Forum RIDEAU: des messages pour favoriser un public silencieux?

Jean-Sébastien Martin (au centre) et Jason Bajada ont convenu que les salles n’auraient d’autres choix que de demander explicitement aux spectateurs de garder le silence pendant la représentation.
Photo: Nicola-Frank Vachon Jean-Sébastien Martin (au centre) et Jason Bajada ont convenu que les salles n’auraient d’autres choix que de demander explicitement aux spectateurs de garder le silence pendant la représentation.

Comme au cinéma on demande au public de fermer son téléphone, les salles de spectacles devraient-elles diffuser des messages pour contrer le phénomène des spectateurs dits « toxiques » qui ne cessent de parler pendant un concert ? C’est du moins ce qu’un musicien et le patron d’une salle ont proposé lundi lors du Forum de l’événement RIDEAU, qui rassemble à Québec le milieu du spectacle d’ici.

Si le problème n’est pas récent, il semble qu’il persiste dans les salles de spectacles, si l’on se fie au directeur général et artistique du Centre culturel de Joliette, Jean-Sébastien Martin, qui a aussi cofondé le café culturel de La Chasse-Galerie de Lavaltrie.

Lors de l’atelier intitulé « Excusez-moi, est-ce que le spectacle dérange votre conversation ? », M. Martin était accompagné de l’auteur-compositeur-interprète Jason Bajada, qui a récemment signé un billet sur le site d’Urbania pour dénoncer les loquaces. Ces derniers, a-t-il raconté lundi, sont du genre à « jaser sans arrêt et, quand la toune finit, ils tiennent leur verre de bière avec leurs dents pour applaudir. Et c’est le seul moment où ils ne parlent pas ! ».

Les deux panélistes ont convenu que les salles n’auraient d’autres choix que de demander explicitement aux spectateurs de garder le silence pendant la représentation. « Finalement, on est à la maternelle, s’est désolé Jason Bajada. On a besoin de se faire dire qu’il faut porter un chandail au Subway et de fermer son téléphone au cinéma. »

Combinaison gagnante

Selon Jean-Sébastien Martin, une annonce personnalisée, dite par quelqu’un qui monte sur scène avant le concert, peut être une approche très efficace. « C’est plus engageant, croit-il. C’est une petite manipulation très honnête ! À Lavaltrie, je disais souvent à la foule qu’on était chanceux d’avoir des artistes incroyables avec nous, que notre public était reconnu à travers la province, en lui demandant s’il allait être à la hauteur de cette réputation ? Tu leur mets un objectif à atteindre. »

M. Martin estime aussi qu’il serait pertinent de faire une publicité « percutante, comme on fait pour l’usage du cellulaire au volant, mais avec une touche humoristique ». L’ensemble des diffuseurs pourrait y avoir accès, et l’inclure dans la présentation vidéo qui précède souvent un spectacle pour annoncer les commanditaires. « Et en plus ça légitimise ton équipe de placiers lorsqu’elle intervient, parce que ç’a été mentionné clairement. »

L’idée de la capsule enregistrée à nature comique plaît à Jason Bajada, qui y voit même un potentiel intéressant de création pour les humoristes québécois. « T’engages Guillaume Wagner, Adib Alkhalidey ou Katherine Levac pour faire les messages. D’un côté, ça les fait connaître et, en échange, c’est un moyen doux et humoristique de dire “fermez vos boîtes”. »

Mais le milieu culturel n’est pas tout blanc dans cette réflexion. Il arrive souvent de voir des professionnels de la musique et des journalistes placoter dans les salles, souligne Jean-Sébastien Martin, reconnaissant avoir lui-même péché. « La combinaison gagnante, c’est l’intervention de tout le monde, conclut-il. Les spectateurs font les gros yeux, ensuite l’artiste peut le mentionner sur scène et le diffuseur se doit aussi de faire sa partie […] Les efforts combinés peuvent vraiment porter leurs fruits. »

Des freins pour les Autochtones

Le Forum de l’événement RIDEAU, par l’entremise de l’atelier « Scène artistique autochtone », a aussi permis de creuser les raisons qui font que, s’il y a une « résurgence autochtone » dans le monde du spectacle, ces créations de plus en plus nombreuses peinent encore à circuler.

Du point de vue de la communication, « les festivals autochtones n’auraient pas survécu sans les réseaux sociaux, on se heurte à un mur de silence dans les grands médias », estime André Dudemaine, de Terres en vues et de Présence autochtone. Plusieurs médias préfèrent ne pas en parler « plutôt que d’avouer qu’ils sont inconstants en la matière », ajoute-t-il.

Les spectacles autochtones ont aussi du mal à intégrer le cercle des diffuseurs, analyse Dave Jenniss, des Productions Ondinnok. Participer à des événements comme RIDEAU, où les salles vont en quelque sorte magasiner leur programmation culturelle, représente de grands coûts, dit M. Jenniss. « Mais c’était nécessaire qu’on le fasse; si on ne vient pas, personne ne sait ce qu’on fait comme travail. Mais les coûts, ça nous freine, ou ç’a freiné les gens avant nous. »

Il faut en quelque sorte de vraies rencontres et de vraies interactions avec les créateurs autochtones, estiment l’artiste Émilie Monnet et le codirecteur artistique des Productions Menuentakuan, Xavier Huard. « On veut avoir des liens où on sent que c’est un intérêt pour notre démarche en tant qu’artistes, plutôt que de juste vouloir intégrer des autochtones dans un projet », note Mme Monnet.

Synapse C est créé

L’organisme Synapse C, qui va s’affairer à recueillir et à décrypter les métadonnées du milieu culturel québécois, a officiellement vu le jour, lundi. Dirigé par Éric Lefebvre, du Partenariat du Quartier des spectacles, Synapse C veut ainsi mutualiser les informations que chaque joueur possède pour mieux cerner, par exemple, les habitudes des publics et ainsi mieux desservir les entreprises culturelles. Éric Caire, le ministre délégué à la transformation numérique gouvernementale, était présent pour l’occasion. Synapse C a reçu 600 000 $ du ministère de l’Économie, 450 000 $ issus du Plan numérique du Québec et 1,15 million de Patrimoine canadien.