Rire, pendant qu’il est encore temps

Coco Belliveau participe au Dr. Mobilo Aquafest, dans le Mile End, du 4 au 11 mai.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Coco Belliveau participe au Dr. Mobilo Aquafest, dans le Mile End, du 4 au 11 mai.

À la lumière des pronostics de la science du climat, aucune activité n’avait semblé aussi vaine que de s’enfermer pendant 90 minutes dans une salle afin de rire des observations et des réflexions d’un homme ou d’une femme occupant la scène seuls avec leur micro et leur belle arrogance. Aucune activité n’avait, paradoxalement, jamais semblé aussi nécessaire, ne serait-ce que pour momentanément apaiser l’angoisse de ce film catastrophe que l’avenir nous réserve. Mais l’humour, en 2019, ne servirait pas qu’à nous détourner de l’essentiel. Au contraire.

Demain. C’est le titre du premier spectacle de Mehdi Bousaidan, qui dit vouloir nourrir l’espoir chez son public, tout en parlant de… terrorisme, de la guerre en Syrie ou de la passion pour les fusils de nos voisins du sud. Ô le grand écart, d’un degré de difficulté hyperélevé, à la mesure de l’ambition de celui qui n’offrira que du matériel original, et non pas cette courtepointe de meilleurs numéros composant habituellement le baptême scénique en solo d’un jeune humoriste. Première le 2 avril à la Cinquième Salle de la Place des Arts.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Mehdi Bousaidan présente son premier spectacle, «Demain».

Guillaume Wagner lançait en septembre son balado — Wagner — en recevant dans son appartement la chanteuse Marie-Élaine Thibert, celle-là même qu’il asticotait dans son premier spectacle en 2012. De quoi enterrer pour de bon sa réputation de cruel tourmenteur, derrière laquelle se cachait pendant tout ce temps la curiosité d’un gars authentiquement bienveillant. Du coeur au ventre, son troisième tour de piste, semble animé par le même désir de tendre la main plutôt que de lever le poing (quoique l’un n’exclut pas l’autre). Le 8 mai au théâtre Outremont.

Louis T poursuit quant à lui son travail de pédagogie citoyenne par le rire avec Vérités et conséquences, transposition à la scène de sa série de capsules du même nom dans laquelle le plus journaliste des humoristes éclaire une question d’actualité. En résidence de janvier à mars à la salle Claude-Léveillée de la Place des Arts.

L’avenir derrière, l’avenir devant

La meilleure façon d’envisager l’avenir, c’est aussi parfois de revenir à des valeurs sûres, notamment à l’intimité de petites salles. Alexandre Barrette révélera ainsi Semi-croquant en février et mars dans une série de lieux qu’investissent habituellement ses cadets, dont le Bordel Comédie Club, le Balcon et le Terminal.

L’avenir de Mike Ward appartient, lui, en partie à la Cour d’appel du Québec, qui entendra ce mois-ci la cause l’opposant à Jérémy Gabriel. Peu importe le verdict, l’humoriste continuera de trimballer Noir, son nouveau spectacle, un peu partout au Québec. Verdict de la critique le 28 mars, c’est-à-dire au lendemain de sa première du 27 au Club Soda.

Partisan enthousiaste de la relève, ce même Ward remettait en juillet dernier un prix Révélation Juste pour rire à Christine Morency, afin de pallier l’abandon par le festival du même nom de ce prix historiquement prisé des nouveaux venus. Sa lauréate, une des plus jubilatoires recrues du rire québécois, reprend son spectacle Morency ! (Christine. Pas François) au Lion d’or le 17 janvier.

L’avenir appartiendra aussi à de nouvelles voix comiques, dont celle de la chroniqueuse Catherine Éthier, qui migre du matinal micro d’Alain Gravel vers la marquise du théâtre Rialto, le 6 mai, à l’occasion du Dr. Mobilo Aquafest.

Le rendez-vous des amateurs d’humour libre, égayant le Mile End du 4 au 11 mai, innove à nouveau cette année avec un Grand Gala masculin — enfin ! — afin d’ausculter des thèmes chers au sexe fort, comme : les moustaches, se battre, la masturbation et la menace féministe (dixit le site Web de l’événement). Au programme : des numéros de certains de nos hommes humoristes préférés, dont Coco Belliveau, Virginie Fortin et Rosalie Vaillancourt. Parce que c’est bien connu : la femme est l’avenir de l’homme.