Une chaîne humaine pour le «trésor inestimable» de Notre-Dame

Des œuvres ont été exfiltrées par une porte derrière la cathédrale, là où des véhicules des agents de la Ville de Paris les attendaient pour les emmener à quelques centaines de mètres.<br />
 
Photo: François Guillot Agence France-Presse Des œuvres ont été exfiltrées par une porte derrière la cathédrale, là où des véhicules des agents de la Ville de Paris les attendaient pour les emmener à quelques centaines de mètres.
 

Ce n’est pas avant quelques jours que l’on saura précisément quels dommages l’incendie de Notre-Dame de Paris a causés à son patrimoine culturel. Une certitude émergeait toutefois mardi : le dévouement d’une multitude d’intervenants a permis de sauver in extremis une partie de ce trésor.

Selon ce que plusieurs médias français rapportaient en fin de journée mardi, de nombreux chefs-d’oeuvre liturgiques, artistiques et architecturaux ont pu être mis à l’abri avant d’être dévorés par les flammes ou abîmés par l’eau.

Sur le plan architectural, le coq qui était positionné au sommet de la flèche qui s’est écroulée a été retrouvé dans les décombres. Seize imposantes statues situées sur la même flèche avaient pour leur part été retirées la semaine dernière pour restauration. Le bourdon — la plus grosse cloche de Notre-Dame — s’en est aussi tiré indemne.

Côté patrimoine religieux, la couronne d’épines qui aurait été posée sur la tête de Jésus avant sa crucifixion a aussi réchappé à l’incendie. Même chose pour la tunique de saint Louis, l’autel principal de la cathédrale et les principaux objets sacrés et reliques gardés dans un endroit appelé « le trésor ».

Les célèbres vitraux de la cathédrale semblent aussi avoir tenu le coup… mais on ignore dans quel état précis.

Chaîne humaine

Les dommages auraient été plus importants sans le travail collectif d’employés municipaux, de policiers, de pompiers, d’architectes et de conservateurs du Louvre, qui se sont mis dès le début des événements en ordre de bataille pour sauver les oeuvres clés.

« Les conservateurs de patrimoine avaient un plan de prévention qui indiquait, dans chaque pièce de l’édifice, celles qui étaient les plus importantes », rapportait mardi l’entourage de la mairesse de Paris, Anne Hidalgo.

Les oeuvres ont été exfiltrées par une porte les unes après les autres, derrière la cathédrale, là où des véhicules des agents de la Ville de Paris les attendaient pour les emmener à quelques centaines de mètres.

Mme Hidalgo a salué « une formidable chaîne humaine [qui] s’est constituée entre les pompiers, policiers et agents municipaux » sur 200 mètres pour « sauver plusieurs dizaines d’oeuvres », dont « la couronne d’épines et la tunique de saint Louis ».

Un témoin de la scène parlait d’un « moment magique », avec « quelque chose de totalement décalé » qui s’est joué alors que « pompiers étaient autour avec des lances incendie ». Non loin, impressionnés, « plusieurs policiers se prenaient en photo pour garder en souvenir ce qu’ils portaient ».

Pour le vicaire général de l’archevêché de Paris, Mgr Patrick Chauvet, ces sauveteurs « ont accepté au risque de leur vie de protéger ce trésor inestimable ».

C’est notamment ainsi qu’ont été évacués les 13 tableaux monumentaux connus comme les grands « Mays ». Ce sont les derniers rescapés d’une série de 76 tableaux offerts tous les 1er mai par la Corporation des orfèvres parisiens, entre 1630 et 1707.

À leur arrivée à l’hôtel de ville, dans les trois camions dépêchés par la mairie, « ça sent le brûlé », racontait mardi Justine Heller, inspectrice de sécurité à la Ville de Paris. Un à un, les objets ont été extraits des camions à l’aide de couvertures, et déposés dans une salle consacrée aux expositions.

Quelques heures plus tard, les pièces sont reparties, en direction du Louvre cette fois-ci, pour être mises à l’abri.

Avec Le Devoir

L’orgue préservé?

Contrairement aux informations contradictoires ayant circulé lundi soir selon lesquelles ses tuyaux auraient fondu, le grand orgue de Notre-Dame de Paris aurait tenu bon devant les flammes et la fusion. Laurent Prades, le régisseur général de Notre-Dame de Paris, a affirmé mardi à la radio Europe 1 que le plus grand orgue de France était « inutilisable, mais préservé ». Aucun de ses 8000 tuyaux n’a fondu et « il n’a pas pris une seule goutte d’eau », selon M. Prades. L’orgue de choeur qui se trouvait sous le brasier est aussi debout. Par contre, il a été abondamment arrosé afin de préserver les stalles qui le jouxtaient. Christophe Huss