La créativité numérique en plein boom

Le studio montréalais Silent Partners, qui collabore avec des artistes comme Taylor Swift et développe aussi des contenus originaux, a notamment assuré la production vidéo du spectacle «Five Kings», présenté à l’Espace Go en 2015.
Photo: Silent Partners Studio Le studio montréalais Silent Partners, qui collabore avec des artistes comme Taylor Swift et développe aussi des contenus originaux, a notamment assuré la production vidéo du spectacle «Five Kings», présenté à l’Espace Go en 2015.

À l’heure des bilans et profitant du dixième anniversaire de ses prix Numix, Xn Québec, l’association des producteurs d’expériences numériques, dévoile une étude qui dépeint une industrie en pleine croissance mais qui, par ses mutations rapides et par la nature hybride de ses acteurs, peine à faire des ponts avec les institutions existantes.

L’industrie de la création numérique, qu’on aurait jadis présentée sous le chapeau du multimédia, connaît une forte croissance annuelle, et ce, depuis plusieurs années, révèle ce « premier profil » que Le Devoir a pu consulter.

 
13 %
C’est la croissance annuelle du secteur de la créativité numérique au Québec au cours des dernières années.

« C’est un secteur qui croît plus rapidement que l’économie courante, on parle de 13 % de croissance annuelle, explique Francis Gosselin, qui a mené l’étude avec son collègue Yuani Fragata du Groupe Sage et avec Danielle Desjardins de La Fabrique de sens. C’est environ 1,2 milliard de dollars en contribution à l’économie, c’est beaucoup. »


Le jeu vidéo prend une grande place dans l’industrie de la créativité numérique, mais le domaine inclut toutes sortes de déclinaisons culturelles utilisant la technologie, comme la réalité virtuelle ou augmentée, les oeuvres faites pour les dômes, des installations, des webdocumentaires ou même des livres interactifs.

Ce premier polaroïd de l’industrie a été réalisé avec la participation de 270 entreprises membres de Xn Québec, de l’Alliance numérique ou de COOP La Guilde. Soixante-sept boîtes ont participé à une « entrevue semi-dirigée », alors qu’un sondage anonyme en ligne qui portait notamment sur la dimension financière a été envoyé aux participants.

Le secteur, peut-on lire, « est constitué d’entreprises jeunes, qui ont une moyenne d’âge de 10 ans et parmi lesquelles 20 % ont moins de trois ans ». La moitié des entreprises compte moins de 10 employés — un chiffre qui a diminué de 10 points de pourcentage depuis 2015.

 
1,2 milliard
C'est la contribution à l’économie québécoise du secteur.

« C’est une industrie qui est très jeune et émergente », constate la directrice générale de Xn Québec.

Des difficultés de financement

Le monde de la créativité numérique est souvent composé « d’entreprises hybrides », explique Jenny Thibault, une ancienne de l’ONF.

« Et c’est assez nouveau. Avant, un producteur de cinéma faisait du cinéma, et il n’avait pas besoin de faire du “corpo” pour financer ces projets. Nous, on est souvent à cheval entre le service et la propriété intellectuelle, explique Jenny Thibault. Comme le studio montréalais Silent Partners : ils ont des contrats pour faire de l’expérientiel avec Taylor Swift ou Justin Timberlake, mais ils vont aussi vouloir produire des projets originaux, par exemple. »

 
38%
C'est la proportion des entreprises du secteur qui s’autofinancent.

Cette débrouillardise — ou cette multidisciplinarité — a toutefois comme conséquence que les entreprises ne trouvent souvent pas bonne grâce auprès des instances subventionneuses, car celles-ci procèdent habituellement en vases clos, par secteur d’activités, souligne la d.g. d’Xn Québec. « Il faut que nos institutions et nos bailleurs de fonds s’ouvrent à ces nouveaux modes de production, qu’ils soient ouverts à l’interdisciplinarité. Les oeuvres pour les dômes, ça reste de la fiction ou du documentaire, mais c’est juste que l’écran n’est pas plat. Il faut régler ça le plus rapidement possible. »

Le Fonds des médias du Canada a bien un volet expérimental, mais celui-ci ne fournit pas à la demande, précise Mme Thibault.

Par ricochet, les enjeux du financement touchent aussi à ceux du recrutement et des ressources humaines, souligne l’étude. « Il deviendra impératif que les investisseurs se mobilisent pour retenir les talents créatifs et leurs créations d’ici, explique-t-on. Sinon, plusieurs scénarios pessimistes pourraient se réaliser : les plus grands talents seront attirés à l’extérieur pour travailler au sein de multinationales. »

22%
C'est le pourcentage des entreprises qui y œuvrent dans plus de cinq domaines différents.

Quant aux établissements d’enseignement, ils peinent à suivre le rythme de l’industrie de la créativité numérique, ajoute Francis Gosselin. « Ils peinent à s’adapter, à intégrer les nouvelles méthodes. Les installations coûtent cher, les licences coûtent cher. » Selon lui, les stages en entreprise sont logiquement appelés à se développer davantage.

Ce secteur est très dynamique, concède Jenny Thibault, « et le mot qu’il faut qu’on retienne c’est agilité. Oui, c’est de gros paquebots à faire tourner, mais collectivement, il faut s’adapter plus rapidement ».

36%
C'est la part des entreprises qui ont un chiffre d’affaires entre 1 et 5 millions. Ce pourcentage était de 21 % en 2015.