MAC: musée en rénovation, heures amputées

Le MAC verrouillera ses portes rue Sainte-Catherine le 21 janvier. 
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le MAC verrouillera ses portes rue Sainte-Catherine le 21 janvier. 

Les employés de soutien du Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) sont inquiets : ils ne savent pas combien d’heures de travail par semaine le musée leur garantira pour les quatre prochaines années.

Le MAC, on le sait depuis belle lurette, s’engagera dès 2019 dans un grand projet de rénovation de son édifice de la rue Sainte-Catherine. Or, pendant la transformation, ses activités seront fort réduites. Le musée a décidé de diminuer conséquemment le nombre d’heures de travail des employés qui s’occupent de l’accueil, de la billetterie, de l’éducation, du montage et des services techniques.

L’ambitieuse rénovation du MAC exige, et c’était prévu, la semi-fermeture de l’édifice rue Sainte-Catherine et le déplacement d’un « MAC temporaire modèle réduit », appelé en interne « mini-MAC », en un lieu qui n’a pas encore été confirmé par la direction. Cette occupation temporaire, planifiée initialement pour deux ans, est passée à quatre ans avant même que les travaux ne soient commencés. Or, ces activités réduites signifient aussi des heures d’ouverture réduites, qui influent directement sur les salaires des employés de soutien.

Deux, trois, quatre ans

« Le MAC est censé déménager temporairement, mais rien n’est clair », indique au Devoir Jean-François Sylvestre, président de la région Montréal–Laval–Montérégie pour le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ), qui représente ces employés. « Ce déménagement [a été prévu d’abord] pour le mois d’avril, puis en mai, juin, août 2019. Sur le site Internet [du musée], des événements sont annoncés jusqu’en juin à l’emplacement actuel. Nous avons posé des questions aux administrateurs et n’obtenons pas la même réponse de chacun d’eux. » Le SFPQ représente 104 employés du MAC, dont 64 travaillent actuellement.

« Au mois d’août, on nous parlait d’un déménagement [des bureaux] de deux ans : en septembre, de trois ans ; [lundi] matin, on nous a parlé de quatre ans, poursuit M. Sylvestre. On demande [aux employés de soutien] d’être en chômage durant six mois, et de garder leur lien d’emploi durant cette période, afin d’ensuite revenir au “MAC temporaire” pour y travailler moins de 14 heures pendant trois ou quatre ans, au lieu de leurs 35 heures par semaine comme à la normale », avance le président.

Sur le terrain, on confirme ces faits. Et on nomme le climat d’inquiétude, de tristesse, d’amertume et de démotivation qu’il fait naître. Le MAC verrouillera ses portes rue Sainte-Catherine le 21 janvier ; tous les employés y restent, selon les heures habituelles prévues, jusqu’au 31 mars. « Je pense qu’on va faire des boîtes et laver les vitres, peut-être ? » a nommé l’un d’eux.

Le musée demande ensuite aux employés de soutien de se mettre sur le chômage pour six mois minimum. Une assurance verbale de retrouver leur poste leur a été donnée, tout en précisant que les heures de travail seraient réduites. Les employés de soutien ne savent pas, aujourd’hui, de quoi leurs semaines seront alors faites. Le chiffre qui circule dans les couloirs est de 14 heures par semaine maximum pour les employés à temps plein.

Parmi ce personnel, on compte 13 préposés à l’accueil dont le salaire moyen annuel est de 34 643 $, indique le syndicat. Et 19 techniciens en information qui font en moyenne 43 432 $, pour 35 heures par semaine. Une diminution de plus de la moitié de leurs heures fera drastiquement baisser leurs revenus, indique Jean-François Sylvestre. « C’est triste, poursuit le président. Ces gens-là n’arrivent même pas à savoir s’ils auront un emploi dans les prochains mois ni combien ils gagneront. »

Deux poids, deux mesures

La convention syndicale permet au MAC d’ajuster les heures de travail de son personnel de soutien à ses heures d’ouverture, sans avoir à assurer un nombre plancher d’heures travaillées. Ce qui choque les employés de soutien. D’autant plus que les conditions de travail pendant les rénovations ne seront pas les mêmes pour tous. Les 26 employés spécialisés — conservateurs, responsables des expositions, etc. — conserveront leur temps plein. Émilie Lachance, conseillère du Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec, qui les représente, confirme « qu’il n’y a pas de poste professionnel touché par le projet de transformation du MAC. L’incertitude demeure au niveau opérationnel puisqu’on est toujours dans l’attente de savoir officiellement dans quel contexte nous allons maintenir les opérations pendant les travaux ».

Pour les employés de soutien, cela tient de l’injure. Que feront, donne-t-on en exemple, les cinq personnes aux communications qui restent à temps plein, alors que le mot qui court est que trois expositions seulement auront lieu pendant les rénovations ? Pourquoi sont-elles protégées, et pas les employés de la billetterie ou de l’éducation, dont certains travaillent au MAC depuis quelque 20 ans ?

Le SFPQ s’inquiète aussi de la poursuite, pendant les rénovations, de la mission éducative du musée. Où se tiendra le camp de jour pour enfants de la relâche scolaire de mars ?

Le MAC n’a pas voulu répondre aux questions du Devoir, préférant attendre « des rencontres importantes [qui] doivent avoir lieu d’ici les Fêtes, dont un conseil d’administration ». Tout juste au moment où ce texte était remis, le musée annonçait que le projet de relocalisation temporaire était retardé d’au moins trois mois, le temps de réfléchir aux diverses options pendant les rénovations.

Employés différents, conditions différentes

Il est habituel dans le milieu muséal que des conditions de travail différentes soient proposées aux employés selon leurs spécialités, explique le professeur de muséologie à l’UQAM Yves Bergeron. « Il y a des fonctions plus fondamentales que d’autres dans les musées [comme la conservation], même si personne ne veut le reconnaître publiquement. »

Il est aussi dans les us de voir, en périodes de crise, les services à la clientèle être touchés en tout premier lieu. « Après le 11 septembre [2001], les Américains ne traversaient plus la frontière, et ç’avait fait diminuer l’affluence de visiteurs dans les musées de Toronto. Du personnel d’accueil avait alors été licencié. Ça s’était ressenti jusqu’à Montréal », rappelle alors le spécialiste.