Une peine de prison alourdie pour Jean-Claude Arnault

Le Français Jean-Claude Arnault à son arrivée au palais de justice de Stockholm, le 19 septembre dernier
Photo: Jonathan Nackstrand Agence France-Presse Le Français Jean-Claude Arnault à son arrivée au palais de justice de Stockholm, le 19 septembre dernier

Le directeur artistique français Jean-Claude Arnault a perdu son procès en appel et a été condamné lundi à deux ans et demi de prison pour deux viols, une affaire qui avait entraîné le report du prix Nobel de littérature 2018.

M. Arnault, 72 ans, avait été condamné en première instance début octobre à deux ans de prison pour l’un des deux viols pour lesquels il était poursuivi, dans un scandale lié au mouvement #MoiAussi (#MeToo) qui a fortement secoué l’Académie suédoise.

L’accusation et la partie civile avaient depuis demandé qu’il soit condamné en appel pour les deux faits et qu’une peine de prison plus longue lui soit infligée.

« La Cour d’appel […] considère qu’il est prouvé sans l’ombre d’un doute que l’accusé est également coupable d’un second viol », a fait valoir la Cour d’appel de Stockholm dans son jugement de lundi.

Le coupable s’est toujours défendu en affirmant qu’il s’agissait d’actes consentis.

Révélations

Son avocat, Björn Hurtig, a fait savoir à la télévision publique suédoise qu’il porterait l’affaire devant la Cour suprême, invoquant la possibilité pour d’autres témoins — jusque-là soumis à une « pression extrême », a-t-il dit — de témoigner.

Le scandale a éclaté en novembre 2017, un mois après les révélations sur les viols et les autres agressions sexuelles imputés au poids lourd d’Hollywood, le producteur de cinéma américain Harvey Weinstein.

Dix-huit femmes, dont la plaignante, ont témoigné dans le quotidien suédois Dagens Nyheter des viols, agressions sexuelles et faits de harcèlement dont elles se disent victimes de la part du Français.

M. Arnault, marié à l’académicienne Katarina Frostenson, entretenait des liens étroits avec l’Académie suédoise qui décerne depuis 1901 le prix Nobel de littérature et dont les membres se déchirent depuis sur leurs responsabilités et la façon de gérer la crise.

Jean-Claude Arnault était le directeur artistique de Forum, un club très sélect qu’il avait créé en 1989 et dans lequel se côtoyaient éditeurs, écrivains, dramaturges ou musiciens en vue, mais aussi de nombreuses jeunes femmes.

Il recevait de généreux subsides de l’Académie suédoise. Ses accusatrices affirment que l’Académie connaissait ses écarts de conduite, mais que l’influente institution faisait régner une « culture du silence » dans les cercles culturels de Stockholm.

Décrédibilisée, privée du quorum nécessaire pour fonctionner après le départ de plusieurs sages, l’Académie suédoise a reporté d’un an l’annonce du Nobel 2018, une première en 70 ans.

Plusieurs plaintes visant le Français ont été classées faute de preuves ou frappées par la prescription.