Le promoteur veut que Québec lui rachète le monastère de Berthierville

Une partie du cloître du monastère des Moniales de Berthierville, que le ministère de la Culture entend protéger
Photo: Jason Kahn Une partie du cloître du monastère des Moniales de Berthierville, que le ministère de la Culture entend protéger

Le promoteur immobilier qui voulait, avec l’accord de la municipalité, raser le vaste monastère des Moniales de Berthierville s’est heurté à la volonté du ministère de la Culture de le préserver. Il met désormais en demeure Québec de lui racheter le monastère érigé à compter de 1934.

« Le gouvernement veut le ravoir ? Qu’il me paye ce que j’ai mis et qu’il le prenne, s’exclame André St-Martin en entrevue. J’ai un projet de 40 millions pour la ville. Ça va aller chercher des taxes. J’ai passé ma vie à développer, mais je n’ai pas besoin de ce trouble-là. » L’entrepreneur dit avoir été « très gentil avec l’ordonnance » légale du ministère qui a coiffé le bâtiment d’une protection au nom des intérêts collectifs. Mais il n’a pas l’intention de collaborer davantage en allant de l’avant avec un projet de reconversion du site.

André St-Martin note au passage que le bâtiment ne se trouve pas à l’abri des dommages que pourraient causer des visiteurs indésirables qui entrent à tout moment sur le site. La police, dit-il, ne cesse de le contacter à cet effet.

Selon lui, la Ville n’a jamais voulu conserver ce bâtiment. À preuve, il a discuté depuis des mois avec elle pour faire avancer ce projet, en affirmant toujours haut et fort son intention de démolir le monastère. Il répète qu’on trouve de l’amiante dans certaines parties et que le système de chauffage est désuet. « Je connais ça, le patrimoine. Ça va coûter 6 millions pour en faire une neuve et 10 millions pour la rénover. » Dans ces conditions, il dit ne pas souhaiter faire autre chose que construire des résidences neuves sur le terrain, tout en déplorant que le gouvernement Legault, « qui se dit près des entrepreneurs », lui mette des bâtons dans les roues.

André St-Martin affirme qu’il a acheté une machine spéciale au coût de 75 000 $ pour enlever les arbres du site, mais que dans les circonstances, il ne peut pas s’en servir. « Je trouve ça très déplorable. »

Aux fins de ses projets, l’entrepreneur avait d’abord racheté les terrains adjacents. Puis, à l’occasion d’une deuxième transaction, le 29 mars dernier, il obtenait les clés du monastère. Trois jours plus tard, la ville de Berthierville lui accordait un permis de démolition, sans avoir répondu à l’avis de la MRC qui affirmait que le site devait être protégé. Bien au fait désormais que son projet est bloqué, André Martin affirme que « c’est de l’expropriation déguisée ».

À l’Assemblée nationale, la ministre de la Culture, Nathalie Roy, a répondu mardi à ce sujet à des questions de Catherine Dorion, députée de Québec solidaire. Celle-ci la pressait de cesser d’agir à la pièce, au cas par cas, en matière de préservation du patrimoine. « Il faut travailler de concert pour que des situations pareilles ne se reproduisent plus », a répondu la ministre, sans indiquer son intention de modifier ou non la loi.