Danse, théâtre, opéra… des affaires de famille

À l’Agora de la danse, le PopupCamp n’est pas une halte-garderie traditionnelle: l’atelier donné aux enfants, par un ou une interprète qui a des compétences en enseignement de la danse auprès des jeunes, est généralement en lien avec ce que les adultes sont en train de vivre dans la salle attenante.
Photo: Myriam Baril-Tessier À l’Agora de la danse, le PopupCamp n’est pas une halte-garderie traditionnelle: l’atelier donné aux enfants, par un ou une interprète qui a des compétences en enseignement de la danse auprès des jeunes, est généralement en lien avec ce que les adultes sont en train de vivre dans la salle attenante.

Du côté de la danse et du théâtre aussi bien que de l’opéra, de plus en plus de compagnies montréalaises proposent des activités spécifiquement destinées aux enfants, que ce soit pendant ou en complément à la représentation, de manière à rejoindre toute la famille. Si la motivation première est toujours la même — inciter les parents à sortir de la maison en réduisant ou en éliminant les frais de gardiennage —, ces spectacles, visites et ateliers en tous genres ont une foule d’autres effets positifs. Regards sur quelques-unes de ces heureuses initiatives.

À l’Agora de la danse, on souhaite s’adresser à toute la famille, sans discrimination : « Alors que les activités sont souvent segmentées, catégorisées “ jeunesse ”, notre idée est de décloisonner l’expérience culturelle, explique Frédérique Doyon, commissaire. Le PopupCamp n’est pas une halte-garderie traditionnelle : l’atelier donné aux enfants, par un ou une interprète qui a des compétences en enseignement de la danse auprès des jeunes, est généralement en lien avec ce que les adultes sont en train de vivre dans la salle attenante. Ils peuvent ainsi partager une expérience autour de la danse. » L’Agora poursuit des objectifs similaires avec Danza en familia, un atelier de créativité offert aux parents avec leurs enfants. La prochaine édition est prévue pour novembre 2019.

Du côté de Tangente, installé dans le même immeuble que l’Agora, le Dimanche en famille s’appuie sur une philosophie « invitante » aux enfants. « Nous proposons aux familles d’expérimenter la danse contemporaine ensemble et dans la même salle, explique Anne Pelletier, directrice des communications. Nous voulons répondre au besoin des parents qui souhaitent avoir une vie sociale et culturelle en famille sans devoir fréquenter systématiquement des lieux avec une offre déterminée. » Avant la représentation, on précise bien entendu à tous les spectateurs que les dimanches à Tangente sont « accueillants » envers les enfants et que leur présence est parfois… sonore.

Accessibilité culturelle aux familles

Au Théâtre de Quat’Sous, on propose L’heure du conte, un spectacle pour les 5 à 9 ans suivi d’une pause-collation et d’une activité de bricolage, une formule qui a pour objectif de favoriser l’accessibilité culturelle aux familles tout en transmettant le goût de la lecture et de l’art. « Nous sommes la seule compagnie théâtrale à offrir ce type d’activité », explique Charlotte Léger, responsable du développement de public et de la médiation culturelle. « Après l’interprétation du conte par un comédien, les enfants s’investissent dans un projet d’arts plastiques dirigé par une enseignante au primaire. Cela leur permet de s’exprimer de manière très libre sur les histoires qu’ils viennent d’entendre. »

Le conte est choisi en fonction du spectacle à l’affiche, le but étant de faire le pont entre l’activité des enfants et celle des adultes. « Par exemple, précise Mme Léger, pendant les représentations du Tigre bleu de l’Euphrate, les jeunes ont pu découvrir une série de récits abordant la notion de pouvoir. Pour accompagner À te regarder, ils s’habitueront, une création sur la diversité culturelle, on a retenu des contes traditionnels autochtones. » Notez que la librairie Gallimard propose chaque fois une sélection de livres rattachés à la thématique.

À l’Opéra de Montréal, pour deux des quatre spectacles de la saison, on a imaginé un Forfait famille qui inclut, avant la représentation, une visite des coulisses, un atelier d’introduction à l’opéra et un souper avec coloriage. « La soprano Frédérique Drolet, qui s’occupe des familles lors de ces soirées, fait appel à trois types d’apprentissages différents, explique Xavier Roy, directeur marketing. D’abord, en explorant le plateau et les décors, en jouant au chef d’orchestre et même en chantant dans la salle Wilfrid-Pelletier, les jeunes sont stimulés du point de vue sensitif. Par la suite, une petite rencontre avec un artiste de la production, en costume, les allume sur le plan cognitif. Finalement, ils développent un attachement à cet artiste, qu’ils essaient de retrouver sur scène pendant le spectacle, ce qui crée un fort lien émotif. »

L’amour de l’opéra est très souvent transmis par la famille, estime M. Roy : « Plusieurs parents tentent d’initier leurs enfants à l’opéra, mais notre forme d’art nécessite quelques clés pour être appréciée, notamment par les plus jeunes. Il est donc tout à fait cohérent pour nous de travailler de cette manière inclusive, en nous adressant à toute la famille. »

Des résultats

Après trois PopupCamp à l’Agora de la danse, des activités auxquelles ont pris part une trentaine de jeunes, Frédérique Doyon est enthousiaste : « C’est un peu tôt pour tirer de grandes conclusions, mais les parents ont témoigné leur emballement à vivre une expérience similaire à celle de leurs enfants. Les petits aussi y trouvent leur compte, du moins si je me fie aux commentaires des animateurs et à ceux de mes propres enfants, qui ont adoré l’aventure. »

Mise en place au Quat’Sous il y a plus de dix ans, L’heure du conte rassemble de jeunes spectateurs assidus, fidèles et engagés. Selon Charlotte Léger, plusieurs d’entre eux assistent à toutes les activités de la saison, et ce, durant plusieurs années : « Il n’est pas rare de revoir ces petits « abonnés » dans la grande salle, avec leurs parents, quand ils sont un peu plus vieux. Pour nous, à ce moment-là, c’est mission accomplie ! »

À l’Opéra de Montréal, les réactions au Forfait famille sont fort encourageantes. « Honnêtement, explique Xavier Roy, c’est la capacité de notre lieu qui nous empêche de recevoir plus de gens. La saison prochaine, avec nos nouvelles représentations en après-midi, nous revisiterons la formule afin d’accueillir davantage de familles. Chose certaine, la demande est au rendez-vous ! »