Ottawa dénonce à son tour l’usage d’images de Lac-Mégantic par Netflix

Netflix avait réagi dans les jours suivants en s’excusant d’avoir employé les images… mais en laissant la situation en l’état.
Photo: Paul Sakuma Associated Press Netflix avait réagi dans les jours suivants en s’excusant d’avoir employé les images… mais en laissant la situation en l’état.

Après Québec, au tour d’Ottawa de dénoncer l’utilisation par Netflix d’images de la tragédie de Lac-Mégantic dans des oeuvres de fiction. La Chambre des communes a adopté mardi une motion demandant des actions concrètes au géant américain.

La motion — qui a valeur symbolique — exige que Netflix « retire de son catalogue de fiction toute image de la tragédie de Lac-Mégantic ». Elle demande aussi que la compagnie « dédommage financièrement la communauté de Lac-Mégantic pour avoir utilisé ces images à des fins de divertissement, sans égard pour le traumatisme vécu » par tous ceux touchés par l’accident de 2013.

C’est le député néodémocrate Pierre Nantel qui a présenté le texte, adopté par consentement unanime mardi. Un premier essai avait tourné court la veille, un élu s’étant opposé à l’approbation de la motion — il semble que c’était une erreur.

Quoi qu’il en soit, la motion fédérale s’ajoute aux vives protestations de la ministre québécoise de la Culture, Nathalie Roy. Cette dernière a envoyé il y a une dizaine de jours une lettre courroucée au p.-d.g. de Netflix, Reed Hastings, où elle l’exhortait à corriger une situation jugée « simplement inadmissible ».

C’est que des images de la gigantesque explosion qui a fait 47 morts il y a cinq ans se sont retrouvées dans deux productions récentes du catalogue Netflix : le film Bird Box et la série Travelers. Les producteurs de cette dernière ont indiqué qu’ils ignoraient la provenance des images et ils ont promis de les remplacer rapidement. Dans le cas de Bird Box, aucun changement ne sera apporté.

« Ces archives ne devraient jamais être destinées à une utilisation autre que pour des fins d’information ou de documentaire, écrivait Mme Roy dans sa lettre. On ne peut que déplorer un tel manque de compassion, d’empathie et de solidarité envers toutes les personnes touchées par cet horrible drame. »

Pas de changement

Netflix avait réagi dans les jours suivants en s’excusant d’avoir employé les images… mais en laissant la situation en l’état.

« L’utilisation d’images d’archives constitue une pratique courante et répandue dans l’industrie du cinéma et de la télévision », disait-on. Ainsi, « l’étendue de cette utilisation ne nous permet pas d’apporter les changements que vous nous demandez [retirer les images de toutes les productions] à des contenus existants. »

La compagnie ajoutait qu’elle avait « entamé des discussions au sein de l’entreprise portant sur les meilleures pratiques à mettre en oeuvre afin d’éviter que ces images ou d’autres de même nature soient utilisées à nouveau ». La ministre avait salué le fait que Netflix « reconnaisse ses erreurs », mais avait déploré qu’elle « maintienne sa décision de ne pas retirer les images ».

Netflix n’a pas répondu à nos questions mardi.

Plus largement, l’adoption de la motion survient dans un contexte de relations ambivalentes entre le gouvernement fédéral et Netflix. L’entreprise a signé en 2017 une entente avec Ottawa garantissant un investissement de 500 millions sur cinq ans dans des productions au Canada.

Souvent critiqué pour son refus de soumettre les plateformes étrangères à la perception de la TPS sur leurs produits, Ottawa révise actuellement plusieurs lois qui pourraient toucher les activités de Netflix et consoeurs. L’ancienne ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, a soutenu en mars dernier que les géants de ce type devront à moyen terme « respecter nos politiques culturelles, et aussi mieux répartir les bénéfices liés à leur modèle d’affaires ».