce, dès que le budget sera ficelé.

« Nous sommes prêts à lancer le concours, mais nous devons attendre le feu vert de Québec et d’Ottawa puisqu’ils doivent chacun subventionner le projet à hauteur du tiers du budget, qui s’élève à 180 millions de dollars, explique Mme Sauvage. Le dernier tiers doit venir du privé, et nous sommes déjà à la recherche de partenaires. Nous pouvons d’ailleurs déjà compter sur un don exceptionnel de 15 millions de dollars de la part de la Fondation Emmanuelle Gattuso. »

 
Photo: DMA Vue du hall d’entrée du musée rénové

Il s’agit en effet du don financier privé le plus important fait à un établissement muséal québécois depuis plus de trente ans.

« C’est une grande philanthrope et une Montréalaise de cœur même si elle vit maintenant à Toronto, note Suzanne Sauvage. Elle a grandi ici avec ses parents Lina et Pasquale Gattuso, fondateurs des industries Gattuso et eux aussi fiers et généreux Montréalais. »

Une fois le budget rassemblé, le concours et la construction devraient durer environ trois ans. Les travaux forceront la fermeture du musée durant deux ans, mais la direction réfléchit déjà à des moyens de continuer à le faire vivre pendant cette période.

Immersion dans la culture haïda

Dès maintenant et jusqu’au 27 octobre, le Musée McCord invite le public dans l’archipel Haida Gwaii, situé au nord-ouest du Canada, dans sa toute dernière exposition intitulée Sding K’awXangs. Haïda : histoires surnaturelles. Avec plus de 100 objets rares, la plupart issus de la riche collection Cultures autochtones du Musée McCord et des oeuvres d’artistes contemporains, l’exposition propose une immersion dans la culture haïda d’hier et d’aujourd’hui permettant de découvrir la beauté et la richesse inestimable d’une culture qui a failli disparaître à la fin du XIXe siècle.

Les objets présentés témoignent du savoir-faire de la culture haïda de la fin du XVIIIe siècle à aujourd’hui. Ils ont été, pour la plupart, recueillis en 1878 par le Montréalais d’adoption, géologue et anthropologue de la première heure George Mercer Dawson, au cours d’un de ses voyages dans l’archipel Haida Gwaii. Fils de sir John William Dawson, recteur de l’Université McGill de 1855 à 1893, c’est à lui que le Musée McCord doit la majeure partie des objets haïdas de sa collection Cultures autochtones.

« C’est un privilège pour le Musée McCord d’être le gardien de cette collection exceptionnelle d’objets haïdas, estime Suzanne Sauvage. La présentation d’une telle exposition est au coeur de notre mission. Comme musée d’histoire sociale de Montréal, nous participons au rayonnement des différentes cultures qui façonnent notre histoire et nous prenons part activement aux efforts de reconnaissance et de réconciliation en donnant la parole aux peuples autochtones. »