Les immigrants ouvrent leurs cuisines

Lundi, Annie Roy s’activait autour de la dizaine d’abris Tempo érigés pour l’événement, qui débute jeudi, sur la place des Festivals.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Lundi, Annie Roy s’activait autour de la dizaine d’abris Tempo érigés pour l’événement, qui débute jeudi, sur la place des Festivals.

Amputée de la moitié de son coeur et de son bras droit, Annie Roy, la cofondatrice de l’ATSA, Action terroriste socialement acceptable, reprend le flambeau de l’événement Cuisine ta ville, à Montréal cette année, quelques mois seulement après le décès des suites du cancer de son conjoint et complice, Pierre Allard.

Pour elle, c’est une façon de montrer que « tout ne doit pas mourir ». Et cette thématique va de pair avec l’événement, qui invite à partager l’expérience de réfugiés ou d’immigrants, venus refaire leur vie au Québec.

Lundi, Annie Roy s’activait autour de la dizaine d’abris Tempo érigés pour l’événement, qui débute jeudi, sur la place des Festivals. « L’abri Tempo, c’est à la fois une référence à Montréal et une référence aux camps de réfugiés, où on utilise aussi des abris Tempo », dit-elle. Dans ces abris, il s’agira cette fois, pour différents groupes de réfugiés et d’immigrants, de faire la cuisine et d’inviter la ville entière à venir la déguster. Tout au long de l’événement, qui durera quatre jours complets, ce n’est pas moins de 44 « partys de cuisine », tenus par des familles immigrantes, qui se déploieront ainsi sur la place des Festivals.

Dessine-moi une maison

Le tout se déroule sur le thème de « l’ouverture à l’autre », précise Annie Roy. Pour ce faire, l’ATSA donne la parole autant à des artistes qu’aux citoyens. Ainsi, Joanne Milanese est venue de France pour créer une oeuvre interactive intitulée Sous quel toi ?. Elle a rencontré ici trois réfugiés, un Colombien, un Nigérian et une Laotienne, et leur a demandé de dessiner la maison qu’ils ont quittée dans leur pays d’origine.

« Deux d’entre eux n’ont pas encore leurs papiers », dit l’artiste. Joanne Milanese dessinera ensuite le profil de ces maisons, en demi-échelle, sur le bitume de la place des Festivals, à partir de dessins effectués par les réfugiés. « Au Niger, le détail du mobilier de la maison est minimal : quatre chaises, quatre nattes », raconte-t-elle. « La maison de Colombie ressemble plus aux nôtres. » Quant à la maison de la réfugiée laotienne, elle a disparu de la mémoire de celle-ci, puisqu’elle a quitté le pays à l’âge de cinq ans. « Je dois parler à sa mère pour qu’elle me la décrive », raconte Joanne Milanese.

Elle invitera ensuite les visiteurs de l’événement à échanger avec des inconnus sur leur propre maison d’origine. Cette oeuvre interactive fait d’une certaine façon écho à l’installation Le temps d’une soupe, dans laquelle deux inconnus sont invités, encore cette année, à partager un repas et un menu de conversation.

Accepter les changements sociaux

Le 11e abri Tempo du festival sera pour sa part destiné à documenter la vie infantile et maternelle en Haïti. On y sera notamment invité à comparer les conditions de vie en Haïti et au Québec. « J’ai fait venir la valise d’hôpital d’une maman haïtienne sur le point d’accoucher et je la compare à celle d’une maman québécoise dans la même situation », dit Annie Roy. Alors que l’une ne compte que l’essentiel, l’autre déborde d’articles souvent superflus, liés à l’insécurité.

Cuisine ta ville se décline également en une série de conférences et de tables rondes. Une table ronde, organisée par le TCRI, la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes, porte sur « l’impact discriminatoire des récents projets de loi sur les personnes immigrantes », dont le projet de loi 21 sur la laïcité et celui sur l’industrie du taxi. « On ne se soucie pas assez des conséquences directes de ces législations », dit Annie Roy. D’autres intervenants aborderont la question des changements climatiques, des enfants de la guerre et des enjeux autochtones.

Pour Annie Roy, il faut accepter les changements sociaux. « On partage le bien-être qu’on a bâti », dit-elle.