Partager l'histoire berbère au Festival du monde arabe

C’est avec une partie de ses acolytes (Damien Fléau, à gauche, et Maxime Fléau, à droite) du groupe Cheikh Sidi Bémol que Hocine Boukella (au centre) montera sur la scène du Gésù pour présenter son conte musical.
Photo: Victor Delfim C’est avec une partie de ses acolytes (Damien Fléau, à gauche, et Maxime Fléau, à droite) du groupe Cheikh Sidi Bémol que Hocine Boukella (au centre) montera sur la scène du Gésù pour présenter son conte musical.

Un « conte musical » pour inaugurer la 19e édition du Festival du monde arabe : L’Odyssée de Fulay, titre du récent album et du spectacle que l’auteur, compositeur et interprète (et caricaturiste !) berbère Hocine Boukella présentera vendredi soir au Gésù. « C’est l’histoire d’un artiste de l’Antiquité berbère, un artiste qui côtoie les rois et les Dieux et dont la route le mène jusqu’en enfer, dont il sortira pour ensuite affronter Hercule… »

Hercule, vraiment ? Celui-là même, le héros grec, fils de Zeus et d’Alcmène, célébré dans le récit de ses douze travaux mis en mots par Homère. « Au Maroc, on peut d’ailleurs visiter les grottes d’Hercule — on en retrouve aussi en Tunisie et en Algérie, parce qu’Hercule a voyagé partout en Afrique du Nord et a laissé sa trace. »

Le peuple berbère partage en ce sens les mêmes légendes que les anciens Grecs, et cette soirée de chants et de contes, « c’est l’occasion de parler de l’Antiquité berbère, de la place justement du monde berbère dans la Méditerranée, ses relations avec les autres cultures de la région. Nous nous sommes basés sur nos traditions, nos mots, nos héros qu’on a en commun avec ces autres cultures » pour composer et enregistrer les douze chansons de l’album paru l’an dernier.

« Les traces qui restent »

«Ces récits font partie de notre histoire, de notre tradition, on le reconnaît dans notre vocabulaire, dans certaines célébrations aussi, comme lors de l’arrivée du printemps… C’est ça qui m’a intéressé : ces traces qui restent, ces bribes d’histoires que nous partageons autour de la Méditerranée encore évidentes, si évidentes parfois qu’on ne les remarque même plus. C’est ce que je voulais mettre en lumière. »

L’Odyssée de Fulay est donc un rappel de l’Antiquité telle que racontée par les Berbères, mais aussi toute une manière de concevoir le monde ainsi que le conçoit ce peuple d’environ 38 millions de gens qui s’étend dans toute l’Afrique du Nord, de la Mauritanie à l’Égypte. « On aborde beaucoup d’autres questions dans ce récit, par exemple : qu’est-ce que l’art ? Qu’est-ce qui constitue une oeuvre d’art ? Un arbre est-il une oeuvre artistique ? »

Les chansons ont été composées par Boukella et deux de ses complices de l’orchestre Cheikh Sidi Bémol, Damien Fleau, pianiste, flûtiste et percussionniste, et son frère Maxime, percussionniste et clarinettiste. Ils accompagneront Hocine « Elho » Boukella sur scène vendredi soir, dans ce spectacle mis en scène par Kên Higelin, fils de Jacques et demi-frère d’Arthur H : « Je ne voulais pas simplement faire un album, mais trouver une manière différente de présenter ces histoires, d’où l’idée d’une pièce de théâtre en forme de conte musical. On a travaillé des arrangements très sobres, les mélodies sont dépouillées, des accords de piano simples, une guitare discrète, quelques mélodies de flûte simples, pour créer une musique qui emprunte autant à la tradition qu’à la musique classique. »

L’Odyssée de Fulay constitue ainsi une sorte de retour aux sources, donc, pour Elho, fondateur du groupe Cheikh Sidi Bémol qui s’est illustré dès le début des années 1990 en France pour avoir été l’un des porte-étendard des musiques algériennes métissées aux côtés de l’Orchestre national de Barbès (lui fondé par son frère Youcef) et Rachid Taha.

« Je crois que ces histoires communes entre les peuples ont encore un sens aujourd’hui, pour notre époque, estime Elho. C’est la question récurrente : pourquoi les gens ne se connaissent pas assez ? Malgré tous les progrès des technologies de communication, les réseaux sociaux, l’Internet et tout ça, il reste que les gens, les peuples, les cultures ne se connaissent pas assez bien et ne partagent pas assez entre elles. Il y a une méconnaissance qui engendre une méfiance, qui engendre aussi parfois de la haine… »

Le Festival du monde arabe en trois suggestions

Ranine Chaar

Célèbre actrice et musicienne libanaise, Ranine Chaar proposera un hommage en chansons à la capitale intitulé Flashback Beyrouth : les décennies fiévreuses. À sa toute première participation au Festival du monde arabe, elle sera accompagnée d’un orchestre montréalais dirigé par l’oudiste Nazih Borish.

Jeudi 1er novembre, Cinquième Salle de la Place des Arts
 
HOH

Véritable power trio acoustique, HOH rassemble trois piliers de la scène rock égyptienne : le chanteur et guitariste Hany Adel du groupe Wust El-Balad, Ousso Lofty du fameux groupe Nagham Masry (fusion de chants traditionnels et de prog-rock) et Hany El Dakkak de l’orchestre alt-rock Massar Egbari.

Vendredi 9 novembre, L’Astral

Hommage à Warda, la Rose des mondes
 
Décédée en 2012 à l’âge de 72 ans, l’interprète algérienne (née à Paris) Warda demeure l’une des plus grandes voix du monde arabe, une diva de la trempe des Oum Kalthoum et Fairuz. Le Festival du monde arabe lui rend hommage avec ce concert réunissant sur une même scène Ranine Chaar et l’Algérienne Nada Al Raihane.

Samedi 10 novembre, Théâtre Rialto