Une résidence d’artiste sur l’intelligence artificielle attire peu de candidatures

David Usher, artiste multidisciplinaire, porte-parole de la résidence
Photo: Francis Vachon Le Devoir David Usher, artiste multidisciplinaire, porte-parole de la résidence

De gros joueurs du milieu de l’intelligence artificielle et des institutions culturelles québécoises offrent une résidence en art visant la création d’une oeuvre intégrant l’intelligence artificielle, mais les artistes ont été peu nombreux à se manifester.

La résidence artistique en recherche / création et intelligence artificielle, d’une durée de six mois, est assortie d’un budget de 50 000 $ et de 200 heures d’accompagnement d’experts du domaine de l’IA. Elle est offerte conjointement par l’ONF, le Partenariat du Quartier des spectacles, Google AI, Element AI et le Conseil des arts de Montréal. Faute d’intérêt de la part de la communauté artistique, les partenaires ont convenu de prolonger la période de dépôt des projets. La nouvelle date a été fixée au 5 février.

Pour David Usher, artiste multidisciplinaire, co-porte-parole de la résidence et fondateur du groupe Reimagine AI, un studio créatif, les artistes ont peut-être encore du mal à réaliser comment intégrer l’intelligence artificielle dans leur processus créatif.

L’expression « intelligence artificielle » est d’ailleurs un terme très vaste, qui regroupe un spectre de fonctions, des traductions de discours en texte et de texte en discours à la reconnaissance faciale, en passant par la voix de synthèse et le reconditionnement du discours, par exemple.

Les artistes peuvent mettre un certain temps à maîtriser ces fonctions au début, reconnaît David Usher. Ils ont peut-être aussi une certaine difficulté à évaluer le potentiel de ces technologies.

«L’idée est de créer le prototype d’une oeuvre », d’une expérience ou d’une installation qui serait éventuellement réalisée avec d’autres budgets, dit-il.

La résidence vise à favoriser l’intégration de l’intelligence artificielle dans l’expression artistique en exploitant de façon originale les potentialités de la discipline, mais aussi à faire évoluer la recherche dans le domaine. De leur côté, les chercheurs et les développeurs bénéficieront d’une approche créative différente de celles auxquelles ils sont habitués.

«De leur côté, les chercheurs et les développeurs bénéficieront d’une approche créative différente de celle à laquelle ils sont habitués », lit-on dans la présentation de la résidence.

David Usher est un musicien, mais il est aussi un geek assumé. Il est le créateur de l’horloge climatique, réalisée à l’Université Concordia, qui détermine, chaque Jour de la Terre, combien de temps il nous reste pour contrôler le changement climatique.

Il travaille aussi avec Google Brain à un projet qui stimulerait l’écriture de paroles de chansons chez les musiciens.

Peu accessible

« Pour l’instant, l’intelligence artificielle est très efficace lorsqu’on lui demande de dire “oui” ou “non”», dit David Usher. L’idée est précisément de tenter de l’emmener ailleurs.

Reste que la technologie de l’intelligence artificielle demeure rare et peu accessible financièrement pour les artistes, d’où l’idée de cette résidence.

Pour la réalisatrice Sandra Rodriguez, docteure en technologies médiatiques et également porte-parole de la résidence, il est important que « les artistes et les citoyens ne soient pas laissés en marge des décisions qui influencent nos sociétés ».

« Si la tâche des scientifiques est d’interroger, celle des artistes est de déranger », dit-elle.

Sandra Rodriguez a notamment travaillé à la série Big Data : un monde d’algorithmes, qui explore la nouvelle économie du Web et la vie privée.