Les architectes du MACM revoient leurs plans pour récupérer 8 millions

Le calendrier des étapes demeure pour le moment nébuleux, l’architecte Gilles Saucier admettant même ne pas «avoir reçu des délais précis» pour livrer ses plans.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le calendrier des étapes demeure pour le moment nébuleux, l’architecte Gilles Saucier admettant même ne pas «avoir reçu des délais précis» pour livrer ses plans.

Le report du chantier du Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) n’était pas seulement une question de logistique, mais de finances, a appris Le Devoir.

Huit millions de dollars : c’est le montant en trop par rapport au budget initial de cinquante millions de dollars. C’est ce qui oblige les architectes à revoir les plans, afin d’« occasionner des économies ». Mais le projet dévoilé en avril 2018 resterait le même.

Révélé en décembre par la Société québécoise des infrastructures (SQI), ce dépassement a été jugé inacceptable par tous les partenaires, au premier chef le musée d’État, ainsi que le gouvernement caquiste.

« On fait un exercice de réingénierie du concept pour n’intervenir qu’au niveau de la structure, assure Alexandre Taillefer, président du conseil d’administration du MAC. On aura un musée très semblable à celui présenté, dit-il. L’extérieur n’est pas modifié. »

Autre conséquence du report, la dernière programmation dans l’actuel MAC s’étalera sur un an, de juin 2019 jusqu’à la fin de l’été 2020. Les expositions ne seront cependant pas dévoilées avant avril.

Questionné sur ce pas en arrière, Alexandre Taillefer soutient que le dépassement budgétaire n’est pas lié à la proposition de Saucier + Perrotte, la firme lauréate du concours. « Les 8 millions contiennent des coûts afférents réels, comme les coûts de financement, mais aussi des coûts estimés, puisqu’aucun appel d’offres n’a encore été lancé. Les 8 millions incluent des sommes importantes que nous sommes en train de circonscrire. »

« On ne nous demande pas de couper 8 millions. Ce que nous devons faire, c’est occasionner des économies. Ça se chiffre, on le chiffre bientôt », commente pour sa part l’architecte Gilles Saucier.

Le budget est divisé presque à parts égales entre les coûts de financement et les coûts de construction. Ces derniers, liés au projet architectural, incluent les plans et devis, les honoraires et les dépenses concernant le chantier. Évalués d’abord à 22 millions de dollars, ils atteignent aujourd’hui 24 millions de dollars, soit un dépassement minime, selon Alexandre Taillefer.

Les coûts de financement, ou de « mise en oeuvre », incluent les taxes ou les frais relatifs à la gestion du projet, par exemple, mais aussi, dans le cas du musée du centre-ville, des dépenses reliées à l’entreposage des oeuvres, au déménagement et au « MAC temporaire » — le plan d’exposer ailleurs pendant le chantier.

Sauver le béton

Gilles Saucier avoue n’avoir aucun contrôle sur les coûts dits de financement. Mais il reconnaît que repenser le projet aura un impact sur l’ensemble du budget, dont les postes « qui sont en dehors de l’architecture ».

Comment construire autrement ? C’est la question qui s’est imposée à l’architecte lorsque le dépassement budgétaire lui a été révélé. Gilles Saucier soutient avoir passé les Fêtes à mijoter sa solution. Et être parvenu au même projet, amélioré. « C’est comme donner plus de temps à un réalisateur pour refaire le montage d’un film », dit-il.

La principale modification, plus cohérente, estime-t-il, avec le développement durable, concerne la structure actuelle en béton. Plutôt que de démolir murs, colonnes et toits, l’architecte les conserve pour « mieux mettre en valeur le lieu ».

« On allait démolir la totalité de la structure. On ne la démolit plus. On sauve dans le béton, dans l’infrastructure, sur la démolition. Ce sont des économies directes », fait-il noter.

Aussi, ajoute-t-il, ce choix de préserver le béton a un impact sur le chantier. « La manière dont on fait le projet raccourcit le temps de construction. Si on réduit de six mois le temps de construction, ce sont six mois de grues [en moins], de structures, de conteneurs », commente le lauréat, avec son partenaire André Perrotte, de la médaille d’or 2018 de l’Institut royal d’architecture du Canada.

On ne la démolit plus. On sauve dans le béton, dans l’infrastructure, sur la démolition. Ce sont des économies directes.

 

Échéancier indéterminé

Le chantier ne commencera qu’après l’été 2020, mais Alexandre Taillefer promet que le MAC renouvelé ouvrira en septembre 2022. Le calendrier des étapes demeure pour le moment nébuleux, Gilles Saucier admettant même ne pas « avoir reçu des délais précis » pour livrer ses plans.

À la SQI, on confirme que tous les efforts visent actuellement « à optimiser la réalisation du projet, tant sur le plan conceptuel que sur le plan des conditions de mise en oeuvre du chantier, afin de respecter le budget autorisé ». « L’échéancier, selon Martin Roy, de la Direction des communications, sera ajusté au terme de cet exercice. »

Le cabinet de la ministre de la Culture, Nathalie Roy, a pris acte du dépassement de coûts « considérable », mais ne remet pas en question le projet. « Bien qu’elle ait des répercussions sur le début des travaux et les délais, la décision de la part du MAC de suspendre la mise en oeuvre du projet de transformation constitue un geste responsable et démontre le souci d’une gestion rigoureuse des fonds publics. C’était la meilleure décision à prendre », dit Brigitte Roussy, l’attachée politique de la ministre Roy.

Alexandre Taillefer assure que le changement de gouvernement n’y est pour rien dans la mise en arrêt du projet de construction. Ses occupations pendant les dernières élections — il a dirigé la campagne du Parti libéral — ne nuisent pas à ses relations avec le gouvernement. C’est lui qui a décidé de stopper le processus, après avoir vu les chiffres. Il est convaincu que le projet de 2018 sera bel et bien réalisé.

« Il se peut que la configuration des salles d’exposition [change], concède-t-il. Ce qui est important, c’est de maintenir nos objectifs, soit doubler les espaces d’exposition, augmenter ceux de l’éducation de 50 % et améliorer l’accès. »

1 commentaire
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 22 février 2019 07 h 50

    Remplacer le béton par du bois

    Une fois complétée en mars 2019, la tour Mjøsa sera le plus haut édifice en bois au monde. Sa construction aura duré moins d’un an, soit plus de la moitié du temps que cela aurait pris s’il avait été fait de béton armé. Or le temps, c’est de l’argent.

    Dessinée par Voll Arkitekter, l’édifice norvégien de 85,4 mètres — soit presque la moitié de la Place Ville-Marie — comprendra des appartements, un hôtel, des locaux commerciaux, un restaurant et une piscine.

    Si on veut protéger l’environnement, cela nécessite des changements de mentalité.

    Il nous faudra considérer que des calèches dans le Vieux-Montréal, c’est parfaitement écologique et qu’abandonner le béton pour tout ce qui est moins de 85 mètres de hauteur, c’est des tonnes de CO2 séquestrées.

    Au lieu d’exporter notre bois d’œuvre et de lutter contre les mesures protectionnistes américaines, utilisons notre bois nous-mêmes et exportons des maisons préfabriquées aux Américains plutôt que des planches de bois.