Creuser le passé avant qu’il ne soit noyé

Complexe et fragile, le patrimoine archéologique en milieu urbain est souvent négligé par les outils législatifs.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Complexe et fragile, le patrimoine archéologique en milieu urbain est souvent négligé par les outils législatifs.

La montée progressive du niveau des océans, le réchauffement du Nord, la perte de la protection offerte par le pergélisol menacent plus que jamais, entre autres facteurs, les savoirs qui peuvent être tirés de l’archéologie dans le monde. C’est ce qu’est venu expliquer James Woollett, du Centre d’études nordiques de l’Université Laval, lundi, à la rencontre montréalaise du Réseau des instituts culturels nationaux de l’Union européenne (connu sous son sigle anglais, EUNIC, European Union National Institutes for Culture).

Les sites du Nord risquent d’être parmi les plus touchés. Cartes et projections à l’appui, James Woollett a expliqué que, dans un horizon de quelques décennies seulement, 90 % des sites archéologiques côtiers ou en région nordiques risquent d’être perdus à jamais.

« Le niveau de l’eau monte de 3,1 à 3,4 mm par année. Des projections laissent présager des pertes importantes. Dans le nord de l’Europe, en Hollande, les conséquences sont énormes. […] Les sites relatifs au développement des pêcheries et de l’époque coloniale. » Même chose en Écosse, par exemple, mais aussi sur plusieurs sites d’Amérique du Nord. En Louisiane, les projections conservatrices parlent d’une augmentation d’un mètre du niveau de l’eau d’ici un siècle. « Pour plusieurs endroits, c’est une catastrophe. En matière de perte d’héritage, c’est terrible. »

Dans le cadre du même colloque, où étaient réunis des spécialistes d’Italie, d’Espagne, d’Allemagne, de France, d’Autriche, Hendrik Van Gijseghem, du Musée Pointe-à-Callière et chercheur invité à l’Université de Montréal, a présenté les résultats, accessibles par le public, d’Archéolab. Sur ce site Web, « central pour connaître davantage le patrimoine québécois », on peut désormais consulter un échantillon représentatif de 13 000 ans d’occupation du territoire québécois. Ce sont 1523 artefacts et des conseils multiples qui sont en ligne désormais. Dans une deuxième phase, 3000 objets devraient être rendus visibles. En comparaison, le site du patrimoine archéologique Europeana, présenté par Gerda Koch, compte 58 millions d’entrées.

« On cherche des méthodes pour rendre ces collections québécoises plus accessibles, dit Hendrik Van Gijseghem. Pour favoriser la diversité des publics et ouvrir les champs de la connaissance. Après tout, ces fouilles ont été financées par le public. Il ne devrait pas y avoir de blocage. »

Plusieurs spécialistes ont signalé par ailleurs la fragilité et la complexité du patrimoine archéologique en milieu urbain, surtout lorsque celui-ci, comme c’est souvent le cas, n’a pas été suffisamment pris en compte par les outils législatifs. Il est souvent détruit par des aménagements qui ne tiennent pas compte de la richesse que représentent ces couches d’occupations pour la société d’aujourd’hui.