Beaux coups de théâtre au Prospero

La metteure en scène Alix Dufresne
Photo: Denis Lapierre La metteure en scène Alix Dufresne

Comptez 80 artistes locaux et étrangers réunis par près d’une dizaine de projets théâtraux issus de laboratoires variés : c’est ainsi que se dessine la programmation du festival Territoires de paroles qui se tiendra au théâtre Prospero. Au menu : mises en scène de textes d’ici et d’ailleurs, lectures de poèmes, soirées festives. De quoi plaire au plus vaste public.

La troisième édition, qui se déroule jusqu’au 11 mai prochain, se veut donc un réel espace de partages, de rencontres, d’effervescence théâtrale, avec pour but de faire découvrir une écriture dramaturgique nouvelle autant aux avides de théâtre qu’aux novices curieux.

« C’est un foisonnement, affirme Carmen Jolin, directrice artistique du Prospero et coorganisatrice de l’événement avec le metteur en scène français Roland Auzet. C’est un territoire qui crée des relations entre les gens, qui permet d’explorer plus. »

Contrairement au cycle de production que le Prospero et sa compagnie, le Groupe de la Veillée, respectent à longueur d’année dans des délais plus que limités, Territoires de paroles offre plutôt le temps de travailler des oeuvres en laboratoire.

Il n’y a que quelques espaces dans le monde où on se rencontre. Et ici, c’en est un.

« Le processus de production, c’est qu’une fois qu’on a choisi [un texte], on a un temps limité, explique la directrice et metteure en scène. Tu avances, tu avances, puis c’est très serré. On n’a pas toujours le temps d’essayer, d’explorer, de se tromper, de reculer, de revenir. »

C’est ce qu’offre ce festival. Ici, les idées sont peaufinées, réfléchies ; la mise en scène devient alors bien plus que l’exécution d’un texte sur les planches, elle est le rayonnement de ce que Carmen Jolin appelle des « écritures fortes » : des écritures audacieuses qui traitent de la réalité d’aujourd’hui.

« Ça ouvre la possibilité d’aller visiter beaucoup plus de textes, de fouiller plus de textes, de créer ces relations et de travailler en dehors du processus de la production », résume-t-elle.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Carmen Jolin, directrice artistique du Prospero et coorganisatrice de l’événement avec le metteur en scène français Roland Auzet.

Guy Régis fils partage cet avis. Auteur d’origine haïtienne basé en France, il se réjouit de la fenêtre sur le théâtre moderne qu’offre le festival. « Ça me paraît toujours étrange qu’on s’intéresse à aller voir Shakespeare, qui est mort, plutôt qu’un auteur vivant, qui parle du lieu d’aujourd’hui, remarque-t-il avec un sourire. On s’intéresse souvent au théâtre en pensant très loin, alors qu’en fait, il y a de ces gens-là qui sont vivants. »

Lui-même en fait partie. Déjà, en sa présence, trois de ses textes ont été présentés lors de la soirée d’ouverture du festival, le 30 avril dernier : Moi, fardeau inhérent et Haï, honni, détesté, avec les finissants de l’École nationale de théâtre du Canada, et Mourir tendre, joué par les finissants de l’École supérieure de théâtre de l’UQAM.

«C’était une chance, surtout, que d’avoir pu parler aux metteurs en scène. Il n’y a pas beaucoup d’espaces comme ça où le théâtre est proposé à des metteurs en scène, où vraiment ils sont dans l’esprit de rencontre, dans le bouillonnement, justement. »

Rencontres et audace

Ce désir de rencontre se concrétise aussi au coeur de la programmation. Des noms d’ici comme Jérémie Niel, Marie Louise Bibish Mumbu ou encore Olivier Arteau se joignent alors à Roland Auzet, à Véronique Bellegrade ou à Fabrice Melquiot, figures françaises de la dramaturgie. Il y aura mise en scène de textes francophones, mais aussi de productions traduites, de la plume de Sara Stridsberg (Suède), Rebekka Kricheldorf (Allemagne) ou Will Eno (États-Unis), entre autres.

Photo: Denis Lapierre Guy Régis fils, auteur d’origine haïtienne basé en France, se réjouit de la fenêtre sur le théâtre moderne qu’offre le festival.

La formule change aussi sur scène. Un « bal littéraire » sera présenté le 8 mai prochain : une soirée en musique et en théâtre où sera présentée une collection de textes qui auront été écrits et préparés par une brochette d’auteurs dans les 48 heures précédant l’événement, sous la direction de Fabrice Melquiot. Le dernier soir, le 11 mai, Jérémie Niel dirigera un spectacle déambulatoire, Brise marine, où acteurs et public voyageront d’une salle à une autre du Prospero et où seront joués trois extraits de textes différents.

L’esprit de la rencontre et l’innovation sont la raison d’être de Territoires de paroles — et surtout son format ne doit pas rester statique, selon sa fondatrice. « Il faut que cette formule se développe avec le temps. Ça doit être mouvant, ça ne doit pas toujours rester la même chose, ça doit être en évolution, en travaillant avec les gens qui y participent. »

Au final, on assiste à un résultat foisonnant, bien que très ambitieux. « C’est beau ! C’est un nid, ça bouge, ça bouillonne », s’enthousiasme Carmen Jolin.

Guy Régis fils la rejoint : « Il n’y a que quelques espaces dans le monde où on se rencontre. Et ici, c’en est un. »

Territoires de paroles

Théâtre Prospero à Montréal, jusqu’au 11 mai