Un marché de l’art florissant en 2018

États-Unis, Chine et Royaume-Uni concentrent 85% du chiffre d’affaires mondial pour 44% des transactions. Mais une diversification se poursuit avec plus de 40 nationalités différentes dans le top 500 des artistes.
Photo: Don Emmert Agence France-Presse États-Unis, Chine et Royaume-Uni concentrent 85% du chiffre d’affaires mondial pour 44% des transactions. Mais une diversification se poursuit avec plus de 40 nationalités différentes dans le top 500 des artistes.

Le marché de l’art a crû en 2018 au niveau mondial (+4 %), pour la troisième année de suite, atteignant un record absolu depuis 1945 avec 539 000 lots vendus, malgré un ralentissement au second semestre, a annoncé lundi Artprice, leader des banques de données sur la cotation et les indices de l’art.

Cette étude annuelle, communiquée en exclusivité à l’AFP, est réalisée sur les ventes aux enchères publiques (frais acheteurs compris) enregistrées par Artprice et son partenaire chinois Artron. Elles incluent les peintures, sculptures, dessins, photographies, estampes, vidéos, installations, tapisseries, à l’exclusion des antiquités, des biens culturels anonymes et du mobilier.

Le produit global des ventes a atteint en 2018 15,5 milliards de dollars (+4 %). La croissance repose sur le marché occidental (+12 %) porté lui-même par les États-Unis (+18 %).

Le Brexit ne paraît pas avoir d’impact au Royaume-Uni (+12 %). L’Italie (+17 %) et le Japon (+31 %) s’en tirent bien, tandis que la France (-10 %) « a indéniablement manqué de belles pièces », selon Artprice.

Le marché chinois (-12 %) autour de ses quatre pôles — Pékin, Hong-Kong, Shanghai et Canton — poursuit sa restructuration, les maisons de ventes s’attachant à réduire leur taux d’invendus, qui a été encore de 54 %.

Selon Artprice, si « les acheteurs en Occident se sont montrés extrêmement confiants au premier semestre, ils étaient beaucoup plus exigeants dès les premières ventes d’automne ».

Globalement, indique Artprice, le marché affiche un taux d’invendus de 30 % à 35 %, « le juste chiffre », selon Thierry Ehrmann, fondateur d’Artprice, mais le second semestre a été marqué par un taux d’invendus inhabituellement élevé sur le marché haut de gamme.

« Le ralentissement sur le second semestre (-7,4 % à l’Ouest et -15,6 % en Chine) est contrebalancé par de nouveaux sommets, hautement symboliques, qui prouvent que les acheteurs n’ont en aucun cas perdu confiance, mais se concentrent sur les plus belles pièces », selon le rapport.

David Hockney est ainsi devenu l’artiste vivant le plus cher du monde chez Christie’s, avec Portrait of an Artist (Pool with Two Figures), vendue 90,3 millions de dollars.

Art contemporain et post-war — 38 % du marché à eux deux — restent la locomotive du marché de l’art.

La peinture en tête

États-Unis, Chine et Royaume-Uni concentrent 85 % du chiffre d’affaires mondial pour 44 % des transactions. Mais une diversification se poursuit avec plus de 40 nationalités différentes dans le top 500 des artistes.

New York reste la première place mondiale, avec les neuf plus belles enchères de l’année.

Mais à long terme, observe le fondateur d’Artprice, « la Grande Asie, qui concentre déjà plus d’un tiers de la valeur mondiale du marché de l’art, pourrait le dominer d’ici cinq à dix ans ».

Globalement, les musées, fondations privées, etc., prospèrent, grâce à une véritable économie de l’entertainment : produits dérivés, visites virtuelles, etc. L’industrie muséale (publique et privée) a acquis 72 % des oeuvres mises en vente aux enchères et réalisé huit des dix meilleures adjudications de l’année, selon Artprice. Les 100 premiers musées ont multiplié par 1200 % leurs entrées depuis 2002.

90,3 millions
de dollars, c’est le prix payé pour l’acquisition de l’œuvre «Portrait of an Artist ( Pool with Two Figures)» de David Hockney. Celui-ci est ainsi devenu l’artiste vivant le plus cher au monde.

L’appétit pour l’art est manifeste sur le marché occidental. « Cette manne artistique n’est pas réservée à l’élite financière, et les oeuvres vendues pour plus de 50 000 $» ne concernent que 4 % du volume global.

La répartition des ventes en Occident par catégorie fait caracoler la peinture en tête (40 %), suivie de l’estampe (22 %), du dessin (21 %), de la sculpture (8 %) et de la photo (4 %), deux parents pauvres, selon le rapport.

Pablo Picasso a enregistré une performance 2018 exceptionnelle : 3390 lots vendus pour 744,4 millions de dollars. Les prix ont flambé également pour Malevitch et Soulages. À noter aussi le succès d’artistes afro-américains comme le peintre Kerry James Marshall.

Mais Artprice rappelle aussi cet événement de 2018 : en octobre, Christie’s vendait à New York la première oeuvre intégralement conçue par un programme d’intelligence artificielle (IA). Edmond de Belamy a atteint 432 500 $, près de 45 fois son estimation haute. Elle est la première oeuvre du collectif Obvious, composé de trois jeunes Français, un ingénieur, un entrepreneur et un artiste.