Les flâneurs


Odile Tremblay

La transe de Gaspar Noé
Climax, film de pulsation pure, miroir d’une France en implosion, ne plaira pas à ceux qui refusent de perdre pied. Mais Gaspar Noé, avec ce huis clos de fin du monde montrant de jeunes danseurs en répétition, drogués malgré eux, bientôt hallucinés, sur des jeux de caméra organiques collés aux corps des interprètes, présente ici une œuvre puissante, orgiaque et déjantée, brouillonne, musicale, en transe violente et aux accents gore et jodorowskyens. Le cinéaste d’Irréversible et de Love, qui n’a jamais fait dans la dentelle, propose un voyage psychédélique sur la vacuité contemporaine, hors des moules de toute bienséance, dans ce cri d’horreur qui résonne dans la nuit.


Louise-Maude Rioux Soucy

Le début d’un monde
Il aura suffi d’une seule écoute, un peu distraite, pour que Lou-Adriane Cassidy fasse son nid dans le cœur gelé de notre hiver. Depuis, son album aux mélodies toniques et aux textes lumineux percés de grandes noirceurs roule en boucle à la maison. C’est la fin du monde à tous les jours (Grosse Boîte) a du coffre, du souffle, n’ayant peur du rien ni du plein, un peu à la manière d’un certain Louis-Jean Cormier, dont elle reconnaît elle-même l’influence cosmique. On n’avait pas besoin des deux prix de la Bourse Rideau remis à la créatrice le mois dernier pour reconnaître dans cet album un premier opus qui réchauffe et laisse des traces.


Catherine Lalonde

Le chant du cygne de Vieux-Chauvet
Passé le travail éditorial un peu bâclé (Zellige), on retrouve dans Les rapaces la force de frappe, de colère et d’indignation politique et sociale de la formidable auteure haïtienne Marie Vieux- Chauvet. Ce texte, son chant du cygne, terminé en 1971 alors qu’elle est exilée à New York pour éviter la colère de «Papa Doc», complète bien, de manière plus modeste mais infiniment valable, son chef-d’œuvre Amour, colère et folie (Zulma). Le chat y mange le rat, les pauvres mangent le chat, et la police mange son prochain, dans cette ronde encore tristement contemporaine.


Valérie Duhaime

La veuve blonde
Parfois, quand on se dit que quelque chose est trop beau pour être vrai, il peut être de bon aloi d’écouter son instinct. C’est un peu la morale du balado The Dropout, produit par ABC. En six épisodes, la journaliste Rebecca Jarvis retrace l’irrésistible émergence d’Elizabeth Holmes, derrière la compagnie Theranos, qui devait permettre à tous de faire des analyses sanguines à partir d’une simple goutte de sang. Sauf que, malgré les millions investis, les unes de magazines et les grands espoirs, la technologie n’a jamais vraiment existé...