«Paris-Match», ou quand l’«aventure humaine» prend le Web

L’exercice Snapchat, pour l’instant, n’est pas une panacée financière, mais permet au moins de rembourser les coûts de ces nouveaux postes.
Photo: Paris Match L’exercice Snapchat, pour l’instant, n’est pas une panacée financière, mais permet au moins de rembourser les coûts de ces nouveaux postes.

Au printemps 1949, dans les traces du magazine américain Life, naissait la publication Paris Match, devenu au fil des années une véritable institution ludico-journalistique. 70 ans plus tard, le magazine français prend les moyens pour faire basculer sur le Web son exploration en mots et surtout en photos de « l’aventure humaine ».

L’expression est celle du directeur de la rédaction de Paris Match, Olivier Royant, joint alors que se bouclait la plus récente édition papier de ce magazine qui met « du sérieux dans le futile et du futile dans le sérieux », toujours selon ce vétéran de la publication.

Dans son désir de devenir un « média global qui s’adresse à tout le monde, toute la journée », Paris Match a pesé sur l’accélérateur de l’innovation en ligne, en particulier sur la plateforme Snapchat, mais aussi avec des balados, explique M. Royant.

Modernité

« Ce qu’on sait, c’est que, quelle que soit notre expression, sur le papier ou le numérique, on est avant tout des raconteurs d’histoires, en anglais ils disent des story tellers, explique M. Royant. Et je pense que c’est ça qui nous caractérise. »

D’une façon presque paradoxale, la photo, qui est au coeur du modèle d’affaires de Paris Match, se révèle « 70 ans plus tard » toujours « d’une grande modernité ». L’image est devenue un langage universel, estime Olivier Royant, soulignant le fait que la plupart des plateformes ou des réseaux sociaux s’en servent abondamment.

“Paris Matchˮ met du sérieux dans le futile et du futile dans le sérieux

Présent sur Instagram et Facebook, Paris Match a toutefois beaucoup misé sur Snapchat et son onglet Découvrir (Discover en anglais), où les médias peuvent proposer du contenu souvent en mouvement avec des images et du texte. Le compte Snapchat de Paris Match permet dans les meilleurs jours de rejoindre 1,4 million d’utilisateurs, dont l’âge moyen est entre 16 et 22 ans, souligne le directeur de la rédaction.

« Il faut être un peu plus âgé pour lire Paris Match, concède Olivier Royant. Et ce qui est extraordinaire aujourd’hui, c’est que le numérique ne nous a pas empêchés d’avoir un beau magazine, il nous a permis d’aller chercher des audiences que l’on ne connaissait pas. »

Bien sûr, l’immersion du public dans ces actualités n’est pas aussi profonde que pendant la lecture du magazine papier — entre 57 et 70 minutes selon les études internes —, mais la jeunesse passe souvent de 6 à 8 minutes à consulter Snapchat, précise M. Royant.

« Si vous amenez un véritable storytelling qui intéresse cette jeune génération, et bien elle s’imprègne, elle s’immerge aussi dans l’histoire. Et c’est très important. […] Ça prouve bien que chaque plateforme, chaque expression a un langage différent, demande une façon d’écrire différente, des mots différents, une syntaxe différente, et c’est ça que les médias ont eu du mal à comprendre au début. »

Du contenu et des sous

Cette syntaxe, justement, n’est pas créée par les journalistes réguliers de la salle de Paris Match. « Moi, à 56 ans je suis un vieux ! » lance M. Royant, qui a été engagé là-bas à 21 ans et qui a longtemps été affecté aux États-Unis.

Une équipe de six « nouveaux talents » a été formée dans les dernières années pour produire ces contenus numériques — dix par jour, tous les jours, sur Snapchat —, amenant un « vent frais » dans la rédaction, dont les travailleurs forment souvent « une caste très conservatrice dans ses habitudes », aux dires de M. Royant.

Photo: Paris Match

« L’image est sacralisée, explique-t-il. Mais cette génération-là a accepté de bouger les photos, de les animer mais sans jamais les déformer. Eux seuls, parce qu’ils sont de la génération des utilisateurs, ont été capables de faire ça. »

L’exercice Snapchat, pour l’instant, n’est pas une panacée financière, mais permet au moins de rembourser les coûts de ces nouveaux postes. La plateforme est une des rares qui partage ses revenus, issus des publicités qui s’immiscent entre quelques-unes des productions qui y sont diffusées.

Et le papier ?

C’est tout de même la version imprimée de Paris Match qui amène de l’eau au moulin de la boîte, propriété du géant Lagardère. Actuellement, le tirage est d’environ 530 000 exemplaires, dont 250 000 vont aux abonnés.

Le reste est écoulé dans quelque 24 000 points de vente, que l’on trouve un peu partout sur le territoire français. Ce réseau de distribution est important, mais tout de même en baisse depuis plusieurs années — il existait il y a quelques années 30 000 points de vente.

« On n’est absolument pas à l’abri des tendances mondiales de baisse du papier, souligne Olivier Royant. On a observé une baisse de fréquentation des points de vente et cette baisse du réseau. »

Photo: Paris Match

D’une part, certains échanges commerciaux avec des opérateurs téléphoniques — par qui on peut accéder à Paris Match et qui offrent une redevance à la publication — permettent une entrée d’argent intéressante, explique le directeur de la rédaction. De l’autre, les éditions dites « hors série » ont également la cote, et les éditions les plus populaires se vendent à environ 45 000 exemplaires — à 6,95 euros pièce.

« On en fait une dizaine par an, soit dans le domaine de l’histoire, de l’actualité, dans la thématique de la santé, ou sur des célébrités comme Alain Delon, Jean-Paul Belmondo… C’est un segment du papier qui est en croissance très forte, c’est paradoxal par rapport au reste. »

Pour Paris Match, il est important de défendre et d’encourager les ventes générales en kiosque, et on craint que les magazines soient uniquement distribués par courrier ou en version numérique. « Parce que quand quelqu’un y achète un magazine, c’est aussi une chance qu’il achète le vôtre », résume M. Royant.

«Match» et le balado

Le plus récent pari numérique de Paris Match est la création de formats audio, et en fin de compte de balados, confie le directeur de la rédaction du magazine, Olivier Royant. « Voilà un nouveau secteur qui ne doit pas laisser indifférentes les anciennes marques, explique-t-il. Oui c’est à la mode, mais ce qui est intéressant dans le podcast, c’est qu’il y a une très faible barrière à l’entrée. En plus, à Paris Match, on raconte déjà des histoires. Et je pense que la troisième chose importante, c’est que le podcast recrée avec l’auditeur ce lien intime qu’il a avec la publication quand il la touche, l’achète, l’amène chez lui. » M. Royant aimerait pouvoir développer ces formats dans un modèle payant, question de monétiser ces efforts numériques, un peu à l’instar du travail fait par le magazine sur Snapchat. « On va tester, on va voir où est le public, qui est assez jeune et un peu plus masculin que l’imprimé. On est en pleine exploration. »