Les flâneurs


Odile Tremblay

Poésie insolite des cabinets de curiosité
L’aventure des cabinets de curiosité, qui épataient les visiteurs des collectionneurs aristocratiques européens entre le XVIe et le XIXe siècle, se voit transplantée au musée Pointe-à-Callière sous le titre Dans la chambre des merveilles. Surtout tiré du Musée des Confluences à Lyon, avec des prêts québécois et canadiens, les crânes, squelettes, oiseaux exotiques empaillés, coquillages, carapaces de tatou y côtoient de vrais trésors : armures japonaises, talismans de Madagascar et parures de plumes d’aras des autochtones de l’Amazonie. Au temps où des pans entiers du monde demeuraient mal connus et où les limites de la science laissaient planer les mystères et une aura de magie sur bien des artefacts, des plantes et des animaux, ces cabinets étaient et demeurent dans leur féerie une porte ouverte sur le rêve.


Manon Dumais

Du livre à l’écran
Alliant savamment la peinture sociale, le drame familial et les codes du cinéma d’épouvante, le plus récent film de Denis Côté est certainement à inscrire dans le « Répertoire des grands films québécois ». Afin de prolonger le plaisir que procure cette hypnotique œuvre, où le cinéaste propose une réflexion sur l’identité, l’altérité et le repli sur soi, pourquoi ne pas plonger, si cela n’a déjà été fait, là où elle puise sa source, c’est-à-dire en savourant le roman de Laurence Olivier, Répertoire des villes disparues, paru en 2015 aux Herbes rouges.


Catherine Lalonde

Coup de crayon de Pascal Lemaître
L’auteur-dessinateur belge Pascal Lemaître propose aux Éditions de l’Aube une collection de petits livres où il répond, par le tracé en noir et blanc de ses crayons, à des textes essayistiques. Son dernier opus, Entre vos mains, revisite le discours de réception de Toni Morrison pour son prix Nobel (1993). Quelques pages courtes mais lumineuses sur l’importance du langage. « Inventez une histoire. Le récit est essentiel, car il nous crée en même temps qu’il se crée », écrit la grande romancière américaine, et « nous créons la langue. Et c’est peut-être la mesure de nos vies ». Lemaître traduit ensuite le texte, par sa calligraphie et son média, en une soixantaine d’illustrations. La forme est inusitée et sensible, et le voyage touchant.


Geneviève Tremblay

«Roma» ou l’esthétique de l’universel
Après avoir vu Roma, impossible de ne pas retourner à deux autres œuvres elles aussi en noir et blanc, elles aussi consacrées à une observation large et pourtant si fine de la condition humaine : Embrace of the Serpent (2015), film à la charge mystique qui montrait le choc des civilisations en Amazonie, et le travail du photojournaliste Sebastião Salgado, qui passa 40 ans à documenter la vie de gens multiples, leur identité, leur terre dans la moitié des pays du monde. Roma apparaît ainsi un rappel : que l’absence de couleurs crée une distance telle avec le sujet qu’il en devient non seulement magnifié, mais paradoxalement universel.