L'historien de l'art François-Marc Gagnon est décédé

En 2010, Francois-Marc Gagnon recevait le prix Gérard-Morisset des mains de la ministre de la Culture et des Communications de l'époque, Christine St-Pierre.<br />
 
Photo: Mathieu Belanger Le Devoir En 2010, Francois-Marc Gagnon recevait le prix Gérard-Morisset des mains de la ministre de la Culture et des Communications de l'époque, Christine St-Pierre.
 

Quiconque l’a entendu en salle de cours, au musée ou même au petit écran de la Télé-Université, se souvient de sa voix enjouée et de sa manière de raconter l’histoire de l’art, en empruntant accents et sautes d’humeur aux personnages qu’il citait. Mais voilà, ça devait arriver : François-Marc Gagnon s’est tu, définitivement. Il est mort jeudi, l’année de son 84e anniversaire.

Retraité depuis un certain temps, il était encore un conférencier recherché, pour parler de Borduas, de Riopelle, de Molinari. Cet orateur passionnant a fait la grande partie de sa carrière à l’Université de Montréal, avant de rebondir, après l’an 2000, à l’Université Concordia dans son Institut en art canadien.

C’est par ses écrits que François-Marc Gagnon fait partie des grands historiens de l’art québécois. À commencer par sa quête autour de l’oeuvre de Borduas, le père de l’automatisme. La brique Paul-Émile Borduas (1905-1960) : Biographie critique et analyse de l’oeuvre (Fides, 1978) lui vaut le Prix du Gouverneur général, catégorie Essais, la même année que Jacques Poulin l’obtient pour le roman Les grandes marées.

Né en 1935, d’un père historien de l’art (Maurice Gagnon), François-Marc Gagnon disait être tombé « dans la potion magique ». Son père aura été le premier à écrire un texte critique sur Borduas, dont il était l’ami et le collègue, comme professeur à l’École du meuble.

François-Marc Gagnon n’était pas destiné à suivre ses traces. C’est en homme d’Église, comme dominicain, qu’il commence sa vie adulte, qu’il obtient sa licence en philosophie, qu’il donne ses premiers cours, à l’École des beaux-arts. Il finit par défroquer, dans les années 1960, et par épouser une de ses étudiantes, de confession juive, la future artiste Pnina Gagnon.

Quand l’Université de Montréal l’engage, c’est pour combler un vide. Le directeur du naissant Département d’histoire de l’art, un Français, l’apostrophe : « Vous êtes Canadien, vous ferez de l’art canadien. C’est un peu comme l’art de la Normandie, vous en ferez vite le tour. » L’anecdote, François-Marc Gagnon la racontait en riant, car il n’aura jamais cessé de tourner autour du sujet.

Chercheur insatiable et rigoureux, pour qui chaque fait devait être prouvé, François-Marc Gagnon sera le spécialiste de Borduas, mais aussi de tous ceux qui ont gravité autour du peintre et penseur (Riopelle, Mousseau, Ferron…). Sa Chronique du mouvement automatiste québécois, 1941-1954 (Lanctôt, 1998) en est la quintessence.

Ce n’est pas seulement de modernité que le professeur Gagnon s’est occupé. Dans son portfolio : l’art en Nouvelle-France, qu’il scrute par de savoureuses observations sur l’iconographie du castor ou par des études sur les relations des missionnaires avec les Autochtones. La conversion par l’image (Bellarmin, 1975) ou Hommes effarables et bestes sauvaiges (avec Denise Petel, Boréal, 1986) sont parmi ses ouvrages clés.

Un de ses travaux récents aura pris des airs d’enquête autour du missionnaire jésuite Louis Nicolas et de son manuscrit illustré Codex Canadensis, une bible d’histoire naturelle et d’ethnographie tirée de la Nouvelle-France. Parmi ses derniers projets figurait d’ailleurs un exhaustif bestiaire de la même époque.

Sa voix s’est éteinte, ses écrits restent. Son legs, immense, est marqué par le désir du partage, en anglais ou en français. Lors d’un entretien en 2008, il nous disait que ce qui l’a vraiment stimulé, c’est l’enseignement, qu’il abordait comme un spectacle.