La lente maturation de Gloria Steinem

Gloria Steinem lors d'un discours durant la marche des femmes à Washington le 21 janvier 2017
Photo: Jose Luis Magana Associated Press Gloria Steinem lors d'un discours durant la marche des femmes à Washington le 21 janvier 2017

« Si c’était à refaire, je perdrais moins de temps à hésiter » : l’icône du féminisme Gloria Steinem avoue avoir trop longtemps manqué de confiance… quitte à écorner son image de femme indépendante, militante au poing levé.

« Souvent, je savais ce que je voulais, mais je m’inquiétais de ce qu’on penserait », explique à l’AFP ce symbole du mouvement de libération féminine aux États-Unis, de passage à Paris pour la promotion de son autobiographie Ma vie sur la route, dont la traduction française est parue ce mois-ci.

L’évocation d’une vie passée à sillonner les États-Unis, d’universités en centres de conférence, pour soutenir les causes qui lui tiennent à coeur : les droits des femmes, la défense de l’avortement et l’égalité raciale. Pourtant, comme elle le raconte, Gloria Steinem n’était pas douée au départ pour la prise de parole et craignait de s’exprimer en public. Une peur qui, une fois surmontée, lui a permis de devenir une des voix les plus célèbres du féminisme, courtisée aujourd’hui par une génération plus jeune qui la cite abondamment, comme les actrices Emma Watson (Harry Potter) et Lena Dunham (Girls) ou l’humoriste Amy Schumer.

En tant que femme, « il faut simplement être soi-même, bon sang ! » lance-t-elle. « Pas pour faire scandale ou casser les stéréotypes, mais pour faire de son mieux, pour être authentique, pour mettre à profit ses compétences et refuser d’être ramenée en arrière. »

Souvent, je savais ce que je voulais, mais je m’inquiétais de ce qu’on penserait

L’octogénaire glamour a toujours refusé d’être enfermée dans une case : à la fois journaliste, militante et conférencière, elle s’est ainsi mariée pour la première fois à 66 ans. « Le féminisme, c’est la capacité de choisir ce qui vous convient à chaque période de votre vie. »

Sa vision du militantisme : écouter et rassembler les causes et les gens. « Nous sommes des animaux vivant en communauté, on ne peut rien faire tout seul », insiste celle qui a sondé, sur leurs conditions de vie, les chauffeurs de taxi comme les représentants de la communauté amérindienne ou les hôtesses de l’air.

Jeune journaliste, elle s’est fait connaître grâce à son article « I Was a Playboy Bunny », en 1963. Elle y racontait son expérience de serveuse, en bustier et oreilles de lapin, au club Playboy de Hugh Hefner. Avec déjà un humour acide et une volonté de dénoncer un système faisant de la femme un objet.

Une première expérience marquante, même si le déclic féministe survient plus tard, selon elle, quand, à la fin des années 1960, des collègues masculins lui recommandent de prendre ses distances avec des femmes parlant de leur avortement lors d’une audition publique. « Ne te mélange pas à ces folles, tu as travaillé trop dur pour être prise au sérieux », lui a-t-on dit.

Une recommandation qui va produire l’inverse de l’effet attendu. Dans les années 1970, Gloria Steinem va organiser la première conférence nationale des femmes, à Houston, et fonder son propre magazine, Ms., contraction de Miss (mademoiselle) et de Mrs (madame).

Son livre est dédié au médecin londonien qui la fit avorter — illégalement — en 1957, et lui demanda deux choses. « Vous devez me promettre […] d’abord que vous ne révélerez mon nom à personne. Ensuite, que vous ferez ce que vous voulez de votre vie. »