Stan Lee, le père de Spider-Man et des X-Men, n’est plus

Le scénariste américain Stan Lee, en août 2017
Photo: Chris Pizzello Archives Invision/AP Le scénariste américain Stan Lee, en août 2017

Le scénariste et éditeur américain Stan Lee, décédé lundi à 95 ans, a révolutionné le monde de la bande dessinée et la culture populaire en créant notamment pour la maison d’édition Marvel les personnages de Spider-Man, Hulk, des X-Men ou des Quatre Fantastiques.

Nonagénaire au regard rieur derrière ses verres fumés, Stan Lee a plongé dans l’univers des comics par le plus grand des hasards, loin de s’imaginer qu’il ferait rêver plusieurs générations d’admirateurs de superhéros.

Né le 28 décembre 1922, à New York dans une famille d’immigrés roumains durement touchée par la Grande Dépression, Stanley Martin Lieber rêvait d’écrire « le grand roman américain ».

À 17 ans, il trouve un petit boulot chez Timely Comics, le département « bandes dessinées » d’une maison d’édition.

Simple assistant, il est chargé d’apporter le café et de remplir les encriers des dessinateurs, avant d’y publier son premier texte en 1941. Voulant réserver son véritable nom à des oeuvres plus « nobles », il choisit le pseudonyme de Stan Lee.

Quand les deux auteurs vedettes de la maison, Jack Kirby et Joe Simon, sont congédiés deux ans plus tard, on lui propose le poste de rédacteur en chef.

Par la suite, Kirby, dessinateur de génie, deviendra son grand complice prenant le surnom de « The King ». Stan Lee, le scénariste, se surnommera lui « The Man ».

Pendant 20 ans, Stan Lee dirige Timely Comics, devenu Atlas Comics, en y rédigeant des histoires dans tous les genres, alors que les superhéros sont tombés en désuétude après la Seconde Guerre mondiale : western, romance, science-fiction, horreur, humour...

Dans un secteur alors en crise, Atlas Comics est à la traîne, se contentant d’imiter son grand rival DC Comics, où « officient » Batman ou Superman.

Des héros avec une grande dose d’humanité

Quand son patron lui demande de créer un équivalent maison de la « Ligue des Justiciers » que DC Comics vient de publier, Stan Lee, sur les conseils de sa femme, laisse libre cours à son instinct. En 1961, il imagine l’équipe de superhéros « Les Quatre Fantastiques » et change la bande dessinée à jamais.

Alors que les superhéros sont traditionnellement lisses et sans faille, les personnages de Stan Lee sont des hommes et femmes ordinaires, dotés de super-pouvoirs par un concours de circonstances, mais habités de tourments bien humains.

Ses héros se chamaillent, doutent, se débattent avec des problèmes financiers ou amoureux, pour que les lecteurs puissent s’identifier. Les méchants, eux aussi, sont dotés de sentiments.

« Ce gars, Peter Parker, je veux juste qu’il soit l’adolescent de base. Il ne faut pas qu’il ressemble à un autre superhéros musclé », avait demandé Stan Lee à Jack Kirby, avant de mettre sur le coup une autre légende du dessin, Steve Ditko.

« Les Quatre Fantastiques » sont un succès et conduisent Stan Lee à créer une multitude de nouveaux héros : Hulk, Thor, Iron Man, les X-Men, Daredevil, Doctor Strange ou encore Spider-Man, son préféré.

« Si j’avais su que j’étais aussi bon, j’aurais demandé une augmentation », rigolait-il à l’été 2017, alors qu’Hollywood lui rendait hommage devant le célèbre Chinese Theater.

Une de ses marques de fabrique : donner les mêmes initiales aux prénoms et aux noms de ses personnages. Peter Parker, Reed Richards, Bruce Banner et Matt Murdock n’échapperont pas à la règle.

Un génie du marketing

Dans les années 1960, Stan Lee devient l’homme-orchestre de la maison d’édition, rebaptisée « Marvel ». Il cumule les fonctions de scénariste, d’éditeur et de directeur de la publication.

Génie du marketing, il crée un « univers Marvel ». Tous ses superhéros évoluent dans un même monde et se retrouvent dans les pages des différents magazines du groupe : tout est fait pour que les admirateurs aient le sentiment d’appartenir à une communauté.

Plusieurs décennies plus tard, Hollywood a toujours recours à la même technique dans ses adaptations sur grand écran des aventures de superhéros.

Pour tenir la cadence, Stan Lee systématise la « méthode Marvel ». Plutôt qu’un véritable scénario, il ne fournit aux dessinateurs qu’un synopsis. Une fois les planches dessinées, il les complète en rédigeant les bulles et les légendes.

Les dessinateurs sont ainsi pour une large partie les coauteurs des histoires. Certains accuseront Stan Lee d’avoir voulu tirer la couverture à lui à leur détriment.

L’éditeur devient l’ambassadeur des « comic books » aux États-Unis, multipliant les conférences dans les universités et les apparitions dans les conventions d’admirateurs, qui le considèrent parfois comme un demi-dieu.

Grand admirateur de Walt Disney, il supervise des adaptations des héros Marvel pour la télévision et le cinéma, prenant l’habitude de faire de courtes apparitions dans tous les films mettant en scène ses personnages.

Après avoir brièvement dirigé l’ensemble de la société, il quitte Marvel à la fin des années 1990.

Malgré un long procès avec Marvel, racheté en 2009 par Disney pour 4 milliards de dollars, Stan Lee est toujours resté étroitement lié à la société, dont il était toujours président émérite et symbole éternel.