Diversité Artistique Montréal dévoile ses recommandations pour promouvoir l'inclusion

C’est après avoir recueilli 55 témoignages de personnes racisées que DAM s’est attardé aux données sur «les pratiques excluantes dans le milieu culturel».
Photo: Getty Images C’est après avoir recueilli 55 témoignages de personnes racisées que DAM s’est attardé aux données sur «les pratiques excluantes dans le milieu culturel».

Le visage artistique du Québec est-il prêt à changer de couleur ? Diversité Artistique Montréal (DAM) croit que oui. L’organisme de promotion de la diversité culturelle dans les arts et la culture estime aussi que les grandes institutions sont mûres, prêtes à intégrer et à représenter davantage les personnes racisées sur les scènes, les écrans, dans les oeuvres, parmi leurs employés et leurs conseils d’administration. Pour les y aider, DAM dévoile aujourd’hui 31 recommandations, qui incluent des quotas pour s’approcher d’une représentation équitable, des comités d’experts pour l’analyse des scénarios, un appel à davantage de financement, de médiation et de formations. Entre autres choses.

Ces recommandations viennent clore Pour un processus d’équité culturelle, ce Rapport de la consultation sur le racisme systémique dans le milieu des arts, de la culture et des médias à Montréal que DAM dévoile ce matin, et dont Le Devoir a obtenu copie. Un rapport qui souligne « l’inadéquation du contenu culturel et de la représentativité des minorités racisées avec les réalités » du Québec et de Montréal. En 2016, y lit-on, 13 % de la population québécoise et 32,9 % de la population montréalaise s’identifiaient à au moins une minorité visible, selon Statistique Canada. Les personnages qui leur ressemblent dans les oeuvres contemporaines sont pourtant encore très rares. Pour arriver à une meilleure représentativité, DAM propose des quotas, sans objectifs chiffrés afin de « laisser de la latitude, pour les laisser à l’appréciation des dirigeants. Le quota est une bonne façon de démarrer », résume l’ethnologue et directeur général Jérôme Pruneau, une manière de peu à peu accroître la représentation équitable dans les postes décisionnels, dans les équipes de travail, dans les écoles — autant pour les professeurs que pour les élèves, comme le prône le document. « Dire “mon CA est ouvert à tous ceux qui postulent est une chose”, illustre M. Pruneau. Dire plutôt “L’an prochain, je voudrais que trois postes soient tenus par des personnes de la diversité” est plus proactif. Le quota n’est rien d’autre qu’une démarche intellectuelle. »

Tant qu’on ne reconnaît pas que ça existe [le racisme systémique], on est dans le déni ; et dans le déni, on n’est pas dans l’action

 

Le rapport recommande également des représentations positives « pour contrer la reproduction sociale des stéréotypes et préjugés », suggérant la relecture des scénarios ou des distributions par des comités d’experts. « Les personnes racisées étant des contribuables, elles ont droit à être représentées », lit-on. On souhaite que les représentations soient cohérentes, un personnage racisé devant être joué par un comédien de ladite communauté, et d’autre part que les comédiens racisés se voient aussi offrir d’autres rôles, « celui du voisin, de l’enseignant », donne M. Pruneau en exemple, afin que la racisation ne demeure pas au coeur de leur carrière. Un financement accru aux artistes racisés et aux organismes qui les produisent et les diffusent est aussi demandé, ainsi que davantage de médiation.

Travailler ensemble

C’est après avoir recueilli 55 témoignages de personnes racisées que DAM s’est attardé aux données sur « les pratiques excluantes dans le milieu culturel ». La construction d’une identité d’exclusion s’articule au Québec de façon spécifique, et principalement autour de deux mécanismes, estime-t-on là : autour d’une représentation figée de l’imaginaire québécois et d’une vision ethnocentrée dans la façon de concevoir la culture.

« Le racisme étant systémique, l’intérêt doit se porter avant tout aux solutions macro pour que les institutions et organisations culturelles soient à l’image de Montréal et du Québec », peut-on encore lire. « C’est sûr que travailler en macro est toujours plus compliqué, poursuit Jérôme Pruneau de vive voix, parce que ça arrive souvent avec une tendance à imposer des choses. Ça peut être coercitif. L’avantage du micro, c’est que chacun y va à son rythme. C’est comme ça que, nous, on travaille depuis le début, organisme par organisme. Mais on pense quand même que, si on veut passer une étape, le macro est bon. Et alors, on a besoin des grandes institutions pour avancer. »

Les trois conseils des arts — du Canada ; des arts de Montréal ; des arts et des lettres du Québec — sont déjà sensibilisés, croit le directeur. « Il faut arriver à engager de grandes institutions. Le TNM ou Jean-Duceppe, avec qui on travaille déjà en parallèle, par exemple. Ils seront les locomotives pour l’ensemble du milieu. » Sont-ils prêts à tenir ce rôle ? « Absolument, scande M. Pruneau. J’en suis convaincu. Il y a de réelles volontés de changements profonds et authentiques. On peut changer les choses très vite quand on prend la décision. C’est presque magique. On a fait l’exercice au conseil d’administration de Culture Montréal. En un an, on est passé de 20 personnes blanches sur 21 à un quart du conseil. Cinq personnes racisées sont entrées. Et ça change tout. »

Un plan d’action proposé par DAM devrait suivre, à l’automne prochain si les moyens le permettent.

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