John Heward (1934-2018): libre dans l’espace

John Heward aura été l’artiste d’une certaine radicalité: pas question pour lui de plaire, de se plier au goût du marché. 
Photo: Chris Knudsen John Heward aura été l’artiste d’une certaine radicalité: pas question pour lui de plaire, de se plier au goût du marché. 

Il se savait condamné par le cancer. On lui avait donné quatre ou cinq mois. Le pronostic s’est avéré juste et il est parti, dans la sérénité et la simplicité, traits caractéristiques de sa personne et de son art. John Heward, peintre, sculpteur, percussionniste, est décédé le 6 novembre.

Né en 1934, John Heward était entouré d’art depuis l’enfance. Neveu de la peintre Prudence Heward (1896-1947) et compagnon de vie de l’artiste Sylvia Safdie, il n’a pourtant entamé sa propre création qu’une fois la trentaine avancée. Une ultime exposition lancée de son vivant suit son cours à la Fonderie Darling.

Il aura été l’artiste d’une certaine radicalité : pas question pour lui de plaire, de se plier au goût du marché. Il faisait ce qu’il avait à faire, dicté par une voix intérieure. Pas d’esbroufe chez lui, cependant.

« Faire sauter le cadre »

Ses toiles suspendues, marquées de succincts traits de pinceau, noirs ou de couleurs vives, respiraient une manière simple de s’exprimer. Quelques noeuds, quelques attaches de poutre, en acier, quelques déchirures, rien de plus. Minimalisme et gestualité se confondaient chez lui.

« Son apport aura été de faire sauter le cadre, de laisser la toile libre. Il n’était pas question de les encadrer, les toiles. Elles étaient comme lui, libres, spontanées, en mouvement dans l’espace », résume Roger Bellemare, son galeriste depuis… 1971.

Cette liberté de création l’a néanmoins longtemps tenu à l’écart du marché. Homme attachant, il était apprécié, on y reconnaissait volontiers la qualité de ses oeuvres. De là à en acheter… « Je l’ai défendu par amour de l’art et par amitié, dit Roger Bellemare. Pendant vingt ans, on n’a rien vendu. »

Selon le galeriste, la rétrospective et rare exposition muséale de 2008 — John Heward, un parcours/une collection, au Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) —, a tout de même éveillé les collectionneurs.

Le peintre de l’interrogation

« Heward interroge constamment les acquis de la peinture, écrit dans la publication du MNBAQ le commissaire Michel Martin. Des structures de paysages aux abstractions, en passant par les masques, signes, marges, autoportraits […], il reconsidère la structure, le geste, le tracé, la forme signée ou la tache comme [facteurs] d’identification de l’objet/peinture. »

En 2012, John Heward reçoit le prix Paul-Émile-Borduas, consécration majeure. Le père de l’automatisme lui était d’ailleurs cher. Adepte du free-jazz, Heward a retenu de Borduas l’importance de laisser parler l’inconscient.

Dans une entrevue publiée dans Le Devoir dans le contexte du prix Borduas, il reconnaissait l’universalité de l’art et son incessante renaissance. « Regarder à nouveau quelque chose stimule le changement », expliquait-il. Celui qui appréciait les matériaux pauvres et les arts premiers avait été marqué par sa visite des grottes de Lascaux. « Peu importe l’intention de ceux qui ont peint, il y a l’idée de laisser sa marque », disait-il.

John Heward a lui aussi laissé sa marque. Et le souvenir, aux dires de Roger Bellemare, d’un être attentionné, amical, entièrement engagé dans le présent d’une rencontre.