L’histoire de la médecine québécoise racontée au musée

Le musée de l’Université McGill, vieux de 200 ans, compte quelque 1800 objets, dont 250 à 300 sont exposés au public, mais aussi aux étudiants à des fins d’apprentissage.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le musée de l’Université McGill, vieux de 200 ans, compte quelque 1800 objets, dont 250 à 300 sont exposés au public, mais aussi aux étudiants à des fins d’apprentissage.

Un « hématome épidural aigu », un « tératome avec dents » (ou tumeur ovarienne) ou une « ectopie cardiaque »… Le tout est conservé dans une solution à base de formol et autres produits chimiques. À première vue, on croirait entrer dans le cabinet de curiosités d’un savant fou. Détrompez-vous ! Nous sommes au Musée médical Maude Abbott de l’Université McGill, consacré à l’histoire des maladies et de la médecine au Québec.

Ouvert au public depuis fin septembre, ce musée est vieux de 200 ans. Il compte parmi ses spécimens les plus anciens un coeur datant de 1822, appelé le coeur d’Holmes du nom d’un médecin fondateur de l’Université McGill. L’organe avait été prélevé lors d’une autopsie réalisée par le Dr Andrew Holmes au XIXe siècle sur un homme de 22 ans souffrant d’insuffisance cardiaque chronique.

De l’autre côté de la salle, un autre spécimen ancien : un squelette datant de 1826 donné par le Dr John Stephenson, nul autre que le premier professeur d’anatomie de la Faculté de médecine de McGill.

Le musée compte environ 1800 objets, dont 250-300 sont exposés au public et aux étudiants de l’université aux fins d’apprentissage. Parmi ceux-ci, on trouve donc des organes issus des départements d’anatomie et de pathologie, mais aussi des instruments médicaux, des plus anciens datant de l’ouverture de la Faculté de médecine en 1829 à ceux utilisés aujourd’hui.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le Dr Richard Fraser, pathologiste et directeur du musée médical

Le musée comprend également un mur des anomalies. Ces dernières sont utilisées comme études de cas lors des examens des étudiants en médecine. On trouve aussi quelques spécimens insolites, comme celui appelé « Aspiration d’une arachide », où l’on observe des poumons de bébé et une véritable arachide coincée dans la trachée. Ou encore une masse noire et poilue difficilement identifiable portant le titre scientifique de « Trichobézoard », qui correspond en fait à une boule de cheveux assez massive dans un estomac.

« Je peux vous raconter une histoire médicale pour chacun des spécimens que nous avons », indique le Dr Richard Fraser, pathologiste et directeur du musée, alors qu’il tente de me faire deviner les diagnostics derrière ces organes enfermés dans des tubes en verre.

Ces spécimens médicaux, essentiels à la formation de futurs médecins à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, étaient promis à un sombre destin : finir à la poubelle alors qu’ils s’accumulaient dans les archives de l’Université McGill.

À la fin du siècle dernier, alors que l’importance des musées décroît et que les organes sont petit à petit remplacés par des descriptions en 2D puis en 3D dans les cours de médecine, la petite collection de la faculté est presque oubliée. Jusqu’à ce que le Dr Fraser redécouvre ces pièces historiques qu’il compare affectueusement à ses enfants. « La collection est d’une grande qualité, la méthode de conservation utilisée tient d’un art extraordinaire », s’enthousiasme-t-il.

La collection est d’une grande qualité, la méthode de conservation utilisée tient d’un art extraordinaire

Convaincu de la richesse patrimoniale des pièces trouvées, il décide de leur redonner vie en les exposant.

« C’est important de connaître notre histoire, celle des médecins au Québec, et cela permet au public de mieux comprendre les maladies », explique-t-il. Hasard de la vie : l’Université McGill autorise le Dr Fraser à utiliser les locaux de l’ancien musée de médecine, abandonné, afin de le rénover.

Maude Abbott

Le nom du musée est évident pour celui qui deviendra donc son directeur : il portera le nom de Maude Abbott, une célèbre physicienne (les termes physicien/physicienne étaient d'usage en français à l'époque) de la fin du XIXe siècle. Elle est une des premières étudiantes de McGill. Elle y obtient un baccalauréat en arts, mais lorsqu’elle décide d’entrer en médecine, l’accès lui est refusé à cause de son sexe. Elle s’inscrit alors à l’Université Bishop’s, où elle obtient son diplôme en médecine.

Après quelques années et un détour par l’Europe, elle revient vers McGill avec une réputation qui n’est plus à faire. Spécialiste des maladies congénitales cardiovasculaires, elle devient en 1899 responsable du Musée de la médecine, où elle expose sa collection de coeurs humains. Une collection vedette présentée encore aujourd’hui qui fait pâlir d’envie les plus grands spécialistes de la question.

Une anecdote qui reflète bien les moeurs de l’époque : en tant que femme, Maude Abbott ne peut pratiquer d’autopsies. Elle se fait donc offrir les coeurs qu’elle étudie par ses collègues médecins. Lors du terrible incendie qui ravagea l’Université McGill en 1907, elle raconte dans son journal intime comment elle a tenté de sauver le plus possible de spécimens au milieu des cendres et des bouts de verre.

Sa collection côtoie celle d’un autre physicien mondialement connu : William Osler. Le musée expose 60 des organes qu’il a prélevés lors de ses autopsies à la fin du XIXe et au début du XXe siècle.

Si le Musée médical Maude Abbott propose de nombreuses pièces historiques, comme un pacemaker datant de 1965, le Dr Fraser souhaite qu’il reflète aussi l’évolution de la science, en mettant l’accent sur les technologies qui ont révolutionné le monde de la médecine. Un musée en construction à l’image de l’impermanence des sciences médicales.

Le musée est ouvert au public sur contribution volontaire le mercredi et le vendredi après-midi.

L’évolution des matériaux

Une exposition temporaire consacrée à l’évolution des matériaux utilisés par les anatomistes pour reconstituer ou mouler des organes est présentée au Maude Abbott Medical Museum. En métal, en cire, en plâtre, en plastique et même en papier mâché, on y découvre l’évolution des pièces en trois dimensions qui ont permis ou permettent encore aujourd’hui la formation des médecins. Sans oublier un casse-tête en papier mâché représentant un visage humain, que l’on doit au spécialiste en la matière, le Dr Louis Auzoux.