1942-2018: François Macerola s’est éteint

François Macerola, photographié en 2010
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir François Macerola, photographié en 2010

François Macerola, le « diplomate » qui a été à la tête d’importantes institutions culturelles québécoises et canadiennes, s’est éteint jeudi à l’âge de 76 ans des suites d’une longue maladie.

« Sur chaque tribune où il a eu la chance de monter, il voulait donner toute la place aux créateurs », se remémore Isabelle Melançon, députée libérale de Verdun, qui était directrice des communications à la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) pendant les années de présidence de M. Macerola.

Cet avocat de formation a amorcé sa carrière au sein de l’industrie culturelle à l’Office national du film du Canada (ONF) dans les années 1970. Gravissant les échelons, il s’est vu confier en 1976 le poste de directeur du programme français de l’agence fédérale, avant d’en prendre finalement les rênes jusqu’en 1988. Deux ans plus tard, il fait un saut dans le secteur privé en devenant directeur général et vice-président du conseil d’administration de Malofilm Distribution.

Même après son départ, François Macerola restera « très attaché » à l’ONF, confie au téléphone son actuel président, Claude Joli-Coeur, qui n’hésite pas à le qualifier de « visionnaire » et de « rassembleur ». « Il a beaucoup influencé l’évolution des politiques publiques en matière de financement. »

Le producteur Pierre Even — derrière les films à succès C.R.A.Z.Y. et Bon cop, bad cop 2 — a côtoyé M. Macerola, d’abord chez Malofilm puis à Téléfilm Canada. Le gestionnaire culturel a été une personne « charnière » dans sa carrière, explique-t-il, lui ouvrant les portes du monde du cinéma québécois en le « prenant sous son aile ».

M. Even se souvient de la force de persuasion de l’homme, mais aussi de son optimisme contagieux et de la confiance qu’il témoignait envers ses collègues de travail. « On dit souvent que produire un film, c’est comme courir un marathon et avoir la force de le terminer en sprint. François a mené des dossiers de longue haleine et y arrivait sans jamais baisser les bras. »

Le fondateur de la compagnie de production ITEM 7 se rappelle une anecdote remontant à leurs années communes chez Téléfilm Canada, et qui témoigne, à ses yeux, de la foi que pouvait afficher M. Macerola envers les équipes sous sa gouverne. « Il y avait une vingtaine de projets sur la table, et je me souviens de présenter à François [15 février 1839 de Pierre Falardeau] qui a été refusé cinq fois. Et François m’a dit : “Si tu me dis que c’est le meilleur projet sur la table, let’s go.” »

Scène internationale

François Macerola retourne dans le giron public en 1995, prenant les commandes de Téléfilm Canada jusqu’en 2001. En 1998, il tente néanmoins de se faire élire dans la circonscription lavalloise de Vimont sous les couleurs du Parti libéral du Québec (PLQ). Mais en vain : il est battu par le péquiste David Cliche.

Pendant son mandat au sein de l’organisme, le gestionnaire instaure les « primes à la performance » pour les films financés par l’organisme fédéral et encourage la coproduction de films avec d’autres pays. Il contribue aussi à la création du Fonds du long métrage du Canada.

Il était « un grand serviteur » de l’industrie culturelle au pays, soucieux de la faire rayonner ailleurs sur la planète, se remémore Jean-Claude Mahé, directeur des affaires publiques et gouvernementales à Téléfilm Canada. « Le cinéma, la télévision, la musique, le livre : tout devait être intégré, selon lui, ajoute-t-il. On ne parlait pas encore à ce moment-là d’écosystème. Mais lui, il le visait. »

Après un court passage comme avocat au sein de Patrimoine canadien et comme président de la commission politique du PLQ, François Macerola rejoint en 2003 le Cirque du Soleil. Il sera partie prenante de l’essor du fleuron québécois en Chine, d’abord à titre de vice-président aux affaires juridiques et commerciales puis comme producteur exécutif de l’organisation.

Entre 2004 et 2008, il siégera comme président du conseil d’administration de la Place des Arts. L’année suivante, il est nommé à la présidence de la SODEC, succédant à Jean-Guy Chaput, qui part dans la controverse suscitée par le scandale des « dépenses somptuaires » au Festival de Cannes.

À la SODEC, François Macerola suggère entre autres de fusionner les trois grands festivals montréalais de cinéma — le Festival des films du monde, le Festival du nouveau cinéma et Fantasia. Son mandat ne sera pas renouvelé en 2013 par le gouvernement Marois, qui nommera à ce poste Monique Simard.

« Malgré le fait que son entourage l’appelait “le diplomate”, il aimait quand les choses s’activaient. C’était un homme d’une grande rigueur », dit la députée Isabelle Melançon. « Même malade, il était encore au travail. Il ne s’apitoyait pas sur son sort », abonde Jean-Claude Mahé.

François Macerola partageait sa vie avec l’animatrice de radio et comédienne Suzanne Lévesque depuis le début des années 1990.

Le premier ministre québécois, François Legault, a offert jeudi sur Twitter ses condoléances à la famille de ce « grand connaisseur culturel et grand jouisseur de la vie ».